DEUXIÈME PARTIE. — QUATRIÈME SOIRÉE
filleule, ainsi plus d'obstacles de ce côté, et, par le choix du nom de Marie j*ai très-bien rempli mon devoir.
— Vous croyez?
— Oui, sans doute, que me reste-t-il donc à faire, sinon de redire ces noms au recteur?
— Ah ! vous croyez de bonne foi qu'aux yeux de l'Eglise les fonctions de parrain et de marraine se bornent à parcourir le calendrier pour y choisir, à la douceur de sa consonnance, un nom , à faire une sorte d'arbitrage entre tous les intéressés à rimposition de ce nom, à distribuer quelques cadeaux aux uns et aux autres, à recevoir un beau présent de M. de la Pipardière, et que tout est fini comme cela?
— Eh oui, mon vieil ami, je le crois.
— Je le croyais comme vous quand votre bon père me demanda de vous tenir sur les fonts du baptême, et depuis, quand j'ai étudié le christianisme, j'ai vu qu'à mon insu j'avais pris un engagement très-grave.
— Vous me faites frémir. Quoi I vous vous seriez engagé pour moi à une chose qui vous serait pénible, sans le savoir encore, sur la demande de mon père?
— Rassurez-vous, ma bien chère Constance, je n'ai pas dit piniblej j'ai dit grave^ et si je traduisais bien ma pensée, je dirais doux, et très-doux, ma chère enfant, car c'est aux réflexions que m'ont fait faire mes engagements d'alors que je . dois nos Causeries du soir.
— Expliquez-vous, je vous en prie.
— Parce que j'ai répondu pour vous, chère amie, au baptême, vous êtes devenue mon enfant spirituel.
— Que dites- vous?... Merci, mon Dieu ! et la jeune femme, sautant au cou de M. de Kerkoff, Fembrassa avec une véritable effusion. J'ai donc un lien avec vous ; je vous suis quelque chose; vous avez un devoir à remplir envers moi? Oh! je suis heureuse! ohl mon cœur me disait bien qu'il y avait entre vous et moi un rapport myglérieux que j'ignorais ! Le voilà connu, je suis votre fille devant Dieu! Merci, merci; la bonne journée I
igO CAUSERIES DU SOIR.
Des larmes de joie coulaient des yeux de Constance; M. de Kerkoff, profondément ému, luttaif en vain contre lui-même pour ne pas laisser percer sa propre émotion.
— Votre bon père, mon enfant, a bien fait tout ce tju'il a fait, et je rends grâces au Ciel de la pensée qu'il eut de m'appeler à voire baptême; mais faut-il tout vous dire?.,. Quand, de retour au christianisme, j'en étudiai les institutions, je restai profondément troublé et affligé d'avoir aussi mal répondu aux engagements que j* avais pris devant les autels à votre égard.
— Quels sont-ils donc, et auxquels avez-vous manqué ?
— Ecoulez-moi : En acceptant d*être votre parrain , je promis, en face de Dieu et de TEglise, de vous aimer, de contribuer de tout mon pouvoir à vous donner une éducation chrétienne, de prier pour vous, de veiller autant que je le pourrais sur vous, de remplacer votre père auprès de vous, s'il venait à vous manquer, enfin de me conduire envers vous comme envers mon enfant.
— Et vous n'avez pas fait tout cela?
— Non, chère amie, je ne l'ai pas fait, et pour moi il y a dans cette pensée une amertume extrême ; tard, et trop tard, j'ai tenu mes promesses.
— Trop tard !
— Oui, trop tard.
— Ehl que voulez- vous dire?
— Bien des choses; avec un peu de soin, je serais facile- 'raent parvenu à dicter à votre mère le choix de votre pension ; avec de l'énergie, j'eusse empêché...
— Quoi ?
— Votre mariage. Il est dans mon cœur une plaie que le temps ne cicatrisera jamais, quelque puissant qu'il soit, et c^tle plaie, c'est le repentir que j'éprouve de mon oubli, de ma négligence en cette occasion; le ver est là, et toujours il
rongera.
— Rassurez-vous! je ne suis plus malheureuse, j'ai tout pardonné; je suis prête à tout souffrir, et peut-être ce que vous