‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 46 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — ONZIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — ONZIÈME SOIRÉE

ONZIÈME SOIRÉE

iVous passerons donc la soirée tête à tête?

— Oui; ma femme et ma fille ne reviendront que demain. Et qn'allons-nous faire?

— Ne sortons pas ; les nuages promettent de la pluie, l'air est humide. Vous m'avez promis Thistoire de la famille dans Pantiquilé; vous me tiendrez parole?

— Je suis à vos ordres. J'aurais préféré n'être pas pris au pied levé; j'appellerai quelques livres à mon aide, et nous allons essayer. Passons dans la bibliothèque...

— Me voilà bien installée , je vous écoute.

— L'histoire de la famille commence avec le monde. Dieu créa un seul homme, une seule femme. En se multipliant, leurs fils restèrent, pour une portion, fidèles aux traditions primitives ,' ce furent les enfants de Dieu, suivant l'expression de l'Ecriture; les autres, auxquels elle donna le nom à'enfanis des hommeSy abandonnant cette première loi, se livrèrent aux désordres qui amenèrent le déluge.

Noé avait une seule femme.

Dès Je temps d'Abraham, la famille avait déjà perdu, chez les enfants de Sem, sa pureté primitive. Elle n'avait plus les mêmes liens ; souvenez-vous de la fuite d'Agar au désert.

Dieu toléra la polygamie parmi son peuple ; il admit la répudiation, et cependant il organisa la famille juive de telle manière, qu'elle reste encore la plus parfaite de toute l'antiqutté.

L'enfance est respectée, l'exposition est défendue ; l'enfant, lès le sein de sa mère, est considéré comme homme. Si la |»uissance du père est grande, elle a cependant des bornes. Il 'le peut se faire justice à lui-même; il dénonce son fils au sénat

de la ville, et il peut être condamné à être lapidé. Le fils peut aussi être vendu; les filles le sont à leur mari. Si cet état de la famille est imparfait encore, combien n'est-il pas supérieur à celui que nous présenteront les autres nations. Ici, tous les enfants sont élevés; leur grand nombre est la gloire de la famille; ils cultivent ensemble les champs héréditaires, a La couronne des pères, dit le code sacré, est les enfants de c( leurs enfants. »

Le mariage est bien longtemps pur et honoré dans certaines races. <r Seigneur, disait le jeune Tobie, vous êtes téc( moin de la pureté de mes intentions : je ne me propose que « la gloire de votre nom dans l'union que je vais former, » Ija simplicité des mœurs des Israélites s'opposait à tous ces honteux trafics qui ont présidé ailleurs au mariage ; souvenezvous des mariages dlsaac, de Booz. Cependant, le mari pouvait répudier sa femme, même après avoir eu des enfants d'elle, et la répudier pour les plus légers motifs.

La captivité de Babylone et le contact avec le peuple le plus dissolu de l'Orient, amènent la dégradation de la famille ; dès lors les répudiations n'eurent plus de bornes, et les choses en vinrent à ce point que le divorce s'introduisit parmi les Juifs. Le premier exemple qui en soit mentionné remonte à Hérode P^ Saloraé, sa sœur, se débarrassa ainsi de Coslobare, son mari; les trois sœurs d'Hérode- Agrippa imitèrent cet exemple. Il est vrai que les mœurs romaines avaient déjà envahi la Judée.

Que vous dirai-je? l'historien Josèphe répudiait sa femme, mère de trois enfants, parce que ses manières lui déplaisaient. Il est vrai que le même Josèphe fut répudié par une autre femme.

Voilà cependant le pays de la terre où la famille a été lejlus pure, le plus morale.

Je vous ferai observer que nulle part la propriété n'a été plus assurée, plus unie à la famille, que parmi les Israélites.

La femme héritait, en Israël, à défaut d'enfants mâles.

Les filles étaient élevées par leurs mères : l'histoire ne nous

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