PREMIÈRE PARTIE. - QUATORZIÈME SOIRÉE
ment de reconnaître parmi eux des membres du parlement, des généraux, des officiers, des élèves de l'Ecole Polytechnique, de l'Ecole Mililaire , des étudiants, des médecins, des magistrats, des avocats, des hommes du monde, des jeunes gens que j^avais trouvés charmants, de grands artistes, de célèbres Ûtlérateurs, puis de simples artisans, des domestiques,]des soldats, des milliers d'hommes I Et quel silence, quel recueillement ! Ceux qui prêchent que le christianisme est mort n'ont pas vu Notre-Dame à sept heures du matin, le jour de Pâques. Je ne me suis jamais expliqué pourquoi il n'y avait point de communion générale des femmes.
— La nef de la métropole serait trop petite; puis il est convenable de ne pas déranger pour les femmes les règles habituelles d'après lesquelles la communion pascale doit se faire à la paroisse.
— Remarquez-vous qu'à Paris rien ne se fait aussi sévèrement qu'ailleurs? Le jeûne, le carême y sont autres que chez nous.
—Eh! mon Dieu, l'Eglise, qui est une bonne mère, s'accommode autant qu'elle le peut aux habitudes, aux défauts même de ses enfants. On est .là si peu exact observateur de la loi qu'elle en adoucît autant qu'elle le peut la rigueur.
-—Comment cela peut- il se faire, car la loi est pour tous?
—Oui, sans doute; aussi le carême, les quatre-temps, les vigiles, le vendredi et le samedi existent à Paris comme en province. L'Eglise a statué, n'est-ce pas, que pendant la sainte quarantaine, les quatre-temps et les vigiles, le jeune et l'abstinence seraient observés, et que le vendredi et le samedi on ne mangerait pas de viande; l'Eglise maintient son commanderaeot, seulement elle Tadoucit. Ainsi le chef de l'Eglise de Paris, qui^est l'archevêque, par des raisons à lurconnues, permet pendant le carême l'usage des aliments gras à certains jours, il permet aussi l'usage de certains mets à la collation ; mais il ne détruit pas le précepte, il le modifie. Ceux des évêques de France qui n'ont pas les mêmes raisons que lui conservent la loi dans toute sa rigueur.
— Vous me rendrez un vrai service de m' expliquer un peu ces deux commandements de l'Eglise; car je vous avoue que je ne m'en rends pas bien raison.
— Le jeûne, vous le savez, est le retranchement d'une partie notable de notre alimentation, d'un repas, par exemple.
Il serait assez important de faire Thistoire du jeûne, et vous sçriez très-frappée de ce fait, c'est que cette observance remonte à une très-haute antiquité et qu'elle est répandue sur une grande partie de la terre. On jeûnait chez les Hébreux» on jeûne de toute antiquité dans les Indes ; le bouddhisme reconnaît une foule déjeunes; le Coran commande le ramadan, et les sectateurs de Brahma sont soumis à cette pénitence. Les peuples sauvages de l'Amérique se préparent à leurs grandes chasses par des jeûnes pour se- rendre le Grand Esprit favorable.
Ainsi, le christianisme, en admettant le jeûne, a seulement conservé une observance préexistante dans l'Orient spécialement et que les philosophes de la Grèce avaient conseillée.
— Pourquoi le jeûne, ami?
— Parcourez Tancienne, loi et vous trouverez que les Israélites apaisaient la colère de Dieu parle jeûne. Je n'en finirais pas si je vous citais tous les exemples, tirés de leur histoire» de jeûnes généraux ou particuliers, inspirés dans le but de Texpiation des fautes.
On a jeûné dès le début de la primitive Eglifie; les Actes des Apôtres le prouvent ainsi que TEvangile. Le jeûne était alors bien autrement rigoureux que maintenant ; on ne mangeait qu'après le coucher du soleil, et l'Eglise a modifié les choses de manière que si un seul repas est admis elle tolère un autre repas léger, mais qui cependant est bien suffisant pour que de cette manière le jeûne soit possible à presque tout le monde.
L'Eglise catholique reconnaît et prescrit le jeûne du carême, et celui des quatre-temps et des vigiles.
— Je m'aperçois que je n'ai pas absolument répondu à votre question : Pourquoi le jeûne î
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Le jeûne est un acte de mortification du cprps» un acte de pénitence offert à Dieu pour l'expiation de nos fautes, pour implorer les grâces dont nous avons besoin.
