‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 60 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — TREIZIÈME SOIRÉE. ' i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — TREIZIÈME SOIRÉE. ' i

^-Ne TOUS Taurais-^je poiat encore assignée, celte cause? Elle est bien simple : ici le christianisme n^est pas plus écouté que sur bien d'autres chapitres» cette loi n*est pas plus observée que tant d'autres; on donne prodigieusement, mais on pratique fort peu Taumône chrétienne. La société est travaillée par rincréduUté , par rindifférence, par l'égoïsme, par le matérialisme, et dominée par un despotisme non apparent, mais très-dur. On excite le pauvre contre le riche, cela est facile, nous l'avons tu ; le riche s'éloigne du pauvre ; dans sa vie de plaisir, que lui est le pauvre? une tache sûr sa glace. Rien de plus logique donc que cette conséquence formelle, forcée du retour aux idées païennes ; rien de plus habile que le système des hommes pervers pour lesquels le renversement de l'état social serait un marchepied. En parlant toujours du présent , jamais de l'avenir ; toujours de la vie, jamais de 1* éternité; toujours des droits, jamais des devoirs : en confondant le bien et le mal, le tien et le mien, on est à f^u près certain de réussir.

— Ne dérobez pas, mon enfant, et exercez sans cesse la charité telle que nous Ta enseignée celui qui rend au centuple ce qu'on donne en son nom. Souvenez-vous de ses paroles, souvenez-vous de la parabole du mauvais riche. Je n'ai point connu de maison qui se soit appauvrie par l'aumône ; je n'ai pas vu mourir mal les hommes réellement aumôniers : Dieu veut en son paradis ceux qui ont vêtu le pauvre, recouru l'orphelin , soutenu la veuve ; il a des couronnes glorieuses et éternelles pour les amis de l'indigent.

TREIZIÈME SOIRÉE

Je désirais vous voir seule, Constance; la tristesse profonde dont vous semblez frappée depuis ce matin a certainement une cause bien grave.

liB. CAuasiUEs DU sont.

— Oui, je em triste, très^UrMe^ j'û bk une terriUe découverte: iDafiUeaQi«DU«

. -TT Ob l je 1F0U9 plains de rocoDuattre cliez cette «bCeiqI le germe d'ua TÎce ; c'est une pensée cru^ ; mai» cbes vètre fille ce n*est pas une habitude, et avec un peu de soin vous aurez vite porté remède à cette disposition de rbumanité tout entière. « Tout homme est menteur. »

— Que dites-vous, ami ? c'est horrible ce (jue vous dites là ; mais non, tout le monde ne ment pas.

-«— Le mensonge est presque aussi yim% que le monde, il a paru sur la terre en même temps que rbomidde. Une .mauvaise action exige. qu'on la cache, et Thomme coupaUe déserte la vérité. Elle lui devient nécessairement inaappôrta- , ble, et il doit| par tous les moyens possibles, tendre à élt^oer la lumière qui le rendrait odieux. Aussi que d'e£forts ! Ne irouvez-vous pas que cette obligation du mensonge est dqa une punition terrible de nos fautes? Triste condition du coupable ! un crime le mène à un autre ; Gain a tué, il m^at ; mais, avant Gaïn, l'ange rebdle tombé par orgueil, avait aussi menti, car le discours fallacieux du serpent à la fenmcie était un mensonge. Le mensonge a été la cause de notre perte, et il est tellement dans notre nature dépravée, que TÉcriture a eu bien raison de dire ce que je viens de répéter à votre grand

scandale.

— Où ma fille a-t-elle pris cette disposition? Je ne suis pas menteuse, moi.

— Vous vous rendez justice ; ce germe, encore une fois, est dans notre nature. Détruisez-le promptement.

— Sa £siute est bien grave ; elle a accusé à tort sa bonne, et elle soutient son accusation. Obi mon Dieu, que je suis triste 1 une fille menteuse !

— Votre fille se corrigera, j*en suis persuadé ; il vous faudra un peu de fermeté, vous en aurez.

— Pourquoi Dieu nous a-t-il donné la parole, puisque nous devrons en faire un si mauvais usage?

— Pourquoi nous a-t-il donné la force, puisque nous pou

PREMIÈRE fykRTie.-^TRBZIËME SOIRÉE. ' 1»

YûDS tuer ? pourquoi lin cœur, puisque nous pouvons nous liTrer à tant de choses défendues ? II n'y a pas un don de Dieu dool nous n'abusions, dans notre liberté ; tous regardez donc la liberté comme unmal*.. ! la parole... ! avec la parole nous bénissons Dieu, sans la parole la société humaine n'existerait pas.

