PREMIÈRE PARTIE.— DOUZIÈME SOIRÉE. iOS
(( désirs sans frein, les cupicjiités dévorantes, les passions in- (( saliables. » Comme il a raison ; oui, vivre selon le cmur, c'est mourir.
— Vous trouvez ?
—Oui Je trouve ce mot vrai et très-vrai, car, d'après la définilion de M. Chassay, vivre selon le cœur, n'est-ce pas vivre de la vie païenne que vous m'avez peinte hier, et cette i'Oirée me laisse de pénibles souvenirs. Le monde a été cela...!
— Et ce qui est plus pénible encore à penser, c'est que nous avoQS une partie de la terre plongée dans ce honteux sensualisme, auquel on nous ramène lant par les romans que par les livres plus sérieux. Le socialisme est la dernière conséquence du sensualisme ; c'est toujours Tbomme se livrant aux passions de son cœur, suivant la loi de la chair, permettez-moi le mot du catéchisme, et arrivant par une pente inévitable au maférialisme le plus positif et le plus abject.
« Le cœur (comme Tentend la Pureté du cœur) ne peut K donc jamais mener à la vertu, il ne peut conduire au bon- « heur. »
Ce démenti jeté à la face du monde m'a singulièrement frappé. Sa vérité ne peut être contestée par quiconque suit la marche des passions.
Non, les passions n*ont jamais amené après elles que le dégoût et le désespoir. Et saint Augustin a rendu avec son éloquence ordinaire cette dernière pensée de toute âme arrivée à la réûexion par la satiété : a et une fois garroté, avec quelles « verges de fer m^ont flagellé et les jalousies, et les soupçons, « et les Vanités, et les colères, et les ruptures, etc. »
Commeqt le mal entre-t- il dans le cœur dès l'abord ? sinon par les cogitations et devoirs^ comme dit saint François de Sales, qui avait profondément «étudié notre nature, a La chas- « teté dépend du cœur comme de son origine. »
Oui, c^est par le désir que débute cette voie qui conduit si loin. Aussi Dieu, au Sinaï, a-t-il proscrit la convoitise, et le christianisme a-t-il traduit, comme vous le savez, la parole de la table de Moïse. Précaution toute divine et dont l'homme
ne s*ayiserait guère. Convenez, Constance, que cette loi. est bien sage.
— Certainement, j'en conviendrai. Certainement il faut tenir son cœur sous clef, et ne croyez point à la véracité de la femme qui vous dira le contraire.
Je vous en conjure, ami, ne poussez pas plus loin votre étude sur ce chapitre, il est plus facile de lire que d'écouter.
— Lisez donc, mais lisez de bons livres, et gardez-vous des mauvais plus que de la peste, car, je vous le déclare, il est peu de femmes qui niaient été perdues par les mauvaises lectures ou par des liaisons dangereuses. Souvenez-vous de ces paroles de saint François de Sales : a Ne hantez nullea ment les personnes corrompues.... comme les boucs, tou- « chant de la langue les amandiers doux, les font devenir K amers, ainsi ces âmes puantes et cœurs infects ne parlent c< guère à personne... qu elles ne la fassent aucunement déc( cheoir de la pudicité ; elles ont du venin aux yeux et en « rhaleine, comme les basilics. »
Ce n'est point à vous, je le sais, que cette recommandation doit être adressée, vous connaissez le danger de ces gens aux yeux et à l'haleine des basilics.
— Oui certes, je le connais ce danger, et il y a bien peu de jours, je vous le signalais moi-même ; il est tout aussi grand que vous le diies, et plus fréquent qu'on ne le suppose.
— Ainsi donc, celui qui a mis un frein à nos passions, un frein à nos désirs, a voulu notre bonheur et Ta assuré si nous gardons sa loi. Avez-vous parfois observé la vie de mensonge de ces gens qu'une liaison coupable enchaîne ? Il m'est arrivé, dans ma première jeunesse, de rencontrer une femme dont le désordre avait été la règle ; j'ai pu la suivre jusqu'au tombeau, et je vous assure qu'elle a été pour moi un enseignement précieux.
Mademoiselle de *** avait été mariée à quinze ans à M. le baron de ***. Elle était jolie comme un ange, peu instruite, et pas le moins du monde élevée. Sa mère vivait loin de son père, et pour cause; le baron était un homme de beaucoup