‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 72 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — QUINZIÈME SOIRÉE. i · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — QUINZIÈME SOIRÉE. i

ment Lucie me reœvrait-elle ? je la connaissais à peine.' Comment vous ouvrir mon âme ? et cependant je venais ici et pour fuir et pour m'affermir dans le devoir.

— Savez- vous, Constance, que voire départ me fait peur maintenant? vous êtes sans protection...

— Ne craignez rien. Ici j'ai fait de bien sérieuses réfle^dons, et le monde n'est plus le même à mes yeux.

— Il me vient une idée : restez ici ; j'arrangerai tout avec voire mari.

— Lucie est souffrante, et vous la quitteriez?...

— Lucie n'est pas itiême malade; et le fût-elle, son avenir, son âme ne sont pas en danger.

— Je vous comprends, ami : soyez sans la moindre inquiétude, je n'ai rien à redouter, je suis forte de moi, et je ne serai pas mise à l'épreuve ; lisez et jugez.

— Je crois toujours sur parole; parlez donc, mais revenez vile; écrivez-moi souvent. .

— Tous les jours.

— Voilà un paquet contenant les renseignements titileis à votre mari, pour fixer ses idées sur la Grange. Il faudra êlré sur pied demain à cinq heures. Allez vous coucher, il est tard déjà. Je vous conduirai à la malle.

— Restez encore : mes bagages sont prêts, ma fille dort, et j'ai devant moi vingt-quatre heures pour en faire autant. Causons, c'est peut-être pour la dernière fois. Oh ! non : combien n ai-je pas besoin de vous !

— Moins que vous ne le supposez.

Etes- vous femme à me rendre un petit service? Pourrez* \ous remettre un petit carton à l'abbé P..., c'est Tiin de mes [lus intimes amis; le contenu est un manuscrit assez pré- •ieux, et je désirerais qu'il lui fût remis à lui-même; il ira le prendre chez vous ; voyons, jeudi y serez-vous ? à quelle Icure?

— Oui, si vous le voulez ; mais je préférerais le kii porter. '^1 P... me paraît être un voisin, et je vous avoue que je se* lirais bien aise de le connaîtrCé

— Il est toujours chez lui le mercredi de midi à deux heures, et il sera préYenu.

— Merci.

Vous allez tous occuper de plans pour la Grange. Je veux que nos promenades se joignent : un banc à rextrémité du petit bois, je tous y attendrai ; un autre au bord de Feau, à ce coude d'où la Tue s'étend sur la riTière et la Tallée : ce sera là où nous nous établirons pour causer.

Oh ! je suis heureuse comme un enfant I Tivre près de TOUS ! . . . causer ! . . . sentir mon cœur se calmer, sentir la paix de l'âme ! . . .

Quelle. différence, cependant ! A mon départ de Paris je désirais la mort, et à présent je veux vivre. Je venais pour accomplir un devoir, pour répondre à une voix qui me pressait; je cédais, mais timidement; et comme je vais revenir vite, dans huit jours je puis être ici, n'est-ce pas, ami ?

— Oui.

— Nous reprendrons nos causeries. Vous aurez peu à faire pour me prouver que le christianisme donne seul le bonheur; et cependant vous aurez encore à me persuader tout à fait, car je ne le suis pas.

Le bonheur éternel, celui du ciel, oui, je n'en doute pas, peut être atteint, en nous soumettant à la loi divine que je connais. Mais d'abord, quel est le chrétien asseï parfait pour la suivre toujours et en tout? Puis, comment expier assez nos fautes pour trouver grâce devant la Justice suprême ? Vous aurez à revenir là-dessus. Quoi qu'il en soit, je crois au paradis de tout mon cœur.

Mais le bonheur de cette terre ! . . . Je vois bien que tout ce que vous m*avez dit est vrai et juste; je vois combien de niau% on évite en suivant les lois de Dieu : lois si bien entendues que leur divinité se décèle au moindre examen ; lois si bien appropriées à la nature de l'homme, que si elles disparais saient, l'humanité semblerait destinée à des malheurs san fin et sans remède; si bien en rapport avec notre cceui qu'elles le protègent vis-à-vis de lui-même. Je comprend

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