PREMIÈRE PARTIE.— NEUVIÈME SOIRÉE
après tout le bon sens est de votre côté. Que de détestables nourrices parmi nous autres femmes du monde. Mais vous ne nous dispenserez pas de tous ces soins que réclament nos nouveaux nés, n'est-ce pas. Jamais personne n'habillait ma fille que moi.
— Gela vous amusait sans doute ; je trouve excellent qu'une mère veille toujours et de la manière la plus exacte sur ses enfants, mais je trouve très-ridicule cette exagération des sentiments maternels, qui porte à ne plus reconnaître qu'un seul devoir et à sacrifier à celui-là tous les antres. J'ai connu une pauvre petite femme qui s'est tuée, faible qu'elle était, justement à ce métier de mère bonne. Elle ne pouvait permettre que toute autre qu'elle touchât à ses enfants, elle en avait trois, Tâiné n'avait pas huit ans qu'ils étaient orphelins. Point d^exagération à cet égard; n'allez pas conclure que je suis de ceux qui pensent que les enfants peuvent être remis à des mains étrangères sans sollicitude, sans surveillance. Dieu me garde d'éloigner le berceau du fils du lit de sa mère, encore une fois vous ne veillerez jamais trop sur votre petit enfant.
— Dès qu'il parle, qu'il peut comprendre, vous admettez que nous ne devons plus le quitter. On jouit tant alors, il est si gentil cet enfant; oh! que l'on est heureuse quand on entend dire sur son passage... le joli enfant.
— Je vais être dur encore,, je n'aime pas que l'on joue à la poupée avec les enfanis; je déleste ces modes qui leur enlèvent presque toute leur gi ace, par les pompons dont on les surcharge. J'ai en horreur cet usage de laisser presque nus sous notre climat brumeux ces pauvres petits êtres dont on altère la santé. N'habituez point à la coquetterie votre fille dès iti berceau, élevez votre fils sans mollesse, mais prenez garde de tomber sur le bord opposé. Voilà pour les soins physiques ; niais le moral réclame son éducation; dès la plus petite enf mce, ployezde bonne heure ce caractère àl'obéissance, donnez i ce pelU cœur des sentiments religieux. Au début, formez ce ^^une esprit, non que je prétende qu'il soit bon de commen- »Tles rudiments de la science au berceau. J'ai vu de pau :
vres enfants auxquels on apprenait à lire aussitôt qu'ils pouvaient prononcer quelques syllabes, et j'ai toujours craint qu'ils ne détestassent à quinze ans et les livres et leur contenu.
— Oh ! faites-moi un cours d'éducation pour mon fils, ami, son père ne s'en occupera pas, et moi je suis femme, je ne sau* rai jamais me tirer de cet imposant labeur.
— Ma cbère Constance, le plus sûr moyen de mal élever un enfant, c'est d'adopter un système. L'éducation se fait au jour le jour, à l'heure l'heure, elle varie autant que les natures, corriger les instincts mauvais ; développer les bons; déposer dans ces âmes tendres les germes des grandes vertus ; donner aux idées une pente salutaire, généreuse, voilà l'important. Etudiez beaucoup les dispositions, les tendances, voila le moyen. Point de méthode générale, absolue ; tout ici est relatif; acceptez des conseils, mais repoussez tout parti pris,
.je vous en supplie. Tâchons d'élever nos enfants et ne les dressons pas, visons a faire d'eux des gens de bfen, et sacrifions souvent de flatteuses espérances pour assurer les qualités essentielles. Formez de bonne heure la conscience de Fenfant, rendez- la droite et sûre; affermissez son cœur dans la boDié', soignez son instruction, mais n'en laites pas votre objet unique ; l'instruction doit être un moyen d'éducation. Ayez un œil toujours attentif sûr les personnes qui les approchent, surveillez les an^tiés. Le jour où Ton découvre un vice, on découvre presque toujours aussi que ce vice s'est introduit par défaut de surveillance.
Pardon, au reste, de m'étre laissé aller à une réponse aussi prolixe. Le sujet m'a entraîné.
— Et avec les années ces devoirs s'aggravent encore?
— Ils continuent au moins.
— Oui, choisir les pensions, assurer les carrières, marier nos filles, oh! que de choses! Et toujours, comme vous le disiez, être digne soi-même de respect. Que de joies donnent ces êtres- là, mais que de soucis! On s'occupait bien moins de nous que nous ne nous occupons de nos fils, je vous assure.