‹ Causeries du soir; ou, Exposition de la doctrine chrétienneChapitre 93 sur 259 · DEUXIÈME PARTIE. — QUATRIÈME SOIRÉE. in · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — QUATRIÈME SOIRÉE. in

est une chose trop grave pour qu'on traite avec légèreté quoi que ce soit qui s'y rattache.

—Si je dois trouver grâce par le repentir, j'ai droit au pardon, car je me repens.

Dîtes-moi, si je devenais veuve, je ne pourrais pas épouser M. de la Pipardière ayant tenu cet enfant avec lui ?

— Très-bien. L'empêchement exisle entre vous et moi, entre moi et votre mère 5 il va du présentant au présenté, non d'un présentant à Tautre.

— C'est donc bien vrai qu'il existe un lien entre vous et moi ? Je suis heureuse de [penser que je suis un peu votre fille.

Dites-moi, je comprends bien pourquoi on répond pour l'enfanf , pourquoi il a des répondants; mais pour quelle raison lui donne- t-on des patrons ?

— Vous savez que dans notre foi si consolante, les élus du ciei prient pour leurs frères de la terre ; lorsqu un enfant entre dans cette admirable société, il est bien simple de le placer 50US le patronage de quelque saint qui implorera Dieu pour lui; de là l'usage des patrons. Une foule de circonstances défermînenl la dévotion de telle ou telle personne pour tel ou tel saîn^ ; il est naturel que Ton donne, pour ainsi dire, en garde à un saint personnage que Ton vénère entre tous, une jeune âme de laquelle on est soi même garant : je ne comprends que comme cela le choix du nom. Les souvenirs de famille sont aussi un motif très-concluant, et je suis toujours touché de YOi'r se perpétuer cette sorte de culte du nom ; il y a parfois des raisons très-respectables de cette prédilection pour tel ou tel nom.

Mais ce que je ne puis comprendre, chère amie, c'est Taccouplement de noms bizarres formant'un sens, une phrase, et lesquels, mon Dieu ! Ainsi j'ai connu un monsieur qui avait le malheur de s'appeler Fidèle- Amant-Marie, Constant; une dame, Blanche-Côme-Herminel... Quelle absurdité que i aller choisir des noms dans les romans ! Beaux patrons que LUX que Ton trouve là. La Fable a été à la mode pendant un

temps : je tous citerais des Diane, des Hercule, etc.; d'autres fois Phistoire, témoin les Scipion, les Lucrèce.

— J'ai bien choisi les patrons de cette petite, n'est-ce pas, ami ? Yvonne, saint Yves, c'est un saint très-honoré dans cette bonne Bretagne; Anne, la mère de la sainte Vierge, Anne, la patronne de ce canton ; puis Marie, le nom de femme par excellence!...

Vous n*avez rien à me dire sur ce choix.

Au reste, voilà une délicieuse journée. J'ai fait une bonne action, cette pauvre famille est dans un état préférable à celui qui existerait si je n'étais entrée sous son toit ce matin, j'ai fait une promesse un peu indiscrète, mais je veillerai peut-être plus sur celte enfant que la petite fîlle que Vincent eût à coup sûr choisie ; puis quelle bonne découverte ! Ah ! je ne croyais vous devoir que mon nom de Constance que j'aime fort peu, qui me va très-mal, car je ne suis pas constante du tout, et voilà que je sais tout ce à quoi vous oblige ce titre de parrain auquel j'attachais si peu d'importance. Gomme j'ai été bien inspirée en vous priant de venir!

Quelle belle chose, quand on y réfléchit, que ce premier sacrement... que cette entrée dans la vie chrétienne !... Que de précautions prend l'Eglise I... Oh ! comme l'on voit singulièrement les choses dans le monde ! Un baptême, c'est une cérémonie sans doute, niais à laquelle on ne pense pas autrement ; c'est une occasion de déployer un certain luxe, de recevoir des cadeaux et de placer un enfant sous le patronage de quelqu un de puissant. Pour Dieu, on n'a pas une pensée ; et cependant il est là dans toute sa majesté ! . . . Que d'enseignements dans ce sacrement! Oh ! je suis bien décidée à y réfléchir. Et celle petite créature que l'on met entre ses patrons de la terre et ses patrons du ciel ! comme notre religion est sage, belle !

— Et poétique ! Ecoutez Chateaubriand.

« Le baptême, le premier des sacrements que la religion confère à Thomme, selon la parole de l'Apôtre, le revêt de Jésus-Christ. Ce sacrement nous rappelle la corruption où nous sommes nés, les entrailles douloureuse»'qui nous porté—

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