‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 84 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. —'TROISIÈME SOIRÉE. n · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. —'TROISIÈME SOIRÉE. n

la grâce vient par la prière, je le sens. La sainte Vierge m*a enieodae, je suis lout autre; mon cœur n'est pas calmey n'est pas heureux, mais je ne sens plus rien de très-amer; le murmure est loin de moi^ je me résigne. Merci, ami, de m'avoir amenée ici; je suis l^ien soulagée; conduisez-moi toujours ainsi. .

Mais que faire pour conserver la grâce?... Je prierai encore tous les jours, je reviendrai souvenl à cette chapelle, je rornerai ; Marthe et moi nous cueillerons des fleurs, nous placeroos de beaux vases aux pieds de la madone, Nous lui ferons un riche manteau : elle est si pauvre, cette chapelle I Au fait, par qui est-elle visitée? par quelques pauvres bergers, quelques pauvres femmes, quelques bûcherons. Ce sera bien, n'est-ce pas, de l'embellir?

— Oui, sans doute.

— : Oh! je la prierai, cctt^ étoile de la mer, pour celui qui Ta âffrooter la fureur des Ilots. Oui, je veux garder la grâce.

Ne m avez-vpus pas dit hier, ami, que la grâce s'obtenait autrement que par la prière ? Vous m'avez parlé des sacrements, ce me semble; vous ne m'avez pas donné ^'autre explication. Consacrez le temps qui nous reste d'ici a la Grange pour m'apprendre ce que sont les sacrements. , — Je préférerais, chère amie, répondre à cette question un autre jour : vous avez éprouvé bien des émotions dans cette journée, et cette conversation sera grave.

— Tant mieux , et je la provoque à dessein ; je serai forcée de sortir de ma triste pensée et je saurai vous suivre, cela me fera du bien; je m'absorberai ce soir dans la réflexion.

— Vous le voulez î

— J'ordonne.

— J'obéis

Le monde a toujours pensé que Dieu n'avait pas abandonné à elle-même l'humanité, quoique déchue. Nous avons vu l'attente du médiateur répandue pour ainsi dire sur toute la terre : ^ fait suffirait déjà pour prouver ce que j'avance.

Point de dogme plus universel que celui de la grâce : en voulez-vous la preuve? L'homme a toujours prié : qu'est-ce que la prière, sinon la demande à un être plus puissant que nous d*un secours dont nous avons besoin? Non-seulement Thomme a toujours prié, mais il a toujours sacriGé : nous reviendrons un jour au sacrifice. Je veux seulement vous faire observer aujourd'hui cet accord constant de l'humanité dans la demande d'un secours, d'une protection, de la grâce, en un mot, soit par les cris qui s élèvent de son cœur, soit par l'offrande des victimes. Elle est souffranle, cette pauvre race humaine; elle sent sa souffrance ; elle demande à la bonté infinie un remède à ses maux.

Dans la doctrine catholique, les remèdes aux souffrances de l'homme déchu, ce sont les sacrements, source d'où découlent sur nous les grâces de Dieu.

Quelle est la grande, la primordiale souffrance de notre âme? quelle est la source de nos maux? N'est-ce pas, chère Constance, le péché? Un remède au péché, aux suites qu'il laisse, nous était nécessaire : de là les sacrements ; mais il nous faut des armes encore contre nous-mêmes et contre les tentations : les sacrements sont ces armes ; ils sont plus encore, ik sont des secours pour acquérir des vertus. Ainsi le baptême délivre du péché originel ; la pénitence, du péché actuel ; l'extrême-onction des restes du péché et des tentations: l'ordre guérit l'ignorance, la confirmation nous prémunit contre la faiblesse, l'eucharistie diminue le penchant au mal, le mariage combat la concupiscence: le baptême donne la foi; Textrême-onction, l'espérance ; l'eucharistie, la charité ; Tordre, la prudence; la pénitence, la justice; le mariage, la tempérance ; la confirmation, le courage. Voilà les moyens sensibles de sanctification dont Dieu se sert à notre égard.

A notre entrée dans la vie, il convient à la miséricorde divine de nous ouvrir la porte de la grâce ; de nous débarrasser du péché originel, la seule chose que nous apportions. L'eau du baptême nous lave de notre souillure; chaque jour nous tombons : la pénitence nous soustrait à l'empire que le

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