DEUXIÈME PARTIE. — TROISIÈME SOIRÉE
bien, n^est-ce pas, toutes les dispositions qu'il fout avoir pour recevoir les dons du Seigneur ?
Le sacrement contient donc sa vertu en lui-même ?
— Sa vertu vient toute de Dieu, si bien qu'il peut être ou fait ou administré par un ministre indigne, pourvu qu'il observe tout ce qui est essentiel.
— Gomment ? Un prêtre indigne conférerait un sacrement ?
— Oui, chère amie, notre croyance est formelle à cet égard ; si vous froncez encore le sourcil, je vous citerai un texte du concilede Trente; prenez garde à vous, je vousle dirai en latin.
Rien de si simple au i:este, car au nom de qui tout se fâit-il dans le sacrement ? est-ce au nom du prêtre ? un nom plus paissant y préside, c'est celui devant lequel les anges fléchissent les genoux au ciel. Les mérites du Sauveur et non ceux du simple mortel, qui tient ici sa place, nous valent la grâce. Il est là, le ministre, comme agent, comme opérateur vîsîbie, il fait ce qu'il lui a été attribué de faire ; mais sa propre valeur, au point de vue où nous sommes placés, n'entre ]>oar rien dans Tattribution des grâces qui découleront de ce qu'il est appelé à distribuer, à conférer.
— Que dites-vous donc, encore une fois ? quoi l un prêtre immoral pourrait approcher des saints autels ?
— Affreuse profanation que la sienne, Constance, les anges se voilent la face au ciel, les démons bondissent d'allégresse aux enfers devant un tel crime ; mais si ce nouveau Judas hoit et mange sa condamnation, il ne vous en donne
pas moins le pain de vie.
La rose est d'un rouge aussi éclatant, dit un écrivain célè-
îre, dans les mains d'une sale paysanne que dans celles d un
-inpereur. Ce ne fut pas par un cygne éblouissant deblan-
îieur, mais par un noir corbeau, que Dieu envoya au pro-
; îiète Élîe le pain qui devait le nourrir.
La dignité du ministre n'est donc pour rien dans le sacre- .>nt, car le sacrement est saint par lui-même; ne vous lais-
- z pas prendre aux erreurs des hérétiques sur cette indi-
- riilé du prcire, du ministre du sacrement.
Une seule réflexion y au reste, nous déterminera à penser comme r Eglise tout entière. Qui pourrait être assuré de la dignité du prêtre, ma chère amie? à qui est-il donné de sonder les reins et les cœurs? est-ce à vous ? est ce à moi ? Nous devrions dans la crainte de ne pas rencontrer la dignité désirable dans Tadministrateur des sacrements, nous tenir éloignés de cette source de grâces ; car quand pourrions-nous avoir confiance, dites-le-moi, Constance? il faudrait donc que les anges du Seigneur, sans cesse en mission près de nous, nous donnassent l'assurance de la pureté du ministre de Dieu. Il aurait été plus tôt fait de charger les anges eux-mêmes de conférer les sacrements.
Ce serait se tromper singulièrement que de faire dépendre les sacrements de la dignité de ceux qui les administrent, comme des dispositions de ceux qui les reçoivent : le sacrement opère par lui-même, encore une fois.
Il est même un sacrement, le baptême, que l'Eglise catholique regarde comme valide, quoique conféré par un ministre protestant quand il a été administré suivant les rites chrétiens.
— Et cependant on choisit son confesseur parmi les ministres les plus saints.
— Nous traiterons cette question quand nous parlerons cl la Confession.
— L'Eglise a-t-elle toujours reconnu sept sacrements?
— Oui, chère amie.
— Ne fait-on pas une dififérence entre eux? Il en o< qui se nomment sacrements des vivants, et d^autres sacre ments des morts ; il en est que Ton peut recevoir plusieur fois, d'autres une seule.
— Oui encore, chère Constance.
Le baptême et la pénitence ont reçu le nom de sacremen des morts, et celte appellation est parfaitement juste. A 4\* confère-t-on le baptême? N'est-ce pas à un pauvre enfa: maculé du péché d'Adam? avec cette tache de naissance est en dehors deVEglise; il ne compte point au nombre d