PREMIÈRE PARTIE. -- DIXIÈME SOIRÉE
nisme (si je tenais à être exact je me servirais de cette qualification, car elle seule convient à Tensemble des doctrines professées par ses chefs et leurs disciples) : La première de ces écoles exhorte Thomme à la pénitence ; elle lui présente la vie comme un temps d'épreuves aboutissant à la vie vraie ; Tautre convie T homme.au plaisir, lui promettant le néant au delà delà tombe, mettant le bonheur dans la jouissance, dans k satisfaction de tous les instincts de notre nature. Vous le Toyez, l'antagonisme le plus positif sépare ces deux religions: Tune est la religion de Tâme, de Tesprit ; l'autre est la religion du corps, de la chair. Aux yeux de Tune la pénitence est une vertu, aux yeux de Vautre, elle est une absurdité, un crime même, car elle frappe un innocent, elle est la preuve de la vieillesse de notre foi, de sa mort : le jour de la réhabilitation de la chair à lui. Lisez, si vous en avez le courage, les œuvres de nos socialistes, hommes et femmes, et vous trouverez que je ne médis pas d^eux. Je suis frappé, au reste, de Piotime relation qui se décèle entre cette réhabilitation de la chair et le communisme: Louis Blanc donne la main à G. Sand, qui répète Pierre Leroux ; de D. Sterne, qui prêche la sublimité de la passion , la chaîne s'étend jusqu'à Proud'hon, niant Dieu et la propriété, jusqu'à Fourrier, dont les doctrines font monter le rouge au front des phalanstériens d'aujourd'hui ; oui, toutes ces erreurs se tiennent, et elles ne sont pas nouvelles ; oui, le christianisme est vieux, est usé pour ceux qui révent la destruction de la société qu'il a faite, et la mort de la morale qu'il a substituée aux dogmes païens. Oui, la pénitence, la mortificalion doivent se confondre, aux yeux de cette école de la jouissance, avec le suicide ; mais, si celte école à raison, si Sand, D. Sterne sont dans le vrai, il ne faut pas nous arrêter, il faut marcher en avant et nous reposer seulement dans le phalanstère ; pas de milieu : Tun ou Taulre. Je vous remettrai, en rentrant, la pureté du cœur de M. l'abbé Chassay, et vous trouverez la preuve évidente de ce que je me permets d'avancer ici.
Oa Teut, chère amie, détruire le principe de la pénitence ;
8e CAUSERIES DU SOIR.
on veut ne voir dans les préceptes et les avis du christianisme qu'une guerre injuste déclarée au corps, ou une simple réaction nécessaire contre la grossièreté des mœurs païennes^ et on conclut facilement, en rejetant le pécM originel^ la chute des anges^ Venfer et le paradis^ à la glorificalion de la chair. On reste même fort logique en agissant ainsi, et je ne m^étonne pas que Louis Blanc appelle inutile et lent suicide, la mortification du moine s^acharnant à dégrader son propre corps, o^vre inviolable de Dieu: Mais si vous conservez le paradis, Tenfer, le péché originel, la thèse change. Conservezvous ces choses, Constance ? oh l alors T école du plaisir n^a plus rien à vous dire de satisfaisant. Louis Blanc a posé la question avec une rare clarté ; vous rentrez dans l'école de la pénitence en admettant le dogme du péché originel, c*est-àdire la croyance à la chute de Thomme, c*està-dire le dogme le plus répandu parmi les nations.
— Laissez-moi, ami, le paradis, je vous en conjure; laissez-moi Fespérance, car Tavenir ne me va pas s'il est le néant. J^eslime trop peu mes joies actuelles, celles que me donneraient Fourrier, D. Sterneet compagnie, pour renoncer à ce que TEvaugile m'assure après les épreuves de ce monde. Ils auront beau faire, ils n'auront pas de disciples parmi les gens qui réfléchissent sur les. grands dogmes du christianisme. Leurs chances, à eux, s'ils en ont, ne sont que parmi les ignorants, les songes creux, les têtes exaltées et les cœurs corrompus. Je ne tiens pas le moins du monde à manger le douzième de mon poids. Je ne me soucie pas de toutes les autres douceurs du phalanstère; je ne crois point à ricarie. J'ai lu, pour mon malheur et à mon grand ennui, Consueto^ ainsi que D. Sterne, et j'ai très-peu de goût pour ce qui nie serait dévolu de satisfaction par la libre action des instincts. L'énigme de l'avenir n'est pas expliquée par cette école, et je suis de celles qui ne trouvent pas la le mot de l'humanité.
— Ces folies ont fait bien du mal, elles en feront encore plus ; car elles prétendent donner le bonheur, et je vous avoue que, comme vous, je ne suis pas séduit par leurs promesses.