PREMIÈRE PARTIE. — QUATORZIÈME SOIRÉE
envers son peuple ; dans la loi nouvelle, TEglise a consacré les jours commémoratifs des grands mystères de notre religion à remercier Dieu de ses bontés envers nous : à Pâques, la résurrection; demain, la descente du Saint-Esprit sur les apô^ 1res; il y a peu de jours, T Ascension de Noire-Seigneur.
Ceci vous parait, n'est-ce pas, raisonnable et parfaitement dans la nature de l'homme qui conserve les souvenirs, et qui partout et toujours a eu ses fêtes publiques et ses fêtes de famille?
L^Eglise a réglé les solennités de ses fêtes par des prescriptions particulières ; mais, posant une règle générale, elle les a assimilées au dimanche, quant à la sanctification.
S'il vous en souvient, nous avons parlé longuement déjà de la sanctification du dimanche, et par conséquent des fêtes.
Au reste, quand vous serez établie à la Grange, nous causerons peut-être de toute la beauté, de toute la poésie des fêtes chrétiennes.
— Eh bien, je ne puis donc partir demain, à cause du dimanche et de la fête. Et cependant Tabbé me dirait bien la messe à cinq heures, et j'accomplirais ainsi le précepte.
— A la rigueur, sans doute , vous auriez satisfait à la loi de l'assistance à la messe ; mais il n'y a pas une nécessité absolue à ce que vous partiez demain. Vous le savez, ce jour es* consacré à Dieu, il doit être sanctifié, comme nous l'avons vu ; le vo'jage ne serait pas un^bien bon moyen.
—Eh bien ! je me rends, et je ne partirai qu'après-demain.
Mais, mon Dieu, n'est-il pas aussi exigé par l'Eglise de se confesser et de communier aux grandes fêtes?
^ Non, le troisième commandement porte : Tous tes péchèi tu confesseras à tout le moins une fois Van. L'époque n'est pas fixée, et de plus, s'il est de conseil d'approcher des sacrements aux grandes fêles, il n'est ordonné, sous peines graves, que d'y avoir recours une fois par an, car le quatrième commandement s'explique ainsi : Ton Créateur lu recevras, au moins à Pâqt^es humblement. Ici l'époque est in- <liquée et Tobligalion strictement précisée.
Si les conciles ont posé ces règles, c'est que la ferveur des chrétiens s'était singulièrement refroidie, et n'allez pas en conclure que Tobligation de la confession et de la communion ne date que de ce décret.
Je me garderai bien de vous parler de la nécessité de la confession et de Texcellence de la communion ; la raison qui tout à rheure me pressait me presse encore, le temps nous manque et vous n^avez pas du tout besoin d'élre excitée à cet égard .
Vous avez fait vos pâques, vous êtes ici en voyage, trèspréoccupée d'une affaire grave, peu préparée; il est donc bien simple que vous ne vous mêliez pas aux nombreux fidèles qui demain iront, par une bonne communion, implorer les dons du Saint-Esprit. Vous vous préparerez pour une autre fête; souvenez-vous que le plus sûr moyen de bien sanctifier le dimanche et les fêtes, est la sainte communion. Le concile de Trente va jusqu'à désirer que les fidèles communient toutes les fois qu'ils assistent à la messe.
Au reste, comment concevoir que le chrétien qui croit fermement à l'Eucharistie ne se mette pas en devoir de s'unir le plus souvent possible à son Dieu dans cet adorable sacrement ? 11 faut que la foi soit bien tiède pour que les autels ne soient pas envahis, pour ainsi dire, par la foule des croyants.
— Vous me parlerez des sacrements quand je serai établie à la Grange, n'est-ce pas?
— Venez-y d'abord, puis nous verrons.
— J'ai assisté cette année à une admirable cérémonie qui me laissera de longs souvenirs. Vous savez que monseigneur Affre a institué des conférences pendant le carême à Notre- Dame. Elles se terminent par des retraites pour les hommes et pour.les femmes, et le jour de Pâques la communion générale a lieu. Quelle admirable chose que cette nef de la métropole remplie d'hommes I quelle imposante marche que celle de celte masse vers Tautel oii le vénérable ardievêque et le prédicateur dislribuenlle pain de vie ! Des travées, mes yeux plongeaient sur ces hommes, et quel n'a pas été mon étonne-