PREMIÈRE PARTIE. — TREIZIÈME SOIRÉE. i
très*rares. Eh I mon Dieu, non, pas autant que tous vous rimagioez ; mais si le istux témoignage n^a pas toujours de ces coDséqaenees sinistres , quel mal ne fait-il pas dans le monde I
il s'agit d'un jeune ami que Ton veut marier, il a toutes les Terlusj et l'on trompe une bonne et naïve jeune fille, qui a mis en vous toute sa oonfiance. Il faut se défaire de cette instilotrice, parce que sa conduite est mauvaise ; mais elle connaît nos secrets, on la vante. Ce domestique nous a manqué, légèrement peut-être ; et dans notre impatience nous exagérons ses défauts, et il reste sans place. Nous condamnons celui-ci pour favoriser celui*-là. Et dans les vastes champs de la politique , où nous arrêtons-nous? Nous savons tout, nous avons tout entendu, et, par un rapport mal fait, nous arrachons à tel liomme la considération, Thonneur.
Dans toutes ces matières si graves, nous ne pouvons avoir trop de circonspection.
Que de Suzannes dans le monde ! que de perfides vieillards!
— Dites que de femmes perfides, que de femmes jalouses d'un succès I que de grains de sable avec lesquels on sait bâlir des montagnes ! que de mariages troublés par ces mots : J ai vu, quand on a vu, quoi? une légèreté, un rien !
— Aussi, Constance, le faux témoignage ne nous est-il jamais permis, ni pour nos amis, ni contre nos ennenciis. La justice, la charité doivent nous arrêter ; vous savez ce principe absolu : Ne faites point aux autres ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fit.
— Je ne l'ai point oublié ce grand et salutaire principe; et je vous proteste que je serais bien malheureuse si je me trouvais en position d'avoir à m'expliquer d'une manière grave sur des faits infamants, encore que leur auteur fût un inconnu. Que Dieu me préserve d'avoir à porter témoignage sur personne, et qu'il fasse que jamais une bouche accusatrice ne s'ouvre contre moi, pauvre femme isolée I Je deviendrais si vile coupable. . .
— Vous sera-l-il beaucoup plus difficile de respecter la
lis GâuSEiOES DU som.
Dotation des autres, d'éiriter ]a calomiiiey la médisanee? Seriez-yous bien heureuse qu oa vous fit {Nisser pour oe que tous n*éle8 pas, qu'on publiftt yos imperfections ¥
— La calomnie, mon ami, cette arme perfide cachée dans le sein, avec laquelle on assassine* dans l'ombre, en flattant la Tictime, en Tembrassant 1 oh ! eW infâme. Que de pauvres .femmes marquées au front, perdues par un mot habile 11cfaé ou par un Cat qu'elles ont repoussé, ou par une méchante coquette dont elles ont, sans le savoir, blessé Tamour-propre! Le monde est plein de calomniateurs ; ils ne respectent rimi. Mon Dieu, que de démarches souvent saintes travesties par eux ! Il faut qu ils salissent ce qu'ik ne peuvent se résoudre à vénérer. Que de maux la calonmie cause ! que de ménages troublés par elle I que de fortunes détruites ! Tenez, les femmes, dans leurs causeries intimes, dans leurs coQversatiiHis de salon, sous 1 éventail, elles sont barbares, elles tuent d'un regard.
— Je savais, chère Constance, que votre âme si noUé repousserait avec tonte son énergie cette cruelle et infâme habitude de tuer les gens par un mot, par' un geste : trouvezvous plus simple de révéler le mal que l'on sait?
— Je ne suis pas méchante, vous le savez, et j'éprouTe donc très-peu de satisfaction même à me venger, je ne suis pas très-disposée à chercher à faire mal aux gens, même par représailles. Toutefois si je raconte quelque chose de vrai d'une personne inconnue, je n'en ai pas grand remords. Si ron ne parlait ni des vices des autres ni de leurs aventures, les conversations de salon seraient bien Êides, qne dirait-on : Voilà le vrai ; dans ma nature je ne trouve pas grande joie à parler des autres : je le fais et je le fais pour parler, puis cela ne va pas bien loin. Vous conviendrez que si je m'amose a dire que le diner que nous avons fait hier était ridicule, et que la maîtresse de la maison était un peu empanachée pour la campagne, je n'aurai pas commis un bien gros mal.
— Chère amie, notre règle, s'il vous plaît : Ne faites pas à autrui ce que vous seriez fâchée qu'autrui vous fit.
