‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 74 sur 259 · PREMIÈRE PARTIE. — QUINZIÈME SOIRÉE. iSi · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — QUINZIÈME SOIRÉE. iSi

chère amie : le bonheur que je vous ai p]X)mis consiste dans autre chose; je ne vous ai pas prorois non plus que le christiaoisme vous préserverait de la mort, de la maladie, de la souffrance; je vous ai promis la réalité, non Tidéal. Dans le christianisme on souffre, on meurt ; on voit mourir, souffrir les autres. Mais le christianisme nous apprend à supporter ces maux cruels; bien plus, il vous les fait aimer et désirer, il sait changer Taspect de la vie. Ceci nous reste à examiner. Mais dès aujourd'hui, Constance, après une épreuve de quelques jours, vous me faites une concession immense : vous convenez, parce que vous le croyez et que peut-être, déjà, vous V avez expérimenté, que l'observance de la loi de Dieu assure une vie honnête, donne le calme. Quels sentiments dominaient votre âme, quand Dieu, vous conduisant par une voie ÎDcoonue, vous a amenée sous mon toit ! Quel était Télat de votre cœur! quels enivrements n'aviez- vous pas désirés ! quels tristes projets n'aviez-vous pas conçus ! Et où en êtes- vous à cette heure?.. . Une vie calme et douce, cette vie de la campagne et de la solitude apparaît à vos yeux, à votre cœur, comme un bien tout à fait désirable. Vous voilà prête à vous ensevelir à la Grange où ne vous attendent que le calme et la paix, loin, bien loin de toutes les joies du monde : vous voilà désirant avec ardeur une vie toute négative quant au plaisir, et la désirant au nom du bonheur !... Je suis heureuse... disiezvous, en confondant le présent avec Tavenir.

— Vous ne comptez pas la sainte amitié ?

— Oui, certes je la compte; car je la sens, car je m'y livre, car mon vieux cœur se réchauffe à ses purs rayons. Mais cette sainte amitié, Constance, remplit-elle le cœur, comble-t-elle

I tous les désirs ? Non, encore une fois : Dieu seul le peut en se donnant à nous ; mais cette amitié est un sentiment tout chrétien, c'est un reflet de la charité.

— Je ne discute plus, ami ; oui je le répète : je suis heureuse !... et quand j'entrai ici, dans ce salon, j'avais la mort dans le cœur, le désespoir dans Tâme.

Oui, je suis arrivée ici avec des sentiments différents de

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ceux que j^emportei Oui, je croyais qu'il existait un bonheur à l'usage des âmes passionnées : non point ce prétendu bonheur, fils des grossiers plaisirs ; mais un bonheur fils de la passion épurée, un bonheur approprié aux nobles instincts d'une âme douée de sensibilité et de délicatesse. Dans mon ignorance, je supposais que ce bonheur-là était celui du chrétien d'un certain genres Eh bien, aujourd'hui je comprends que le bonheur n*est pas cela ; je le conçois ordonné, réglé ; je comprends que dans le calme de Tâme, que dans Tobseryance de la magnifique loi que tous m'avez montrée, il y ail une félicité très-positive que je ne sens pas encore.

— Vous la sentirez plus tard, j'en suis persuadé, chère Constance.

— Je vous quitte, mais le cœur serré de ce petit adieu ; Je vous retrouverai encore demain.

— Oui, à demain ; bonne nuit.

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