‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 63 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. ---TREIZIÈME SOIRËE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. ---TREIZIÈME SOIRËE

— Pas plus que la calomnie, elle est un vil mensonge.

Non, je ne vous flatte pas; je ne veux pas me faire pardonner m rigidité ; mais pas de malice, s'il vous platt ; si wos TOUS faites femme^ je. . . .

—Quoi...?

-* Je me renferme dans tin superbe silence ; je rentre dans tonte ma gravité maâéuline.

— AUonSf ce ser^t vous Jouer, un trop méchant touc; parlez, j*éçpu te, j*admirç... et me tais. . .

— J^ychante, elle sera femme jusqu'au bout.

"«Nqu, donnez-moi la main, faisons la paix ; je renonce à la médisaiice, même la* plus «inocmte ; je ne rirai ni du dtner deyotre ami, ni des plumes de sa iémme, je vous plaisanterai en bce ; je ne serai pas pédante età bonnes^nseignes, jesaurai me taire, je ne suis causeuse qu'avec vous:

— Ehl)ien, parlez toujours ûnâ, et vous resterez dans la loi; car, si le christianisme défend avec une sévérité absolue (ousles abus de la parole, que nous avons reconnus, il aime lesépanchements du cœur, les saillies de Tesprit. U provoque les hommes aux amitiés sérieuses et dévouées ; il est ami des joies de bon aloi. Le Christ cause, avec les hommes, que disje?il n'a p^ écrit un mot; toute sa ^ vie a été une vie de parole ; toute sa vie, pour ainsi dire^ sa vie apostolique, s'est passée au milieu d^ hommes ; il n'a repoussé personne, il parle avec les purs et avec les impurs, avec la Samaritaine, arec Maddeine. Lazare était son ami ; son nom n'est-il pas le Verbe, la Parole î

Non, le christianisme n^est pas cette croyance sombre à la- (]uelle on veut interdire la poésie, elle qui est la plus ^dmi-* rable des poésies ; les arts, die qui a inspiré le roi David, Dante, le Tasse^ Racine, Chateaubriand, ^comme Fra^Angelo, Cimabue, Michel-Ange, Raphaël, Canova, tout aussi bien <]ae Palestini, Pergorlèze , Mozart et toute cette pléiade de poètes, de peintres, de statuaires, de musiciens, d'architectes, gloire et honneur de l'art dans tous les temps : non, le christianisme n*est pas cette croyance glacée à laquelle on refuse

ramabilitét passez-moi le mot, elle qui a fait saint Jean^ sainte Elisabeth de Hongrie, saint François de Sales, Fénelon et toutes ces personnes que nous rencontrons chaque jour à chaque heure, et qui doivent à ses règles ces vertus douces, dévouées, spirituelles qae nous apprécions tant en elles.

U y a peu d'années. Constance, le mariage de l'un de mes amis me conduisit au château de Saint-Firmin ; il est habité, comme vous le savez, par une Camille nombreuse, comptant trois générations de gens plus remarquables les uns que les autres par leurs vertus et par leur esprit. Tout était plein jusqu'aux combles , et jamais réunion n'avait été moins unie que celle-là par les idées. Nous étions tous gens du monde.

Je trahirais la vérité si je ne constatais pasjquela haute piété des châtelains se traduisait, pour leurs hôtes, eh crainte de gêne et d'ennui ; cet oasis chrétien, quelque délicieux qu'il fût, nous effrayait tous et nous comptions les longs jours que nous y passerions en véritables proscrits. Nous nous communiquions nos inquiétudes, elles ne se dissipèrent pas devant un excellent dtner. Cependant le confort et rélégance sévère régnant partout rassuraient quelques-unes des victimes. En montant le grand escalier elles encouragèrent le^plus abattus. Le lendemain, le déjeuner fut fort gai ; on chassa, on trouva le gibier abondant, les chiens bons, les gardes polis, les chevaux bien dressés et pleins de feu, les bois superbes. Le dîner, quoique maigre, parut délicieux, et le soir notre monde resta stupéfait du haut, du vrai talent de la musique de la baronne ; il est vrai qu'elle ne chante pas, comme vous savez que Ton chante, mais elle chanta en honnête femme et en grande artiste; nous nous retirâmes tous enchantés, aussi me disait-on : C'est singulier, voilà une bonne journée ; mais œ sera demain l'ennui; demain, savez-vous que ce sera dimanche?

Or les maîtres de la maison ne prononcerait pas un niot des offices du lendemain. L'église de la paroisse est près da château ; à la chapelle une messe matinale eut lieu : j'y assistai et vis avec une bien grande vénération approcher de la

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