DEUXIÈME PARTIE. — QUATRIÈME SOIREE
rent, les tribulations qui nous attendent dans ce monde ; il nous dit que nos fautes rejailliraient sur nos fils, que nous sommes tous solidaires : terrible enseignement qui suffirait seul, s'il était bien médité, pour faire régner la vertu parmi les hommes.
(k Voyez le néophyte, debout au milieu des ondes du Jourdain ; le solitaire du rocher verse l'eau lustrale sur sa tête ; Je fleuve des patriarches , les chameaux de ses rives, le temple de Jérusalem, les cèdres du Liban paraissent attentifs. Ou plutôt, regardez ce jeune enfant sur les fontaines sacrées: une famille pleine de joie l'environne; elle renonce pour lui au péché, elle lui donne le nom de son aïeul, qui devient immorlel par celte renaissance perpétuée par l'amour de race en race. Déjà le père s'empresse de reprendre son fils pour le reporter à une épouse impatiente qui compte, sous les rideaux, tous les coups de la cloche baptismale. On entoure le lit maiernei; des pleurs d'attendrissement, de religion, coulent de tous les yeux; le nouveau nom de l'enfant, l'antique nom de son ancêtre est répété de bouche en bouche, et chacun mêlant les souvenirs du passé aux joies présenfes, croit reconnaître le vieillard dans le nouveau-né qui fait renaître sa mémoire. »
Vous m'avez demandé , je crois. Constance , comment on administrait le baptême aux catéchumènes* je vais laisser encore parler Tauteur du Génie du christianisme.
tt Le jour choisi pour la cérémonie était le samedi saint. On commençait par toucher les narines et par ouvrir les oreilles du catéchumène, en lui disant : Epheta^ ouvrez-vous. On le faisait ensuite entrer dans le Saint des Saints. En présence du diacre, du prêtre et de l'évêque, il renonçait aux œuvres du démon: il se tournait vers TOccident, image des ténèbres, pour abjurer le monde, et vers l'Orient, symbole de lumière, pour marquer son alliance avec Jésus-Christ. L'époque faisait alors la bénédiction du bain, dont les eaux, selon >ainl Ambroise, indiquent les mystères de l'Ecriture : la créaiion^ le déluge, le passage de la mer Rouge, la nuée, les eaux 'le Mara, Naaman et le paralytique de la Piscine. Les eaux
ayant été adoucies par le signe de la croix, on y plongeait trois fois le catéchumène en l'honneur de la Trinité et on lai enseignait que trois choses rendent témoignage dans le baptême: Teau, le sang et Tesprit.
« Au sortir du Saint des Saints, l'évêque faisait à Tbomme renouveler Tonction sur la télé, a6n de le sacrer de la race élue et de la maison sacerdotale du Seigneur. Puis on lui lavait les pieds ; on lui mettait des habits blancs, comme un vêtement dMnnocence ; d après quoi il recevait le sacrement de confirmation et même la sainte Eucharistie.
Demain, chère amie, vous retrouverez quelques-unes de ces cérémonies.
— Administrent -on encore souvent' le baptême à des
adultes ?
— Oui, dans les missions, ou dans le cas de conversions de juifs ou d'infidèles. Rome a vu, il y a bien peu de temps, une bien touchante cérémonie de ce genre. Voici le récit d'un témoin oculaire :
« A huit heures nous étions au Gesu. Déjà l'église était remplie d'une foule pieuse , avide de contempler le jeune israélite, que Marie avait conduit de sa main pleine de grâces jusqu'au pied de la croix : la société française occupait le premier rang, et une piété sympathiqne dominait toute rassemblée. M. Ralisbonne, accompagné du père de Villefort et de M. de Bussières, son parrain, se tenait au bas de l'église suivant Tanlique usage; il portait le vêlement blanc des catéchumènes.
« Bientôt le cardinal Patrizi, vicaire de Sa Sainteté, revêtu de ses ornements pontificaux, descendit de la chapelle de Saint-Ignace et vint commencer en face du néophyte, les prières et les cérémonies d'usage: nous le suivîmes. Les exorcismes et les onctions mystérieuses qui préparent rhomme à rinitiation chrétienne étaient accomplis. Tout à coup ane épreuve inattendue est adressée au jeune israélite. Naguère encore, il avait, comme Saul, blasphémé le nom de Jésas de Nazareth et sa doctrine j il était juste qu'il expiât cette faute