— Oui, et la parole la détruit, cette soeiété»

— Mon pas la parole, Constance, mais le mauvais usage que nous en faisons.

— Tout homme est menteur, avez*vous dit; et alors que M homme abuse de sa langue , à quoi sa langue est-elle bonne?

Qui porte la discorde dans le monde ? qui brouille les familles ? qui sépare les amis ? la langue ; qui accuse ? la langue ; qui ne défend pas ? la langue. Oh I pourquoi Dieu ne nous a-t-jl pas faits muets ? ' .

— Dieu, vous le savez très-bien au fond, a bien fait ce qu'il a fait, et il a poussé Tamour envers F homme jusqu'à lui impo* ser une loi justement pour corriger cette si triste disposition : ((Tu éviteras le mensonge.... Tu ne porteras pas feux témoia gnage contre ton prochain. x>

Par ses autres dispositions, la famille et la société étaient déjà instituées, défendues contre la violence, contre le vo|, œntre ces autres crimes, destructeurs des bases sur lesquelles la femille et la société sont assises ; il fallait de toute nécessité établir la paix dans leur sein, et le mensonge et le faux témoignage, en jetant la discorde, le trouble là où ils apparaissent, amènent vite la destruction des liens qui unissent les hommes; cette loi était indispensable, d'abord pour régler l'usage de la parole, en second lieu, pour en réprimer les abus.

MeiuroM nos paroles au mètre de la vérité^ repoussons le faux témoignage.

Vous l'avez dit, le mensonge détruit la société ; car, par exemple, où la justice entre les hommes, si la vérité ne les éclaire pas? Ce n'est pas le glaive du bourreau qui frappe le patient, c'est le témoignage, et, sans témoignage, où la justice?

4tO . CAUI^RIES DU SOIft.

Mettez pour un instant le mensonge à la place du trai, ef que ideyiennent la terre, le monde? L*esprit se trouble, et il ne comprend plus cette confusion dans son infinité. La mer est fermée au navigateur dont la route n^est plus tracée, car les écueilâ de rOcéan i^e lui sont plus connus, le témoignage seul les a indiqués ; les sciences» les arts n'ont plus de certitude, pour ainsi dire. Le témoignage est la voix de Fobservation ; et sans Tobservation, où la science, où les arts? Toutes les transactions disparaissent, elles ne reposent que sur la vérité. Toutes relations cessent ; où serait leur sécurité ? Le vide se fait autour de l'homme ; et le vide, n'est-ce pas pour lui la mort,?

La vérité, Constance, c'est le flambeau de notre intelligence, c'est la nourriture de notre "âme ; la vérité, c'est notre bonheur, c'est un rayon que Dieu jette à la terre dans sa miséricorde ; la vérité, c'est la vie, la joie du ciel : le mensonge, c'est la mort, c*est le langage du serpent.

Demandez à l'expérience, et voyez ce qui arrive dans le monde par le faux témoignage, voyez ses ravages : une odieuse vengeance dévore le cœur de cet homme, il dénonce ce père de famille ; cette dénonciation est habile comme la vengeance elle-même. La malheureuse victime se débat en vain, forte de son innocence ; la justice est circonvenue et frappe, parce que la lumière n'a pas été faite autour d'elle, et elle frappe irrévocablement ; le sang pur a coulé , le déshonneur, la ruine ont atteint cette famille; et comnient ? par le faux témoignage. Ici le sang n'a pas coulé, un avis mensonger parti d'un envieux a amené des soupçons sur ce magistrat ; cet avis se décuple, les intrigues se nouent, il est sacrifié ; et le voilà passant dans la misère et le désespoir une vieillesse flétrie par le mensonge. Et ce financier... ! qui a jeté à tort la défiance autour de sa maison? pourquoi ces démarches incessantes de ses créanciers ? pourquoi cet empressement, ces craintes? Une bouche ennemie a donné l'alarme; et cet homme dont la caisse est vide, dont le crédit tombe, dont le courage s'épuise, dont la tête se perd, charge ses armes, il va mourir...! Qui Ta tué?...

Ces choses sont afireuses, me direz-vous ; aussi sont-elles

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