PREMIÈRE PARTIE.— DOUZIÈME SOIRIÎE
êlre isolé, en guerre avec la nature, avec les autres êtres, et avec lui-même ; Dieu de moins, et Thomme n'a plus que la force à appeler à son aide. El comment en serait-il autrement ? avec Dieu s échappent la résignation, Tespérauce et le dévoûment; avec Dieu de moins, le cœur n'a plus que le désespoir, l'amour de la jouissance, Tégoïsme ; avec Dieu de moins, il n'y a plus de loi. D*oii parlira-t-elle, où arrivera-t-elle ? Ils sont logiques, dans leur démence, ces esprits, qui commencent par arracher Dieu du cœur et de Tesprit de Thomme, pour l'amener à adopter toutes les rêveries de leur cerveau, toutes les hallucinations de leur orgueil. Oui, Constance, on dit ; plus de Dieu, plus de propriété, plus de famille; et parlant, plus de Décalogue. Du Christ, du Dieu des chrétiens, on fait un philosophe, ou incompris, ou vieilli, ou dépassé ; on VexpUque, cri le nie, on le commente ; la confusion règne au camp socialiste : ici on affirme, là on nie ; les écoles se pressent contre les. écoles ; Tune n'aurait pas une heure de triomphe que l'autre Tattaquerait, et Taltaquerait avec fureur ; car le désordre le plus complet règne dans les esprits.
Et comment en serait-il autrement? Toutes les erreurs s'encbatnent : dans les siècles peu éclairés on s'arrête à un degré de l'erreur, mais dans les siècles avancées, on ne peut se cramponner à un point de la pente, elle est trop rapide ; au fond du précipice seulement se rencontre le repos. Attaquer la propriété conduit à nier Dieu, et nécessairement, nier la propriété conduit à nier la famille ; la communauté amène la promiscuité. En vain quelques esprils admettant les principes, prétendent lutter contre les conséquences. Pas de transaction avec l'erreur. 11 faut suivre sa voie, il faut de toute nécessité obéir à la pression.de la main de fer de la logique. Dieu a eu la sienne, les hommes auront la leur. Dieu avait inscrit sur ses tables ce commandement, base de la famille ; par un autre, il fonde la propriété, ou plutôt il suppose l'une et Tautre, existant depuis la première révélation, depuis le premier jour, depuis Adam, Eve et leurs fils : Tu ne seras point cidultèrêj et déduite : Tu ne déroberas point. La famille
i08 CAUSERIES DU SOIR.
n'a pas d'existence assurée sans le principe de la propriété ; bien plus, pas de famille sans une propriélé quelconque, rhomme le plus pauvre du monde possède quelque chose, susceptible d'ôtre dérobé. Le principe : Tu ne déroberas pas^ trouve donc son application dans la butte la plus misérable.
Remarquez, je vous, en prie, que cette notion de la propriété est si absolue, que sa corrélation avec Tidée de famille est telle, que cbez une foule de peuples, le mot famille se traduit par le mot maison ; la maison de David, la maison de Jacob, la maison deHasbourg, la maison de Montmorency; cette confusion est d'autant plus absolue que les idées d'où elles découlent sont plus profondes dans les nations. Et où. Constance, les nations ne reconnaissent-elles pas la propriété? Quel est le sauvage qui n*ait pas à lui son casse-tête, Tinsalaire, son filet, sa pirogue? Les pieds noirs ont leur terrain de chasse; l'Arabe a le coin qu'il sème; le nègre, Tarbre sur lequelil recueille la gomme, le palmier dont il détache le fruit; que vous dirai-je? Mais le castor a sa ville, l'ours sa tanière, Fabeillle, son miel, sa ruche. La propriété!... mais Thirondélie a son nid.
Parfois, chère amie, il me semble, quand je scrute les doctrines de nos philosophes-socialistes, que je suis réduit à écarter les rêves de pauvres malades enfermés à Gharenton; d'autres fois je crois me retrouver en face de quelque nouveau J.-J. Rousseau, se jouant au sophisme, au paradoxe, s' enivrant de sa folie, puis devenant monomane et si bien affourché sur son dada qu'il ne peut plus çn descendre et condamné à choisir Tabsurde, à vivre deTabsurde, à propager Tabsurde. Ces hommes arrivent, croyez-le, à ne plus distinguer le vrai du faux.
— Ami, sans vous en douter, vous voilà aussi affourché sur votre dada, et vous devenez. ...
— Ennuyeux, n'est-ce pas? que voulez- vous? ces messieurs-là ont beau être ridicules, ils ne sont pas amusants, je vous le montre.
Au reste, je ne veux pas vous faire périr d*ennui pour vous