‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 40 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — NEUVIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — NEUVIÈME SOIRÉE

protéger leur moralité, surveiller leur instruction, les avertir de remplir leurs devoirs religieux, leur fournir les moyens de le faire, enfin les traiter le mieux possible.

Aujourd'hui on vous dit avec un admirable sang-froid : Tamour de Thumanité est dans tous les cœurs, la fraternité c'est le cri du cœur. Eh comment se fait-il que ce saint amour de Thumanité ne se soit montré au monde seulement qu après la prédication du Christ? Comment se fait-il que jusque-là Thumanité si amie de l'humanité ait livré Tenfant à la mort, Tesclave à la mort, la femme à la mort, le vieillard àlamort? Comment se fait-il que la fraternité, ce cri du cœur, n'ait été poussé qu'au pied du Calvaire ? Comment se fait-il qu'une portion de Thumanité soit encore courbée sous le fouet de l'autre, là où la loi chrétienne n'est pas la loi ? Comment se fait-il que, dès que cette loi chrétienne est abandonnée, la fraternité cesse, ou soit implorée avec une telle langue, de tels procédés; que la violence se décèle partout même où Ton prétend n'agir qu'à sa voix?

Je ne veux point ici répondre aux socialistes; je vous en parlerai ailleurs, je l'espère; je veux seulement vous montrer le grand fait historique.

— II m'a frappé bien souvent.

— Observez dans un autre ordre d'idées ce qui se passe. Des dix commandements Dieu n'en apris que trois pour lui, les sept autres ont tous l'homme pour objet. Observez, chère amie, que le premier de cette seconde table est justement celui qui pose les bases de la famille, qui redit les devoirs des pères, les devoirs des fils, les devoirs des maîtres, les devoirs des serviteurs. Quelle admirable pensée, quelle belle hiérarchie !

Et Dieu ici donne une sanction terrestre à sa loi : a afin que tu vives longuement. » Une vie longue, les joies de la terre à qui honore son père, et cela vous semble juste, n'est-ce pas?

— Oui, il en est ainsi, et en accomplissant la loi, nous nous donnons un bonheur sans pareil, un bonheur qui ne laisse rien d'amer au cœur.

— Celle loi, chère amie, s'étend encore à nos supérieurs, ne l'oublions pas. L'orgueil humain a beau se débattre, Thomme est obligé de reconnaître à chaque pas la main de l'autorité : quels que soient sa forme, son nom, nous avons à lui obéir ; le sauvage s'incline devant son chef, comme l'Européen devant ses rois, ses juges, ses généraux. La société, condition de notre existence, repose sur le principe de l'autorité, de quelque source qu'elle dérive. L'esprit anti-social n'est autre que l'esprit révolutionnaire, c'est-à-dire, cette disposition à nier toute puissance qui nous déplaît, toute puissance cessant de répondre à notre passion.

Dieu n'a point ainsi entendu les choses : il ordonne le respect de l'autorité, Tobéissance envers elle, tant qu'elle ne blesse pas la conscience, tant que cette autorité ne s'élève pas contre sa loi.

Si les premiers chrétiens mouraient pour ne pas sacrifier anx dieux de l'empereur, ils se conformaient dans tout le reste à ses décrets.

— Oh 1 déjà la calèche tourne, déjà le gros arbre vert, déjà votre allée

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DIXIÈME SOIRÉE

Il me semble que dans l'une de nos causeries vous m'ayez dit que la loi nouvelle se résumait en deux commandements: Tu aimeras Dieu de tout toVi cœur, de toutes tes for— ces , par-dessus toutes choses, et ton prochain comme toimême. Vous m'avez expliqué, démontré, exposé la première de ces paroles de Dieu, et si je me rends bien raison, elle renferme la première table ; la seconde de ces paroles renferme la seconde table,

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