‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 81 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. — DEUXIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — DEUXIÈME SOIRÉE

— Quoi, ce monde ancien que noas avons vu tomber sous le poids de sa corruption ?

— Oui, ce monde attendait le Rédempteur.

Ce n'est pas seulement chez les Hébreux que le Sauveur est attendu et sa venue prédite : 1 Orient tout entier espère en lui. Consultez les livres sacrés de Tlnde, de la Perse, de la Chine, et vous trouverez cette tradition répandue pairmi ces peuples d'une manière positive. Si vous désirez vous éclairer sur cette si importante matière, je vous donnerai demain le Christ et V Évangile de M. Tabbé Cfaassay, et vous verrez que (( partout on retrouve ce libérateur suprême présenté sous les images les plus variées... Le réparateur qu'espérait Thumaniié n'était pas un être d'une nature vulgaire et commune. Les .prophètes hébreux racontaient qu'il avait été engendré dans la splendeur des saints, avant l'étoile du matin ; que le signe de la principauté serait sur son épaule, et que nul ne pourrait raconter sa génération. Les peuples anciens ne regardaient pas non plus le Messie comme un simple mortel... II ne faut pas s'étonner s'ils ont donné à la vie de leur révélateur la plupart des traits qui neconviennient qu'à Jésus-Christ. Les peuples de Tlram se figuraient que Nom, le plus ancien prédicateur de la parole divine, était un Ized incarné. Dans le système thibétain-mongol, Maïsari, qui doit sauver le monde est un des célestes Bourgchaires. Le même mystère se rencontre dans toutes les incarnations du bouddhisme et du brahmaoisoae... Chez les Chinois, on attendait depuis la plus haute antiquité un être d'une nature merveilleuse qui devait rétablir l'harmonie entre le ciel et la terre ; c'est un fait attesté par toutes leurs anciennes littératures (1). »

L'Asie ne présente pas seule cette croyance en l'incarnation d'un médiateur ; l'Egypte l'enseignait dans ses mystères.

Ne resterez'vous pas étonnée, Constance, d'entendre Platon faire dire à Socrate : « il nous faut attendre jusqu'à

(I) le Christ et l'Évangile, TAllemagne, 2" partie, page 136 et suivantes.

œ que paraisse celui qui nous apprendra comment nous devons vivre vis-à-vis de Dieu et des hommes î »

Quelles analogies n'ont pas trouvées certains savants entre Hercule et le médiateur ! Que savons-nous de ces fameux mystères de la Grèce î

A Rome, les livres sibyllins ne parlent-ils pas de la naissance d'un fils de Dieu? de l'apparition future d'un règne de justice, etc.? Mais cette idée, cette croyance, est plus solennellement proclamée encore dans TEglogue de Virgile, PoUion ; Virgile, auquel M. de Maistre reconnaît l'esprit prophétique, opinion que je signale et que je ne vous forcerai pas de partager, ma chère iamie.

11 y a dans le plus grave historien de Rome, dans Tacite, celle phrase qui ne laisse pas d^être d'un grand poids : ce On a était généralement convaincu que les anciens livres des (( prêtres annonçaient qu'à cette époque TOrienl deviendrait a puissant, et que de la Judée sortiraient les maîtres du « monde. » Suétone dit quelque chose de semblable. Mais, chère amie, tout cela n'est rien en comparaison de ces paroles : «c Digne de compassion, sans honneur, sans considéa ration, au comble de la misère, il proposera Pespérance; il <c tombera ensuite dans les mains des méchants et des incré- <c dules : leurs mains impurs prodigueront des soufflets au « Seigneur, et leurs bouches impures des crachats pleins de <i fiel ; mais lui, quoique innocent, présentera à leurs coups a ses mains sans défense. »

Et ces paroles... ce sont celles des livres sibyllins. Dites, ne croyez -vous pas lire la Passion? mais la sibylle va plus loin : ne dit-elle pas qu'après trois jours le juste ressuscitera?

— Mais, mon ami, ceci dépasse tout, et il me semble que jamais les prophètes d'Israël n'ont parlé avec plus d'autorité.

— Et n'allez pas croire, chère amie, que ce rapprochement n'ait frappé que vous; il en a frappé bien d'autres. Tout en n'acceptant pas comme absolue l'authenticité des livres sibyllins, révoquée en doute par de bons esprits que j'honore , je vous rapporte ce que des gens graves en ont cité,

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