‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 67 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE.— QUATORZIÈME SOIRÉE. 13Î · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE.— QUATORZIÈME SOIRÉE. 13Î

connais sa manière de voir à cet égard. Bonsac est pressé, il lui faut dissimuler cette vente pour conserver quelque espoir de passer aux élections de ce pays où il se porte. Il m'a tout conGé hier ; le prix demandé de la Grange est au*dessous de la valeur de ce petit domaine ; c'est une excellente affaire. Je lui ai demandé huit jours, etjemesuis engagé au secret. Où est votre mari ? car on ne peut rien faire sans lui.

— Quoi 1 je pourrais avoir la Grange dont j'aperçois d'ici non-seulement le joli cottage, mais dont je vois les détails ! Quoi I je serais tellement près de vous, mes bons amis?...

La voix de la jeune femme tremblait, ses yeux étaient humides de larmes, ses mains serraient les mains du vieillard. Que de joie, que d'inquiétude!...

— Oh! je désire trop la Grange, mon ami; c'est mal, il ne faut pas désirer ainsi le bien d'autrui.

— Ce désir-là, chère amie, n'a rien de coupable, je vous assure. Il me fait éprouver, à moi, une bien douce sensation. Vous nous aimez donc?

— Vous le voyez. 0 mon Dieu, donnez-moi la Grange; et Constance était à genoux et priait.

— Relevez-vous, mon* enfant, et voyons; écrire à votre mari est long ; mais, au fait, où est-il?

— Ma fille a eu un mot de lui, hier; il est à Paris pour une semaine, le ininislre l'a rappelé. 11 faut le rejoindre, ami, c'est le plus simple; vous me donnerez tous les renseignemenls possibles sur celte terre; je cause avec lui, il consent; je prends une procuration, j'apporte l'argent. M. de. Bonsac est aussi pressé de vendre que moi d'acheter; nous signons, la Grange est à moi. 0 mon Dieu, je vous bénis, vous me sauvez.

Je vous quitte demain; à quelle heure passe la malle? à six heures, n'est-ce pas? Faites retenir une place, préparez les notes ; je vais faire mes paquets. "

— Demain est une grande fête. Constance, et... -Et quoi?

— Je vous verrais partir avec grand déplaisir ; il faut sanc-

tifier les fêtes, et un voyage est ua assez mauvais moyen de remplir ce précepte.

— Un obstacle ! vous me ferez manquer^a Grange ; oh ! quel ennui que cette fête, et que vous ét^s sévère!

— Je vais écrire à Prosper, lui donner un espoir à peu près certain, et je suis sûr quMl ne vendra pas sans avoir une réponse définitive ; vous partirez après-demain ; vous allez prévenir votre mari de votre arrivée, et ainsi vous ne perdrez pas de temps; je n'en aurai pas trop moi-même pour réunir les pièces dont vous avez besoin .

— Je me rends donc ; je chômerai votre fête, et je partirai après-demain.

Une bonne partie de la soirée fut employée à causer de la Grange, à faire des projets; enfin Constance, revenant à son départ, déclara qu'elle était très-ennuyée de perdre un jour, et elle demanda quelle était celte fête. On lui répondit que ce n'était ni plus ni moins que la Pentecôte, c'est-à-dire le jour où le Saint-Esprit descendit sur les apôtres.

— Vous ne me persuaderez jamais que Dieu, dans ses commandements, ait ordonné que Ton sanctifie ces fêtes. 11 n'a parlé que du sabbat et point d'autres observances , laissez-moi partir.

— Très-certainement, Dieu, au Sinaï, n'a pas parlé des fêtes de la nouvelle loi; vous avez raison et bien raison. La sanctification des fêles nous est prescrite par les commandements de TEglise, ainsi que d'autres observances.

Nous^e sommes pas le moins du monde disposés ce soir à une longue discussion sur l'Eglise, sur sa puissance; je vous en ferai grâce.

— Pas pour toujours, n'est-ce pas?

— Non, pour ce soir seulement, et parce que vous accepterez rautorilé de l'Eglise comme admise.

— Oui. Dites-moi pourquoi je ne puis partir demain, j'admets tout sans objection.

— L'ancienne loi avait ses fêtes; c'étaient des jours consacrés à la commémoration des principaux bien&its de Dieu

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