‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 56 sur 259 · PREMIÉR5 PARTIE.— DOUZIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

PREMIÉR5 PARTIE.— DOUZIÈME SOIRÉE

prouver que vous devriez mourir de peur; un mot seulemeut encore.

La propriété a donc été sanctionnée par le septième commandement : Tu ne déroberas pas. Elle a été établie de la manière la plus formelle par la loi judaïque, et le christianisme n'a Doodifié cette loi que pour se conformer aux difiërencesde temps, de peuple, de mœurs ; mais il a maintenu de la manière la plus formelle la distinction du tieth et du mien.

— Expliquez- moi donc, ami, le système chrétien dans ce qui a trait à la propriété. Nous irons nous asseoir là, sur cette petite pointe de rocher, il fait si doux ce soir I

— Le christianisme ne pose pas, comme la loi juive, les conditions de la propriété en face du droit civil ; celte loi judaïque marche vers un but positif, la conservation de la famille, de la tribu. Pour perpétuer la famille, elle maintient, par des précautions minutieuses, le domaine de la terre dans cède tribu, dans cette famille.

Le christianisme, auquel Dieu a imposé un caractère définitif, ne se reconnaît pas une mission aussi étroite, il trouve le précepte dans leDécalogue; il le corrobore, il Tétend, en le fortifiant, mais il se garde bien de toute modification. Les choses sont changées, plus de peuple à part, plus de tribu, plus de famille spéciale à perpétuer, dès lors plus de dispositions essentiellement conservatrices. Pourvu que le principe de la propriété, base constante de la famille, se maintienne danssa force et dans son intégrité, peu importe à TÉvangile les modifications qu^il subira; le Fils et ses Apôtres, dispensateurs de sa doctrine, loin de toucher au commandement précis donné à Moïse ; Tu ne déroberas pas^ le proclament avec plus d^énergie encore, sMl est possible, qu'il ne le fut alors; mais, tout en admettant donc la propriété, ils laissent à ce principe toute latitude quant aux modifications auxquelles il '^ prête. Ainsi le domaine n*est plus destiné à rester le propre de telle ou telle famille, il peut en sortir ou y être maintenu, le partage égal, l'aliénation à perpétuité en un mot, >onl admis comme la substitution, comme le bien de main-

ilO CALSEHIËS DU SOIR.

morte; seulement la distinction du lien et du mien se confirme, se sanctionne, et si l'Eglise engage les chrétiens des premiers temps à vendre leurs biens pour en distribuer le prix aux pauvres, elle conseille et n'ordonne pas. Si elle admet la vie commune et par conséquent la communauté de biens dans les couvents, remarquez-le, elle ne prescrit P&s cette vie, elle la propose encore par voie de conseils adressés à tous, sans doute elle le sait, mais ne devant être suivis que i)ar le plus petit nombre. Dans la vie ordinaire, dans le droit commun, la propriété reste individuelle ; mais ai-je bien répondu à votre question?

— Non pas tout à fait. Je voulais savoir de vous quels étaient les droits et les devoirs des propriétaires dans Tordre chrétien?

— Pardon de ma distraction.

Dans Tordre chrétien le propriétaire, maître absolu de sa chose, en dispose suivant sa volonté; mais s'il peut, en fait, en faire bon ou mauvais usage, en vertu de la liberté dont il est doué pour tous ses actes,, il n^en est pas de même devant les lois qui régissent sa conscience. Ses droits sont-ils limités? Dans un sens, non ; dans un autre, oui ; ainsi que le chrétien dispose de son bien pour loule fin juste et honnête, qu'il l'aliène sans retour, si la loi de son pays ne s*oppose pas à ce quMl eu soit ainsi ; qu'il Taméliore, qu'il le cultive lui-même, qu'il Tafferme, qu'il en use comme il lui convient sans nuire à autrui, ni transgresser la loi de Dieu, soit.

Ces droits sont non-seulement les droits du propriétaire actuel, mais ils peuvent être transmis par lui à ses fils, à ses parents par voie héréditaire ; à des étrangers par voie de donation. Mais restent les droits d'autrui, les prescriptions éternelles de. Dieu, limites du droit personnel de son action, prescriptions qui nous obligent tous.

— Vous me faites du droit, ami, prenez-garde... • ! Je ne vous ai demandé que delà morale chrétienne.

— Oh ! j'ai une disposition formelle aujourd'hui à vons tuer d'ennui. Que voulez-vous! rien n'est plus fastidieux

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