PREMIÈRE PARTIE. — DOUZIÈME SOIRÉE
lansquenet? sinoa des "vois journalier^ qu'elle fait à son mari sur la tenue de son immense maison.
—Mais voler son mari, ce n'est pas voler4
— Vrainaent...! c est le banquier de "mon frère; je connais par malheur ses affaires, et je vous déclare qu'il va manquer avant deux mois, et je vous déclare encore que soit par les fraudes dont cette femme se rend complice, soit par celles qu'eik commet, elle aura distrait plus d'un million de Tavoir des créanciers de son époux.
£t votre amie, cette petite dame qui jamais ne regarde à sa dépense, qui est sans cesse dupée, à laquelle son mari s'en remet de tout, vous ne croyez pas qu'elle le vole, ce pauvre homme, car lui seul a une fortune dans cette maison, en dépensant ainsi sans compter? Vous croyez qu'elle ne vole pas ses enfants, en obérant ainsi la fortune de leur père?
Je ne finirais pas si je vous parlais de toutes les friponnes gae je connais.
Passons aux hommes.
Est-ce un fripon que le gendre d'un ministre qui joue à la bourse avec les secrets du télégraphe? Est*ce un fripon que M. ** qui reçoit des pots-de-vin ? Es t-ce un fripon que le général ^^^, qui ferme les yeux, moyennant finances, sur les rapines des fournisseurs de la guerre? Est-ce un fripon que le baron*** qui, député, reçoit de belles actions de chemin de fer, pour parler en faveur de ce chemin? Est-ce un voleur que ' l'agent de change qui fait une baisse ou une hausse ? Est-ce un voleur que le banquier qui crée du papier de complaisance? Est-ce un voleur que le marquis deC, qui épouse une pauvre jeune fille en se donnant 40,000 fr. de rente, quand il n'a que des dettes et un titre usurpé ? Est-ce un fripon que Tavoué qui nourrit une affaire, que l'avoeat qui donne un faux conseil, qui plaide une cause qu'il sait mauvaise, néglige une affaire pour une partie de plaisir? Oh ! combien de fois vous avez donné la main à un voleur, oui, à un voleur, bien plus voleur que le pauvre, sans pain, s'appropriant votre bourse! Vous vous plaignez du marchand qui vous vend à
lU CAUSERIES DU SOIB.
gros prix un chAle détestable en vous Taffinnant bon ; et tous les jours nous vendons comme parfeits des chevaux qœ nous savons vicieux* Je reste souvent stupéfait de la fadÛté avec laquelle nous condamnons les autres, quand nous-mêmes, là, sur ce chapitre si éloigné de nous en apparence,' boqs avons aussi des reproches à nous faire. Que de fins n*ai-^je pas vu des gens fort honorés n'apparaître à mes yeux que comme des misérables, indignes de Testime de leurs valets I Et il &ut réparer toutes ces injustices, et comment? Gomment tel jugé réparera-^tril le tort qu'il a fisttt à telle femme, dont Thonneur est resté entaché dans un procès fameux, parce qu'il n'avait pas étudié, le fond de Taffaire? Qui rendra la vie à ce pauvre jeune homme, tué par un médecin qui n*a pas réfléchi, pressé qu*il était de multiplier ses visites dans une même soirée pour augmenter ses gains? Encore une fois, que de voleurs I
Mais ce n*est pas tout : cette loi, chère Constance, ne nous défend pas seulement le vol, elle nous ordonne Taumône. Ici commencent les devoirs de la propriété, et ils sont rigoureux.
Dans le christianisme , on ne possède que pour donner ; Dieu a créé le riche pour le pauvre,- le pauvre pour le riche. Il a réparti inégalement les biens de ce monde pour fournir à l'un le mérite de Taumône, et à l'autre le mérite de la résignation, à tous deux le mérite immense de l'amour mutuel.
Isolez pour un instant, chère amie, notre monde de toute idée religieuse, et dites-moi ce qui devrait arriver entre celui qui a et qui ne donne pas, et celui qui n'a pas et auquel on refuse ce qu'il sait qu'on peut lui donner. Regardez là ,- dans cette clairière du bois : Fox a pris un petit lapin, et voilà Paper qui le lui dispute, ils vont se battre.
— Oh ! rappelez Peper, il va mordre ce joli Fox. -
— Voilà notre riche et notre pauvre...! ils se battent.
Si, au contraire, ils se soumettent l'un et l'autre à la loi qui leur a été donnée : si celui qui possède se dit dans son cœur : Je n*ai reçu que pour être le dispensateur des dons de Dieu; si