‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 80 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. — DEUXIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DEUXIÈME SOIRÉE

Voyez encore une image de la grâce dans ces paroles du Deutéronome : a Gomme Taigle qui proi^oque ses petits à « voler et voltiger autour d'eux, il a étendu ses ailes, et il Ta <i pris et il Ta porté sur ses épaules. » Ainsi Dieu agit avec l^homme.

Notre libre arbitre s'est amoindri par le péché; et la pente ^ui nous entraine vers le mal est si rapide que nous ne voulons le bien qu'attirés vers lui par le secours divin, provoqués comme les petits de Taigle.

Sois-je parvenu à vous faire voir la nécessité de ce secours, la nécessité de la grâce ?

-Oui.

— Qu'est-ce que l'homme peut mériter par lui-même? rien, certes. Ce secours' est donc un don gratuit de Dieu.

— Ceci se comprend très-facilement, et je sais plus que personne que je n'ai par moi- même aucun droit à la bonté de Dieu.

— Mais que s'est-il passé depuis notre chute? Le médiateur n'est-il pas venu; par son sacrifice, notre rançon n'a-telle pas été payée et. avec surabondance? Les mérites infinis de ' la victime se sont alors répandus sur toute l'humanité, et, à cause de ces mérites, la grâce nous est accordée.

Dieu est parfaitement libre dans cette distribution de ses dons : mais cependant il a été toujours enseigné qu'il ne refuse pas sa grâce ; que tous, au contraire, en reçoivent une mesure suffisante pour accomplir leur salut, et que personne ne se perd ^ ^ue par sa faute. Dieu offre à tous les grâces de la foi : aux pécheurs, la grâce du repentir et de la conversion ; aux justes, ^ grâce nécessaire pour observer ses commandements et pour persévérer dans cette observance.

Mais n'allez pas croire que ce don surnaturel soit tel, qu'il nous porte au bien nécessairement, ce serait là une erreur grave ; nous avons toujours la triste possibilité de résister à cette provocation, comme nous avons aussi la possibilité d'y répondre. De là le seul mérite de l'homme, mérite qui le conduit à la récompense : ainsi, en nous, le bien est l'œuvre de Dieu et l'œuvre de l'homme.

Je me garderai bien de vous entraîner plus loin et de tous faire étalage d'une science que je- n'ai pas. 11 me semble que TOUS savez ce que c'est que la grâce .

Vous souvenez-TOus de ce jour où vous entrâtes daos la chapelle des dames de Bon-Secours et où vous vous sentîtes poussée vers celte jeune sœur, par une main invisible? tous^ sou venez- vous de ce détail que vous m'avez raconté ? Eh bien^ cette main, c'était la grâce ; vous pouviez résister à cette impulsion, rester à votre place, céder à votre timidité. Vous ne Favez pas fait, au contraire : vous avez correspondu à la grâce.

— Oui, je comprends; mais comment acquiert-on la grâce de Dieu?

— Les dons gratuits ne s'acquièrent pas, ma chère enfant, ils s'obtiennent.

— Eh bien, comment ?

— Par la prière : « Demandez et vous recevrez, frappez et il vous sera ouvert, cherchez et vous trouverez, if> est-il dit dans TEvangile. Demandez donc avec ferveur et vous recevrez.

La grâce s'obtient aussi par les sacrements; c'est par eux que Dieu distribue le plus ordinairement ses dons à l'faomme.

Considérez, je vous en prie, comme tout s' explique dans le christianisme. La misère de l'homme, sa faiblesse, son ignorance, sa disposition à se laisser entraîner au mal, voilà les conséquences de la chute; le voilà tellement privé de forces, qu'il ne peut rien, quoi que ce soit, sans le secours de la grâce. Livré à lui-même, il tombe d'abîme en abîme; mais,àrinslant même de sa chute, le Rédempteur se propose pour victime, et déjà, en vue de la rédemption qui s'accomplira au Calvaire, la grâce se répand sur les hommes. Déjà dans l'ancienne loi, des justes gardent la loi, et le ciel a des élus qui n'attendent que la mort de ce médiateur pour entrer dans ce séjour de gloire. Ils ont vécu, ces saints personnages, dans l'espérance du règne du Désiré des nations ; car, Constance, le monde attendait son Sauveur.

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