DEUXIÈME PARTIE. - QUATRIÈME SOIRÉE
appeliez mes peines, sera ma gloire et mon salut. Consolez-TOUs, père, je vous l'ai dit un autre jour, vous n'auriez pu rien empêcher. Laissez- moi écouter avec bonheur ces paroles: Vous avez pris devant Dieu et devant l'Eglise l'engagement de m'aimer comme votre enfant... Cela est vrai, car vous le dites... je vous appartiens. Oh! bénie soit la Providence, et Vange qui inspira à mon père de vous choisir.
— Oui, Constance, j'ai pris, quoique je les aie mal tenus, ces engagements, et vous en prendrez demain de pareils visà-vis de Tenfant de celte pauvre femme que vous quittez.
— r Et je né m'en doutais pas! ... ceci devient imposant !... Au reste, il me sera plus facile de veiller sur Yvonne, qu'à TOUS de veiller sur moi.
— Demain donc vous déclarerez, en entrant dans Téglise, que vous venez demander que cette nouveau-née devienne enfant de Dieu ; vous déclarerez en son nom qu'elle croit ce que J'£glise croit ; vous engagerez cette enfant, remarquez-le, à croire et à pratiquer la doctrine de Jésus-Christ; vous parlerez pour elle-.
Ce n'est pas tout, vous renoncerez pour elle, en son nom, au démon; c'était son maître, elle le quitte pour un autre; vous échangerez Tétendard du monde pour la croix du Sauveur; vous renoncerez aux pompes de Satan, auxmaximes et aux vanités du monde.
— Pour Yvonûe, les vanités du monde ne sont pas à craindre, et
— Vous supposez que par monde j'entends ici, quoi ? la société, les salons, ce que vous appelez le monde enfin?
Votre monde, chère amie, est peut-être bien un peu celui auquel il faut renoncer; mais le monde dont je parle n'est pas cela; entendons^nous, s'il vous plaît.
— Cela me plaît fort, car je suis charmée de trouver l'occasion de vous faire expliquer sur ce mot le monde^ qu'on emploie si souvent dans le langage religieux.
— Un jour, notre Sauveur a dit : Malheur au monde I... et certes, cet anathème terrible n'a point été lancé contre telle
en telle réunion^ telle du telle société ; il était lancé contre le monde^ c esl-à-dîre contre l'empire de Satan, et l'empire de Sâtân, c'est tout ce qui est opposé à la doctrine du Gbrist; l'empire de Salan, c'est Torgueil ; l'empire de Satan, c'est le fltosualisme; l'empire de Satan, c'est Tamour du plaisir, de la jouissance; l'empire de Satan, c'est l'ensemble de toutes ces doctrines qui dominent, qui enlacent tout un monde, qui lui dictent une vie de licence, de bien-être, d'égoïsme, de crime; le monde, c'est l'oppOsé de l'Evangile. Le monde est donc pour tous, pour Yvonne comme pour vous. Elle aura le sien tomme vous avez le vôtre, chère amie ; les mauvaises passions, les vices se transforment, en restant les mêmes au fond ; l'un porte une robe de velours, et l'autre des jupons de bure. Vous renoncerez donc pour votre ûlleule aux maximes et aux vanités du monde; vous renoncerez aussi aux œuvres de Satan, c'est-à-dire au péché.
Par là même, chère amie, vous vous engagerez à foire tout ce qui dépendra de vous pour que l'enfant au nom de laquelle vous parlez soit placée, pour tenir ces promesses, dans le milieu le plus favorable, et vous contracterez ainsi envers elle une obligation formelle et charitable.
Il y a donc dans le baptême, au point de vue que je signale, tout autre chose que ce que vous y voyez.
— Oh ! mon Dieu, oui, et voilà que j'ai peur. Au reste, j'ai été poussée à cette promesse, par qui?... parla Mère des pauvres sans doute, je tâcherai d'être fidèle ; je commence à trouver que j'ai mal fait de choisir pour parrain M. delà Pipardière, il ne m'aidera en rien..
— Peut-être, car il y a aussi vis-à-vis de celte petite créature des obligations pécuniaires, et M. Firmin ne demandera pa^ mieux que de se montrer généreux aux yeux d'une lionne.
— Triste lionne I
— Aux yeux de M. de la Pipardière toute Parisienne doit l'être.
Je ne vous cache pas que j'ai un peu blâmé votre choix ^ car le désir de vous amuser vous l'a seul dicté, et le baptèiiit.