‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 59 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — DOUZIÈME SOIRÉE. i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — DOUZIÈME SOIRÉE. i

alors ce riche, recherchant les besoins de celui qui n'a pas, les prémnt, ces besoins, soit en lui fournissant du travail, ^t ea raîdaiitde^sàbouvse, de soi» intetiigence: ^^ d'un auti«'c6té, lepauvHe te ditdms son âme : Dieu m'a eicposéaux Injures rudes ^n^jour ; mais cette^yien'af qu'un temps court en comparaison de Téternité, où la récompense de ma souffrance et de ma résigndtion m'attend ; si, mettanf de cdté toute fausse honte, il roçoit les avances du riche, non-séulemènt avec douceur, mais encore les paye de reconnaissance; si ses lèvres ne s*ouvrent que pour bénir la main de Dieu qui donne par la main du riche, il s'opère entre ces deux hommes un échange touchant et saint, un échange de bons procédés et de gratitude, un échange de biens temporels et de prières, qui les lient Tun à l'autre par Tamour mutuel le plus vrai, le plus constant. De ce moment ces deux hommes sont en harmonie, le dévouement mutuel' resserxv' entre; eux les nœuds^ de la vraie fraternité.

' Bélii soit Dieu dont la volonté transforme un besoin du cœur en une vertu! béni soit Dieu dont la bouche nous a assurés qu'un verre d*eau donné en son nom nous vaudra une récompense étemelle I Que de joie et de joie pure à entendre une pauvre famille bénir notre main ! Cette loi si douce du christianisnôe, cette loi bénie de la charité, explique seule d'une manière satisfaisante et la richesse et l'indigence; par elle les intervalles cessent, le monde social vil^ elle est la solution de Ions les problèmes, comme la clef de. voûte de l'édJiScesociaK

Donnes à -chaque individu» en France ,. sa trente^uatremiUionnîème partie du revenu territorial, il aura brut, par joor^ 'O'fr.' 70 c. ; maintenant^ chère amie, faites Vivre ces 34,000,000 dé personnes habitant notre so). Où le travail qui décuple les valeurs? H est mort. Où la richesse? Elle est morte. Où l'aumône? Elle est morte.

— Mais alors que reste-l-il...?

— La mort sociale. De votre richesse, Constance, vous dorez ace part au commerce, à un certain luxe, à celui qui con-* vient à votre fortune, car cette part va au travail général;

pois une partie à Taumône, puis encore une partie à Fécono* mie; car ai Tavarice et la thésaurisation sont défendues, Tépargne est ordonnée, en quelque sorte : par l'épargne se oonsenre la fortune; par l'épargne naît l'aisance, et de l'aisauce l'aumône imprévue. Donnez, Constance, donnez cependant, donnez toujours.

Les devoirs du pauvre sont la résignation, le travail assidu, la reconnaissance et la prière.

L'aumône, voyez-vous, ce n'est pas seulement cette pièce de monnaie que l'on jette avec dédain et distraction à au mendiant importun assiégeant votre voiture, c'est bien autre chose : Taumône, c'est tout ce qui est donné pour l'amour de Dieu à notre frère dans le besoin ; non point toujours de l'argent, mais souvent mieux que de l'argent, une consolation, un conseil, une preuve d'aSection ; l'aumône n'est pas seulement à l'usage du riche, elle est à Fusage de tous; le pauvre peut faire l'aumène au riche, le faible au puissant; il n'est point de cœur qui n*ait une parole, une pensée pour un autre cœur. Votre grand-père, Constance, fut sauvé du massacre de Saint-Domingue par une vieille négresse esclave. Que de fois, dans ces heures d'angoisse de Tâme, quand quelque afireuse douleur intérieure nous torture , un mot, un regard venant d*une personne parfois placée biea loin de nous, ne nous ont-ils pas apporté un bonheur inconnu, inespéré ! Vous avez fait cette épreuve comme moi, et malheur à qui n'a pas dans sa vie un souvenir de ce genre I

A nous-mêmes ne nous serait-il jamais arrivé de jeter dans quelque pauvre cœur souffrant un grain de ce précieux dictame...? Dites, quels furent vos pensées, vos sentiments après ce regard dont l'expression vous disait : Merci.

— A la bonne heure, on vous comprend, ami ; oui, tout ce que vous dites est vrai, très-vrai ; mais pourquoi, de nos jours, cette séparation si profonde entre le riche et le pauvre, et, au lieu de ce mutuel amour dont vous parlez avec feu, cette haine sourde d'une part, et de Fautre cette crainte, cet éloignement, que vous-même reconnaissez?

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