Vous n'exigerez pas que je traite ce soir avec vous la grande queslion de la satisfaction, delà pénitence, de la mortification; le temps nous manque encore une fois. Saint Jean, notre Sauveur ont jeûné au désert; les apôtres, les saints ont jeûné, les saintes ont jeûné, le jeûne est de tout temps dans TEglise.
— Qu'est-ce bien que le jeûne des quatre-temps et des vigiles?
— L'Eglise a consacré un jeûne spécial du mercredi, du vendredi, du samedi revenant quatre fois par an, aux quatre saisons, pour remercier Dieu de ses bienfaits, ce qui est après tout simple et juste, et pour nous appeler à la pénitence.
L'Eglise se prépare à la oélébration de quelques grandes fêtes par un jeûne pratiqué la veille, ce sont là les vigiles.
Vous comprenez, sans que je vous le dise, que dès que le jeûne est un acte de pénitence et d'expiation, il est nécessaire à tous les hommes, car tous nous sommes pécheurs; TEglise cependant, qui pense à tout, n'en a fait une obligation qu'aux * personnes dont les forces sont complètes ; à vingt et un ans seulement nous sommes obligés à suivre cette loi; mais toutes les personnes qui, soit par la faiblesse de leur santé, soit par la nature de leurs travaux, ne pourraient en supporter la rigueur peuvent en être dispensées.
— On achète une dispense, n'est-ce pas ?
— On n achète pas une dispense, chère Constance, TEglise ne vend rien, je vous assure ; elle donne tout ce qu'elle peut donner. Vous tombez ici dans une confusion assez commune et Daicile à rectifier.
Le jeûne n'est pas le seul moyen d*expiation et de pénitence à notre usage, par grand bonheur pour ceux qui, comme vous, ne peuvent jeûner ; il faut expier, n'est-ce pas', voilà l'esprit de la loi ? Eh bien ! quand vous êtes placée devant l'impossibilité de passer par une rue, n'en cherchez- vous pas un autre pour arriver à votre but î Si le jeûne ne se peut pour vous, d'autres
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œuvres se pourront. ]1 n'appartient pas à TEglise de vous enlever Tobligation de la pénitence ; elle en change seulement le mode ; mais Tobligation reste ; elle vous proposera une autre œuvre à la place de celle que vous répudiez. Vous ne pouvez jeûner ?
— Non.
— Soit, vous dit TEglise, mais vous pouvez faire laumone, faites Taumône alors. Modifiez le moyen de pénitence; mais elle juge si Timpossîbiiité, de suivre la règle générale que vous mettez en avant est sérieuse, elle a incontestablement ce droit; elle s'assure que vous ferez l'œuvre qu'elle vous indique, et puisqu'elle a porté la loi, puisqu'elle la modifie en votre fa-
.veur, vous ne nierez pas qu'elle n'ait encore ce droit. Elle exige donc que vous lui demandiez la permission de ne pas suivre cette loi, en la modifiant, et parfois attribuant voire aumône à une spécialité, par exemple, à telle ou telle catégorie de pauvres, elle s'en réserve la distribution.
De là, chère amie, la confusion dans laquelle vous tombez. Vous êtes 'allée à votre paroisse demander la dispense du carême, cette année, par exemple, où Mgr. l'archevêque avait établi qu'il serait exigé une aumône en faveur des orphelins du choléra ; on vous a donné cette dispense, et vous avez déposé votre offrande; avez -vous acheté une dispense? Non, Constance, on vous a dispensée de la loi ; vous avez remplacé une œuvre par une autre, une œuvre prescrite par une autre conseillée, indiquée ; ceci me semble clair?
— Oui, je comprends. L'abstinence s'unit^elle toujours au jeûne?
— Oui, les jours de jeûne sont toujours des jour& d'abstinence dans la loi stricte ; la dispense de l'abstinence n'entraîne pas par elle*mème celle du jeûne.
Vous savez que l'Église nous a ordonné de nous abstenir dlalimentsgras, de viande, deux jours par semaine, le yendredi et le samedi.
Les motifs de l'abstinence sont les mêmes que ceux du jeûne, l'abstinence étant une œuvre de pénitence, et l'histoire