‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 73 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — QUINZIÈME SOIRÉE. U · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — QUINZIÈME SOIRÉE. U

tout cela, et je ne le comprenais pas en arrivant ici, vous le sam, puisque je vous ai ouvert ma pauvre âme tout entière ce soir. Je croyais à une foule de choses auxquelles je ne crois plus; mais le christianisme !...

— • Eh bien , le christianisme ?. . .

— Me semble la plus vraie de» lois, je Tavoue.

Oui, mon vieil ami, connaître, aimer, adorer, servir notre Créateur et notre Père, ne pas prendre son nom en vain, et sanctifier ce jour qu*il s*est réservé; honorer nos parents, remplir nos devoirs envers nos enfants, respecter la vie de notre prochain, nous dévouer à lui, régler nos cœurs et nos mœurs, ne pas faire tort à autrui, ne pas mentir, ne pas nous laisser emporter aux vains désirs ni à la cupidité ; accomplir les préceptes de FEglise, dont la sagesse est incontestable : observer , dis-je , ces lois , c'est le fond d'une vie honnête, douce, calme, mais heureuse!... Âmi, qu'il reste de choses encore avant le bonheur I...

— Et lesquelles?...

— Pensez-vous d'abord que le cœur soit plein? pensezvous qu'il ne désire plus ?

— Avant de vous répondre je vous demande, chère enfant, de m écouter avec bienveillance un seul instant encore.

Quand vous vous serez livrée à l'amour de Dieu, de telle façon que vous ayez consumé toutes vos forces à ce saint amour; quand vous serez arrivée à aimer Dieu plus que toutes choses ; quand vous serez arrivée à vous écrier comme sainte Thérèse : Ou souffrir pour Dieu ou mourir; quand vous aimerez assez pour désirer le martyre, et bénir la douleur quand la <iouleur mène à Dieu ; quand vous aimerez assez le prochain pour l'aimer comme vous-même ; quand vous Taimerez assez pour vous dévouer à lui, pour le servir comme le servent les Naintes filles de nos hôpitaux, les missionnaires, les frères de nos écoles et de nos maisons de santé ; quand vous brûlerez J'une charité aussi ardente que celle de saint François d'Assise, que celle de saintVincent.de Paul; quand vous aimerez assez votre prochain pour Iç visiter dans ses maladies, dans ses

iâO CAUSERIES DU SOiit.

peines, dans ses tribulations ; quand vous laimerez assez pour lui porter de consolantes paroles, alors que le monde Fabandonnera; quand vous rechercherez cette pauvre femme calomniée, parce que vous avez reconnu son innocence, et que vous ne craignez pas de. vous faire son défenseur devant une foule qui Taccuse ; quand vous aurez été-sécher les larmes que le repentir arrache à cette pécheresse ; quand vous aimerez assez les autres pour supporter leurs imperfections, leurs défauts ; quand jamais la plainte ne sortira de voire bouche, non plus quePimpatience de votre regard ; quand vous serez assez assimilée au Sauveur pour pardonner les injures et les opprobres : que dis-je? pour aimer qui vous hait, qui vous calomnie ; quand vous serez arrivée à aimer vos frères pour l'amour de Dieu; quand ce saint amour de l'homme, votre frère, sera entré avec toute son ardeur dans votre cœur, votre cœur ainsi rempli de Dieu et de Thomme, ainsi rempli de la charité, votre cœur sera-t-il plein?

— Ami, ami, donnez-moi le saint amour, donnez-moila charité.

— Ma pauvre enfant, Dieu seul donne ses grâces ; demandez-les-lui.

— Qu'est-ce donc que la grâce ?

— Cette question, comme bien d'autres, nous reste à traiter , à votre retour, quand le banl; du bord de l'eau sera installé.

D*ici là, demandez à Dieu, avec force^ de vous brûler de sa charité ; il vous exaucera.

Vous désirez encore ?. . .

Mais, chère Constance, il me semble que, dès le début de nos causeries, nous avons vu, et d'une manière absolue, que le bonheur suprême était justement pour l'homme seulement dans la possession de Dieu, au ciel : cette possession de Dieu au ciel sera la fin du désir ; non, ce n'est rien moins que D\ev\ qu'il faut pour remplir ce cœur de Thomme, si petit en apparence, si misérable, mais si grand.

Je ne vous ai pas promis ce bonheur céleste sur la terre.

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