‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 43 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. -DIXIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. -DIXIÈME SOIRÉE

mauvais exemples! Par eux le mal entre dans l'âme, par eux périssent la jeunesse et la candeur.

-- Trouverez-vous donc singulier, Constance, que le christiaDisme ail si souvent recommandé à ses fils de fuir les enseignements d'un monde corrompu et pervers? a-t-il tort je vous le demande encore, de fulminer ses analhèmes contre leslivres plusdangereux que les hommes, qui, s'introduisant partout, apportent sous les formes les plus trompeuses un poison d'autant plus dangereux qu'il est plus déguisé, d'autant plus subtil qu'il conserve la saveur d'une liqueur douœet agréable? A-t-il tort, encore une fois, denousprémunirayec tant de persistance contre les tentatives si souvent répétées de ces esprits sataniques pour lesquels la ruine des âmes est une joie?

-Non, il n'a pas tort. Vous m'avez dit, n'est-ce pas, qu'il était défendu d'attenter à ses jours ; que la vie était un dépôt que nous devions garder ; vous m'avez bien dit cela, n'est-ce pas? eh bieni je ne comprends plus les austéritésde la pénitence, suicide déguisé, car à force de châtier ce pauvre corps, onletueàlafin.

— J'accepte votre observation, quoiqu'il soii commun de trouver des vieillards sous le froc, quoiqu'il soit constant que la vie régulière et sans passions du cloître donne plus de chances de longévité que celle du monde.

Est-ce pour se réfugier dans la mort que le cénobite se condamne aux privations du désert? Jérôme, Antoine, cédaientils au désespoir en prenant le chemin de la Thébaïde ? Non, ils fuyaient un monde corrompu, rempli de dangers pour leur vertu ; ils allaient chercher le repos de l'âme dans la solitude et dompter ce corps révolté contre l'esprit. Madeleine était pleine d'espérance en pénétrant au désert.

La pénitence ne donne pas la mort, chère amie, elle donne

souvent la santé, en rendant à l'âme le calme qu'elle avait perdu.

''e pourrais citer de nombreux exemples de ces sortes de

ifuérisons.

On déclame avec une grande facilité contre les ordres reli-

8i CAUSERIES DU SOIR.

gieux, parce que le plus souvent on ne les connaît pas; on accuse leurs règles que Ton ignore. Il est encore des gens qui croient au danger du célibat et à la nécessité absolue du mariage ; à leurs yeux, prendre le voile c'est s'enterrer vive.

Quant à moi, ma longue expérience des hommes m'a démontré qu'il y a parmi nous bien des êtres livrés au désespoir, combattant la société et rejetant la vie, qui trouveraient et le repos et Tespérance au fond d'une cellule. Les crimes et le suicide sont plus rares dans les pays où les ordres austères fleurissent, que dans ceux où ils n existent pas ; les natures insociables, désespérées, blasées, se cachent sous leurs cioitres ; dans cette solitude profonde, la fougue des passions s^use, et les souffrances du cœur s'éteignent ou s'adoucissent.

Les ordres religieux sont compris de façon à répondre à tous les besoins de l'âme. Un jour viendra, je l'espère, où je vous démontrerai cette vérité dont vous devez douter.

On aura beau déclamer contre les religieuses et le célibat, je n'en resterai pas moins convaincu que toutes les femmes ne sont pas appelées au mariage. Pour quelques-unes il est un mal ; à celles-là le célibat dans le monde, à celles-d le cloître ou le rosaire et la grande coiffe de la bonne sœur de saint Vincent de Paul.

Voyez, Constance, comme nous sommes inconsSopienls. Nous soumettons au régime cellulaire le condamné, et nous fermons la cellule au coupable inconnu, mais condamné déjà par sa conscience ; bien plus , nous la fermons en face de l'homme chancelant, qui, trouvant des tentations partout, tombera et la trouvera ouverte, cette cellule, quand elle sera devenue infâme I

Nous périssons sous le faix de notre population, et nous fermons les couvents aux célibataires volontaires!... Noas condamnons le soldat à un célibat de sept ans, et cette condamnation s'étend à 80,000 hommes tous les ans, et noas repoussons le moine ! Oh ! en fait d'absurdités, nous sommes riches, je vous assure.

Deux écoles sont en présence : le christianisme, le paga*

Page 1