‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 57 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — DOUZIÈME SOIRÉE. il · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DOUZIÈME SOIRÉE. il

qu UD professeur, et j'ai toujours le socialisme en face de moi : c'eslon cauchemar; sachez donc une bonne foi que le chrisliaoisme est attaqué de tous côtés ; pour le défendre, le plus courl moyen n'est-il pas de l'exposer, même à yous, femme de bien que yous êtes; le droit, plus que toute autre science, découle de sa morale; mais, voyons, je me réveille. Eh bien, vous n'avez reçu, chère Constance, vos rentes, vos maisons, vos vignes, que pour faire bon usage de leur pro« dui(. Aidez vos frères, ne thésaurisez pas, faites une dépense proportionnée à votre avoir, car nous n'avons pas pour garder, à bien dire nous ne sommes que dépositaires.

Voyez-vous là, dans le fond du ravin, ce joli petit bassin si clair, où la lune lais&e refléter son ombre brillante? -Oui.

— Eh bien , ce petit bassin est dû à la réunion de tous ces filets d^eau s'écbappant de notre rocher, coulant de sa base« suintant sur ses flancs ; notre petit bassin les reçoit toutes, ces gouttes d'eau, qui, sans son heureuse disposition, se perdraient dans les terres, ou produiraient comme là, à droite, ce marais rougeâtre, couvert de longues herbes, de mpusses buroides, désagréables à Toeil, et dans la vase duquel vous enfonceriez jusqu'à mi-jambe. De ce bassin, voyez-vous s'échapper ces ruisseaux arrosant ces jolies prairies si vertes, si diaprées de fleurs ? c*est à eux que toutes ces plantes doivent leur Irakheur, leur vie, cette terre sa fertilité.

La propriété, m'a toujours apparU:Sous la forme de ce bas* ^^in; sans lui, le marais; ces eaux se réunissent, lui donnent naissance, et de son sein partent ces ruisseaux fertilisants auxquels toute cette vallée doit sa fécondité, sa grâce, sa beauté* Comme le bassin, recevez pour donner, voilà votre loi. Observons-la cette loi, car je vous l'avouerai, j'ai toujours redouté la justice de Dieu s*exerçant sur les heureux du siècle. Le précepte de Faumône est formel, absolu; nous sommes '^ïi aînés delà grande famille, mais n'oublions pas qu'il nous ^era demandé compte des biens du père, et qu'il nous récom-

pensera ou nous punira suivant que nous aurons bien ou mal usé de ses dons.

— Nous avons rencontré au milieu de tout ce que vous m'avez dit, car vous m'avez dit beaucoup de choses, ami, une grande loi de Dieu, sur laquelle vous vous êtes appuyé, mais dont autrement, vous avez peu parlé.

— Oh 1 vous m'en voulez ce soir , vous n'êtes pas bonne du tout ; je crois que vous avez quelque tendresse pour le socialisme?

— Eh bien , moi, en vous voyant muet sur cette loi, je me réjouissais en songeant quUl y avait au moins un commandement que je n^avais pu transgresser... Comme vous regardez!.... est-ce que?....

— Oh non , je vous assure que je vous regarde comme ayant les mains très-nettes, et cependant je voudrais bien être aussi certain que vous me paraissez Têtre, vous, de n avoir jamais transgressé celte loi : Tu ne déroberas pas. Elle se rapporte à tant de choses, il y a tant de choses que Ton dérobe; la justice est une vertu dont le domaine est bien vaste.

— Mais enfin, ami, on ne vole pas dans le monde.

— Âh! on ne vole pas dans le monde ! Eh bien! madame, on vole lieaucoup dans le monde; écoutez-moi, s'il "Vous plaît.

— Connaissez-vous madame de C***î

— Oui.

— Paie-t-elle exactement ses domestiques? paie-t-elle ses fournisseurs, ses ouvriers?

— Non.

— Ne pas payer ses gens; c'est leur dérober Tintérêt de leur argent.

Et madame D^% si brillante, avec quel argent soldet-elle ses bals, ées dîners? N'est-ce pas avec celui qu'elle sait si habilement soustraire à la tutelle des enfants de son frère ?

Et madame 8**\ d'où lui viennent, s'il vous plaît, les billets de banque avec lesquels elle joue avec tant de passion au

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