PREMIERS PARTIE. -» THEIZIËME SOIRÉE. . >iU
y m aivez coitimis^mie faute graire, vous Tavez pleurée,
expiée, réparée ; seriezrvous bien ake qw partout t>D divifl-*
guâtcattoiaute?'PIoii certes ; vonft ne Pavez pas «xpiée aux yeux
dn ïïKmiùj ee tyran qui ne pardonne pas. Peu, très*peu de
gens lao^nnaîasent ; (rouveriez^vous bien qu^elle.fût proolà-.
méepar eux? Non certes. Eh! à quoi bon aller fouilk^ ainsi
dans ]e secret de la vie privée ? Quelle triste satisfaction que
de blesjBer lea. autres! Tenez, cette pauvre femme. a une plaie
au bras, si vous le lui pressez avec force, vous lui ferez un mal
affreux; le ferez-^vous pour. votre plaisir, ebère amie? Cette
pkîe est scuofuleuse, elle est ignorée : aUez^vous divulguer
son existçDce ? Et cette malheureuse ne se remettra peut-être
jamais de ce chagrin ; oh 1 vous ne ferez pas cela 1
Quel triste esprit que celui qui ne brille qu- aux dépens dâs autres l il ost de mauvais aloi et indique peu de fond. Eh! mon DieUi si vous n'avez rien à dire, taisez^vous, c'est faci7e, et jamais un sot ne s'est tu. Plaisanter d'un dîner, certes ce n'est pas un crime... Eh bien I c'est cependant grave. . . des plumes... Plus encore. U est des femmes qui préféreraient bien des fois qu'on leur prêtât quelque aventure que de consta"ter en elles un ridicule.
— Tant pis pour elles.
— Je ne vqus dirai pas non.
— Oh 1 s'il n'est plus permis de dire, mon ami, que vous avez un gilet jaune d'un goût détestable, c'est fini.
— Aiez, riez, petite folle, de mon gilet, de ma cravate, de moi, tant que vous voudrez, je vous donne carte blanche. Riez des gens à leur face, soit; riez de certains ridicules tant que vous voudrez, je ne vous blâmerai pas; et cependant il en est que je respecte.
— Vous respectez des ridicules. . . !
— Oui, sans doute, d'abord par prudence ; je me ferais un cnneoii irréconciliable de tel de mes voisins, si je lui disais la moitié de ce que je pense de lui en choses fort indifférentes. Et je l'ainie, cet homme, parce qu'il a de très-grandes qualités.
— Puis vous le craignez un peu... !
iU CAUSERIES DU SOIR.
-^ Pourquoi ne pas en convenir? Oui, je crains la langue des méchants, la vengeance d'nn sot.
Il n'en est pas moins vrai que je respecte les ridicules de g^is que je ne redoute pas ; parfois ces ridicules viennent d*nn bon fond, parfois ils sont indépendants de nous-mêmes. CTest lâcheté que de les attaquer alors ; n^est pas exempt de ridicule qui veut.
— Vous avouerez que ce n'est pas un grand mal que de rire un peu de certains d'entre eux.
— Encore une fois, non ; mais, voyez-vous, Constance, il y a une chose dont il faut se défendre , c'est de certmne malice, parce qu avec elle on va plus loin qu'on ne vent ; gaie et folle comme vous Tètes parfois, jamais méchante, et toujours bienveillante, vous êtes si loin de la pensée de fdire mal en riant, que vous ne croyez pas possible que votre petite griffe puisse sortir, et sans vous en douter vous pouvez...
— Oh ! il m'en veut pour avoir dit que son gilet... jaune...
Allons, ami, je n'en parlerai à personne, c'est entre nous.
. — Eh ! parlez-en au genre humain, si cela vous plaît ; mais écoutez-moi.
Ne parlez pas trop. Combien cette rage de parler cause de maux ! souvent uniquement pour ne pas se taire, on se met à rapporter ce que Ton a entendu dire à droite ou à gauche ; de là des brouilles éternelles, des haines profondes. Ces terribles rapports passent de bouche en bouche ; ils arrivent défigurés, grossis à ceux qu'ils intéressent, et dès lors quelle gravité n'ont-ils pas I Des amis, des familles se séparent pour toujours sur la parole de tel ou tel, quand, au fond, il n'y aurait pas eu matière au plus petit nuage.
Non, ne parlez pas trop.
Une femme d'esprit ne peut s'en tenir aux chiffons et à tout le marivaudage du monde ; elle dédaigne la pluie et le beau temps ; elle devient pédante si elle montre ce qa^elle sait. Les hommes pardonnent si peu aux femmes de savoir ce qu'ils ignorent I et les femmes ont-elles jamais permis à Tune d'entre elles d'être supérieure au reste du troupeau ? La