‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 88 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. — QUATRIÈME SOIRÉE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — QUATRIÈME SOIRÉE

le rocher» et le but de leur course ; la messe venait de iBnir. Gonstance, absorbée dans une contemplation profonde, ne les vit point : Marthe seule leur sourit. Deux vases rempUs de fleurs odoriférantes avaient été placés aux pieds de la Vierge; l'huile de la lampe avait été renouvelée, un cierge brûlait devant la statue de la Mère des affligés. Marthe reprit sa prière ; ses petits doigts comptèrent Tun après l'autre les grains de corail d*un chapelet; on le voyait, elle avait compris par cet admirable instinct du cœur, si sûr chez les petites filles, que sa mère souffrait, et elle redisait, la pauvre enfant^ les prières qu'elle savait.

Quand Constance quitta le sanctuaire, elle vit Lucie et sa fille assises au pied des boulesfux. Elle vint à elles avec un visage triste sans doute , mais calma et presque serein. L*orage du cœur avait été calmé par la prière, par un généreux pardon.

Marthe ne manqua pas de faire remarquer à sa jeune amie combien le petit oratoire était déjà orné par sa mère. c< C'est que vois-tu, disait-elle, maman adu chagrin, et la sainte Vierge est bien*bonne, à ce qu'elle dit ; aussi nous la prions, et lui donnons des fleurs ! x>

Lia conversation des deux amies fut triste, douce, affectueuse; un malheur récent rend Tamitié plus précieuse encore. Lucie n'eut pas de peinera faire partager à Constance sa confiance en la Providence, e{t son abandon tout entier à la volonté de^Dieu : Lucie était une sainte dont la cbarité échauffait Je cœur. La douce causerie de ces deux femi;nes leur rendait le chemin court ; elles passaient devant une cabane bien connue de Lucie pour abriter un pauvre bûcheron et sa famille, quand elles aperçurent un jeune garçon pleurant et marchant vite.

Interrogé, il répondit que sa mère venait de.Jui donner deux sœurs, qu on avait bien un parrain et une marraine pour iapremière, mais qu il n'y en avait pas pour la seconde.

« Je la nommerai bien, moi, je Tai dit à ma mère; mais avec qui? voilà pourquoi je pleure et j'allais consuller le rec teur. »

— N^allez pas plus loin» mon ami, lui dit Constance, je nommerai cette enfant avec vous.

— Avec moi, Madame» vous?

— Oui, moi, est-ce que vous ne me voudriez pas pour marraine ? Je suis catholique.

— Oh ! je le sais bien, vous vçnez de la messe à Notre- Dame-des-Bois; mais je n'oserai jamais aller au baptême avec vous. Que Dieu soit béni, au reste, et qu'il vous rende , Madame, ce que vous faites pour de pauvres gens.

Et vite l'enfant, criant à tue-tête la bonne nouvelle, précéda ces deux dames dans la cabane.

Quel spectacle les attendait! comment le rendre... Tout manquait, et pour la mère, et pour les deux pauvres petites créatures auxquelles elle venait de donner la vie. Une jeune fille, leur sœur aînée, était là, seule, pleurant aussi, car elle ne savait quels soins donner et à la mère et aux enfants; le père était absent.

Le jeune garçon fut expédié vers la femme du jardinier de la Grange, femme d'âge et de cioeur. Elle reçut par lui l'ordre d'apporter avec elle les choses les plus utiles ; elle fut installée auprès delà femme du bûcheron : bientôt ces enfants furent enveloppé^ dans des langes; bientôt enfin, l'active chaxité des deux jeunes femmes eut pourvu à tout. Elles quittèrent alors la cabane, et Constance renouvela à la pauvre accouchée la promesse de présenter l'une de ses petites filles aux fonts baptismaux.

— Je me suis bien avancée, Lucie, dit madame de Monac, en m'engageant à nommer cette enfant, car je ne sais trop quelles obligations l'on contracte ; priez votre mari de venir diner, il me dira cela. Quant à vous, expliquez-moi bien tout ce qu il convient que je fasse en cette occasion.

Et Lucie, en femme qui sait son monde, luiénuméra tous le?

cadeaux qu'elle aurait à faire, lui exposa tous ses devoirs de

^ marraine. 11 fut convenu que si le jeune paysan avait toujours

peur de la belle dame, on choisirait pour parrain un certain

voisin, garçon riche et peu donnant, mais sur lequel madame

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