PREMIERE PARTIE.— ONZIÈME SOIRÉE. 9o
jices que dans la Crète ; celui qui n'avait point de Yictime en acbefait, car il en trouvait.
La déesse qui , à Babylone , portait le nom de Mélita , était aussi adorée sur les côtes d'Afrique, à Malte , à Chypre 9 à Gadès , en Espagne ; la dépravation n'est pas moins grande dans ce que l'on connaissait de l'Afrique centrale. —Où notre imagination se reposera-t-elie? — Nulle part : le nord de l'Europe même a aussi son genre de corruption.
Xhez les Prussiens et les Venèdes, les vieux parents sont mis à mort , et cette atroce coutume s'est perpétuée jusqu'au quinaième siècle , suivant Christophe Horlknoch et Marescale, cités par M. Fabbé Gaume, auquel j'emprunte ma science. Là où l'homme est essentiellement guerrier, la femme est esclave ; elle devait descendre dans la tombe avec 5on mari. La polygamie, le meurtre de Fenfant se retrouvent chez les Huns , les Yendales, les Hérules et les Goths.
Ainsi « Constance , rien de moral encore dans cette partie du monde. Revenons au midi de FEurope , entrons à Rome, cette patrie des vestales, et examinons, eu dehors des déclamations dont notre enfance a été bercée, l'état moral de ce colosse que l'on a appelé le peuple-roi.
Je vous l'ai dit , d'après la loi des Douze-Tables , l'enfant est la chose du père ; il reçoit de lui la permission de vivre , il peut à toute heure recevoir la mort , être vendu.
La femme d'abord achetée, puis acquise autrement , est toujours la propriété du mari , qui peut la vendre, en céder V usage, en disposer comme de son cheval, de son âne , la tuer quand il lui plaît. Répudiée, elle rentre dans la possession de ses parents, de ses agnals, de ceux qui Font vendue. Les secondes noces lui sont interdites , sinon par la loi, au moins par les mœurs ; ceci est l'histoire des premiers temps , plus tard il n'en sera pas ainsi.
Dès que la conquête a apporté à Rome les richesses et le liixe, les mœurs dégénèrent encore; la répudiation n'exige jîie le plus léger motif; être allée aux bains sans permission^
est une cause suffisante : La mère de Scipion est chassée de la maison de son mari, sans qu'une seule raison soit alléguée. Les noms que vous honorez le plus, ceux de Caton, de Gicéron« rappellent de honteux souvenirs; Cicéron se conduit en Robert* Macaire, pour ainsi dire: il répudie la mère de Tullia pour payer ses dettes avec la dot de Publia, qu'il repousse ensuite.
Vous le voyez, voilà le mariage; c'est un trafic; c^est autre chose encore : la volupté seule préside aux noces chez d'autres Romains ; est-elle satisfaite, vite un visage nouveau, une grâce nouvelle « point d'enfant surtout. Le mai vient à un tel point qu'il faut des lois nouvelles pour corriger les mœurs. Aurontelles cette puissance? Auguste ne peut régler sa propre famille , ces lois qui condamnent le célibat et qui commandent des enfants au mariage , sont frappées de mort dès leur pro> mulgation. Sous les empereurs , Rome s'enrichira encore en corruption , il n'y aura plus que les satires de Juvénal qui puissent, dans l'énergie indicible de leur langage, l'exprimer et la châtier; fouet impuissant qui frappe , qui enlève et la peau et les chairs, mais ce corps est mort , il ne sent plus rien. Gomment redire ces désordres sans nom , ces excès de tout genre , ces impératrices , ces dames romaines , échangeant leurs maris contre des histrions , des portefaix. Que vous dirai-je? les vestales vont manquer à Rome.
Il est temps , grand temps que les Barbares arrivent ; il est grand temps surtout , qu'au milieu de ce monde où le soleil n'éclaire plus que des abominations , le christianisme règne , qu'il prêche le respect dû à l'enfance, à la femme , et qu*il institue son mariage.
Aussi ses apôtres ont-ils annoncé la bonne nouvelle à terre étonnée.
Donnez-moi encore deux minutes de cette attention dont j'abuse.
De quelque côté que nous ayons porté nos regards dans, l'ancien monde , nous avons trouvé la corruption la plus ef-4 froyable, n'est-ce pas, dans la famille. Plus nous avançons , elt