‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 70 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — QUATORZIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — QUATORZIÈME SOIRÉE

d'Orient nous prouverait que Tabstinence de certains aliments y est en usage de tous les temps ; vous trouverez donc biéfl naturel que rEglise ait admis cette loi à laquelle nous sommes tous.soumis dès l'âge de raison.

— Il est bien moins mal, n'est-ce pas, de manger de la viande le samedi que le vendredi?

— En vertu de ces paroles : « Vendredi chair ne mangeras, ni le samedi mémement. »

— Quelle sottise vous me faites direl Mais on mange de la viande le samedi dans toute ma société.

— Donc...? c'est permis....! Eh bien! chère Constance, votre société se place en dehors de la loi. La voilà, et si mémment est un peu suranné, un peu vieux, son sens est clair; le samedi comme le vendredi l'usage de la viande est interdit, saut dispense spéciale ou générale, sauf empêchement et permission.

— Que c'est ennuyeux! et quand on a du monde?

— L'Eglise n'a point fait d'exception pour la maîtresse de maison dans l'embarras ; pour les malades et les pauvres, oui.

— Et quand on dîne chez des gens qui ne servent pas de maigre?

— On tâche de ne pas acceptera dîner en maison suspecte, Jes jours d'abstinence.

-rt- Et quand il n'y a que du gras ?

— On prend avis de son directeur. Je ne me charge pas de vos cas de conscience. Je répète seulement les règles générales, il ne m'appartient pas de les appliquer ni de les juger.

Voilà donc les commandements de TEglise mis fort à votre portée, chère amie* car vous avez toujours la prétention de ^e pas «avoir ce que vous savez fort bien.

De ces six commandements, deux ont trait au culte dû à Ûfeu, le premier et le deuxième; deux aux sacrements les plus usuels, passez-moi ce mot; deux aux œuvres de pénitence.

L'Eglise devait, le christianisme ayant entièrement changé le sacrifice, c'est-à-dire la base du culte, poser des règles sur

iU CAUSERIES DU SOIR.

le culte nouveau ; le nouveau sacrifice remplace donc l'ancien ; le sang de TÂgneau divin remplace sur Tautel du Dieu trois fois saint le sang des béliers et des taureaux. Les fêtes de la nouvelle loi sont assimilées au jour du Seigneur. L'homme reçoit comme un devoir impérieux les prescriptions d'user, sous peines des plus graves, des moyens de salut qui lui sont offerts dans TEucharistie et la pénitence, et enfin, conservant la pensée des œuvres de mortification, survivant dans le monde à tant de révolutions, à tant de bouleversements, TEglise catholique règle en bonne mère Pusage de la plus répandue de ses œuvres, celle du jeûne et de l'abstinence.

J'ai toujours été très-frappé de l'utilité de Fintervention de TËglise dans ces matières. Sans elle les fils de Jésus-Christ seraient tombés dans l'anarchie ; dès les premiers temps, Tautorité des apôtres est invoquée par les fidèles. Que de modifications à opérer dans cette vie toute nouvelle !

Comme tout est sage dans ces prescriptions ! quelle plus touchante pensée que celle-ci : Chez nous le sacrifice par excellence est le sacrifice de la victime éternelle, et notre grand acte d'adoration est l'assistance à cet auguste sacrifice ! L'Eglise, quand elle ordonne la confession et la communion annuelle, ne vous parait-elle pas semblable à une mère aussi bonne qu'intelligente qui prend ses précautions pour ramener à elle ses enfants dispersés? Puis elle leur donne, à ses enfants, une règle facile et sûre pour la pénitence ; mais c'est encore en mère qu'elle pose cette règle ; elle en mitigé la rigueur et se réserve le droit de la modifier encore.

Comme tout est sage dans la loi de Dieu ! rien de trop, rien de trop peu ; elle sait, cette intelligence suprême, mesurer toute chose à la faiblesse de sa créature, et la prenant comme par la main, elle la conduit par le devoir au bonheur.

— Demain, je vous dirai donc adieu pour quelques jours ; oh! ce mot me coûtera à prononcer. Je suis bien ici, mais si je m'en éloigne c'est pour y revenir. Bonne nuit ; encore pour une fois, à demain.

Page 1