‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 62 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE — TREIZIÈME SOIRÉE. i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE — TREIZIÈME SOIRÉE. i

politique a ses dangers» ses ennuis ; on arrive tout simplement, après le long chapitre des lieux communs, des méchancetés officielles, aux digressions privées, et alors... ^ Vous êtes en province, ami?

— Non, non, je suis à Paris.

Avec cet axiome, a A Paris, pas de cancans, » on se croit, dans vos salons, à Tabri de tout, et je vous le déclare, à Paris, iDaiiitenant le cancan règne en roi, de la loge du portier au boudoir le plus coquet : la multiplicité des visites, la nullité des gens, le défaut d*intimilé, la généralité des relations, Teiigence de la politesse, la publicité de toutes choses ; tout cela réuni, et piar-dessus tout la haine, la vengeance, l'envie, la jalousie, la malveillance, la malice et la sottise dictent ces conversations sans fond et sans fin, où la médisance ouvre la porte à la calomnie, où les réputations périssent, où Thonneur seperd. Eh ! mon Dieu, à peine a*t-on cru être incisif, à peine a-t-on cru s'être permis une innocente malice, et Ion a flétri toute une vie, imprimé au milieu d'un front pur, une tache indélébile. Que de misères de ce genre. Constance ! Et je vous l'affirme, tout cela a été dit, répété surtout par besoin de parler. Que se dire.... ? on s'aime si peu... ! on se vo/t tant...!

Puis, comme on juge.. 1 sur quelles données ? Telle femme a deux, trois, réputations : ici, c'est uoe montagne de vertus ; passez les ponts, au faubourg Saint-Honoré, elle est légère ; au-delà du boulevard, elle est plus que cela. 11 y a la réputation de ville, la réputation de campagne ; on est haute en province ef cauteleuse à Paris , gravé dans ses terres et trèsleste ailleurs.

Ne jugez jamais sans nécessité, ne prononcez qu*à coup suret avec la plus grande modération. Dites- vous qu'il est aussi facile de nuire au prochain en répétant quoi que ce soit sur lui, qu'en l'inventant? Respectez l'honneur des étrangers, respectez les morts ; il est admis qu'on peut révéler les défauts de ceux qui ne sont plus ; je ne puis admettre qu'il en soit ainsi. La mémoire du mort est aussi sacrée que la réputa-

lion du vivant ; F un n*est plus là pour réclamer la réparation que l^tre peut toujours exiger ; <»r, Constance, ne croyez pas que Ton tue Fhonneur de son frère gratis. Nony non ; si vous avez, par la calomnie, par la médisance, par vos rapports, par vos jugements hasardés, fait tort à votre frère, il iaut réparer ce tort, lai rendre ce que vous lui avez ravi ; et cette exigence est trop juste pour que je cherche à la justi6er.

Ai-je raison ? fout-il vous dire encore : Ne pariez pas tft^. .. Vous ne répondez pas... ?

•~ Je m'habitue au mutisme.

•— Vous avez la prétenticMude me persuader que je vous ferme à tout jamais b bouche, parce que je vous demande de ne pas mentir et de ne pas abuser de Tun des plus beaux dons que Dieu ait foits à Thomme? Ohl les femmes! les femmes...!

Eh bien, mentez comme Satan, calomniez, jouez avec Fhonneur des hommes, avec Fhonneur des femmes; faites du monde une longue, une infinie galerie, où les vices, les défgiuts, les ridicules, les imperfections d'un chacun seront éta-* lés en tableaux aussi vrais que spirituels ; tirez les conséquences les plus erronées des faits les plus innocents, et dites-mot, cela fait, cela admis, ce que sera la vie ; dites- moi, où la concorde? où la paix? Oh, les damnés n'ont pas d'autres supplices. Si votre amabilité vit sur ce fond ; si c'est là le charaie de vos salons, je demande à Dieu la solitude, le désert, et de me préserver de la conversation de toute femme, comnie de Fhaleine des basilics, qui donne la inort.

— Et de quoi parler ?

— Eternelle réponse des gens qui ne veulent pas conveair d'une vérité dont ils sont convaincus.

Vous avez flétri avec plus d'énergie que moi toutes ces infamies, et vous revenez à celte question I

Eh ! parlez de tout, chère amie ; mais pariez-en avec cette retenue, cette convenance, cette charité qui appartient à une belle et noble nature, à la vôtre. Constance;

— Est-ce que la flatterie est permise î

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