‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 50 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — ONZIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — ONZIÈME SOIRÉE

plus 5a dégradation est grande. Le mot de Tabbé Gaume est justifié : le père est un despote , la femme une esclave , Fenfaot une victime I

Qu'est-ce que le mariage en ce monde-là, chère Constance, sinon la chose la plus misérable? Qu'est-ce que ce genre humain, sinon un troupeau de bêtes immondes , et, en vérité, je n^âi pas chargé la toile.

•--Oh! de grâce, n'allez pas plus loin. — Je m'arrête, et avec une grande satisfaction ; je vous demande bien des fois pardon; déjà j'avais, dans nos autres causeries, appelé vos regards sur quelques coins de ce tableau. Je me reproche de les avoir fixés encore sur ces mêmes misères ; pardon, pardon.

Voilà donc ce qu'était le monde , et les Numa , les Lycurgue^lesSolon, les sages de l'Inde, de la Perse, de l'Egypte, les légistes de Rome, ne lui avaient pas plus manqué que les philosophes. Nous l'avons parcouru d'un bout à l'autre ; le voilà tel que nous l'ont donné les historiens , les poètes , les satiriques, les penseurs , les artistes; le voilà dans sa vérité et dans sa nudité. Si vous désirez le connaître plus intimement , ef en vérité ce n'est pas la peine , je vous lirai l'admirable histoire de la Société domestique chez les peuples anciens , par 1 abbé J. Gaufne. J'ai mis sous vos yeux urte analyse de ce excellent livre , car je me pare ici de la science d'autrui ; je vous donnerai le roman de M. Guiraud, Flavien ou de Rome au désert, les articles de M. Debas, dans VVniversitè catho- 'ique^ et je vous assure que vous me sauriez bon gré d'avoir ; assé bien des pages de cette histoire, qui, en résumé, est celle *e la corruption antique. Lisez M. F. deChampagny. Est-ce là l'homme , Constance ? N'est-ce pas plutôt une ♦le féroce, ^i féroce qu'elle dévore ses petits ? Pour arracher notre espèce à cette dégradation profonde , i'ie fallait-il? Les lois humaines avaient été impuissantes , il 'lait un Dieu et une loi divine ; il fallait une promulgation »uvelle de ce sixième commandement qui met un frein aux auvaîses passions de l'homme: il fallait celle du cinquième,

qui prot^ rhomme dans sa vie, et du quatrième, qui donne les deYoirs des pères et des fils; il fallait, en un mot, régénérer la famille , la délivrer du despotisme de son chef; il fallait de toute nécessité rendre à Funion de Tbomme et de la femme toute sa dignité.

Nous avons vu , car je suis obligé de rentrer dans des redites, nous avons vu, dis-je, que Dieu a pourvu à la conservation de rhomme et à la régénération de la famille, en imposant des lois aux parents et aux enfants; la femme est protégée, quoique restant encore dans la grande infériorité où la lient la loi juive. Le christianisme seul lui rend son rang véritable; mais, pour qu^l en soit ainsi, la volupté doit disparaître du monde , le temple de Vénus doit être ruiné de fond en comble. Quel changement, mon Dieu, que celui-là ! Et il a eu lieu. Constance ; les autels de la déesse sont tonibés , et le culte de la Vierge-Mère, de la Vierge des vierges , s'est établi parmi les nations. L'homme a mis un frein, non seulement à ses passions, mais encoreà ses désirs , aux désirs de sonciOBur. Le mariage, cette institution dont nous avons v\\ la déplorable histoire, est devenu saint, chaste, réglé, il est devenu la première des institutions humaines, la pierre augniaire de la famille. Je ne vous parlerai point du mariage chrétien ce soir, nous le retrouverons un autre jour; vous comprendrez alors, et que dis-je, vous le savez mieux que moi, combien ce sacre ment est grand , combien il relève la femme de son infériorité judaïque, combien il lui donne de véritable liberté. N'est-ce pas à rhomme, en tant qu'époux, qu il est dit : ce Fils et disciple de répoux, trois fois saint, tu aimeras ton épouse comrne j'aime VÉglise, mon épouse, d'un amour saint qui exclue tout ce qui n est pas digne des anges; d'un amour inviolable , car tu es à elle et non plus à toi ; d'un amour généreux, qui m compte jamais avec lui-même ; d'un amour surnaturel , car moi-même j'ai aimé mon épouse jusqu'à mourir, pour la saivctifier et la conduire au ciel ; supporte ses défauts comme elk doit supporter les tiens ; compatis à ses infirmités, et garde-Vo de Tabreuver injustement de chagrins et d'humiliations. Elllt

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