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POUR FAIRE SUITE AU DISCOURS DU TRONE

Messieurs les Députés, Messieurs les Sénateurs,

Si je m'adresse d'abord aux députés, ce n'est pas faute de respect pour la Constitution de l'Empire, qui assigne la première place aux honorables membres du Sénat. Mais le peuple, dont je suis, est lié par une intimité plus directe et plus égale avec les hommes qu'il a choisis lui-même pour le représenter au Corps législatif, ces députés modestes et amovibles qui sont tenus d'exprimer par leurs votes ou leurs discours l'opinion du pauvre monde, sous peine de rentrer dans la foule à la prochaine élection. Sénateurs et députés reçoivent un traitement puisé dans nos très-humbles poches; nous payons volontiers la dotation des uns et l'indemnité des autres, mais nous y regardons à deux fois

avant de soumettre nos idées aux hommes éminents qu'on ne peut déplacer, ne les ayant pas élus.

Vous avez entendu, mercredi dernier, la voix très-éloquente d'un prince à qui la France entière a confié des pouvoirs presque illimités. Je suppose que vous êtes encore aujourd'hui sous la pression d'une autorité si légitime et si haute ; mais il ne s'ensuit pas que vos oreilles soient fermées aux raisonnements populaires d'un homme de rien. Lorsqu'on jouait encore la tragédie au Théâtre- Français, le public, après avoir écouté les rois de Racine et de Corneille, parlant en vers de douze pieds, s'amusait encore une bonne heure aux bavardages de Perrin, de Lucas, de Thibaut, de Pierrot et autres rustauds de mon espèce, que Molière a mis en scène dans ses chefs-d'œuvre. Je suis l'arrière-petit-fils de ces bonnes gens-là; un plus cultivé, grâce à l'éducation gratuite qu'on m'a donnée au collège. L'escabeau oij je m'assieds pour vous écrire est un siège de bois, comme les leurs. Seulement, il est sculpté par les frères Penon, sur un dessin de Rossigneux, en vertu de la loi du progrès.

N'ayant rien à espérer d'une révolution violente, je ne suis pas de ceux « qui provoquent des changements dans le but de saper ce que vous avez fondé. « Une voix d'en haut vient de vous dire : « Tout en nous faisant les promoteurs ardents des

réformes utiles, maintenons avec fermeté les bases de la Constitution. « Les voix d'en bas, Messieurs, ne vous demandent pas autre chose. Mais nous autres, plébéiens, nous rêvons quantité de réformes utiles qui n'ont pas encore trouvé dans les régions du pouvoir assez de promoteurs ardents. Permettezmoi d'en indiquer quelques-unes, sans manquer au respect que tous, grands et petits, depuis vous jusqu'à moi, nous devons à la Constitution.

Le peuple n'est pas ingrat, quoi qu'en disent ses ennemis. Nous avons enregistré dans notre reconnaissance tout le bien qui s'est fait depuis cinq ou six années avec votre concours. Nous applaudissons dès aujourd'hui à toutes les lois que vous allez voter dans la session prochaine en faveur de la liberté. Une auguste initiative vous propose d'abolir la contrainte par corps ; votez vite ! nous vous aiderons, s'il le faut, à démolir la petite bastille de Clichy. Il est absurde qu'en 1865 l'usurier puisse encore obtenir des lettres de cachet contre ses débiteurs insolvables.

L'Empereur vous propose de porter un premier coup au système de la détention préventive : frappez ferme ! Le peuple est encore avec vous. Le bon sens et l'humanité de trente-sept millions d'iiommes se révoltent à l'idée qu'un malheureux puisse être puni avant d'être condamné. On a vu trop souvent des citoyens français expier par une longue

captivité provisoire un délit véniel ou même imaginaire.

Favorisez l'association sous toutes ses formes ; délivrez le commerce et l'industrie de leurs dernières entraves. Vous avez supprimé les petits monopoles; le moment est venu d'attaquer les plus grands. Si grands qu'ils soient, Messieurs, vous aurez bientôt fait de les jeter parterre. Nos épaules sont à votre service, et les épaules du peuple français culbuteraient au besoin la grande muraille de la Chine.

On vous demande d'énaanciper un peu le département et la commune : n'ayez pas peurl II y a bien longtemps que nous déplorons les excès de la centralisation bureaucratique. Ne fermez pas les bureaux, s'il vous est démontré qu'ils font vivre et prospérer toutes les papeteries de France : empêchezles seulement de nous tracasser jusque chez nous.

Le gouvernement vous invite à développer l'instruction primaire : ce n'est pas le peuple qui s'en plaindra. Voulez-vous mériter à la fois l'approbation du pouvoir et les acclamations de la foule? Faites un coup de tête et triplez, sans dire : gare, le budget de M. Duruy. Il nous en coûtera quelques centimes, à nous qui payons l'impôt, mais personne ne s'en plaindra. Jacques Bonhomme ne rue qu'aux dépenses inutiles.

A ce propos, je ne crains pas de dire que le retour

de nos soldats éparpillés nous fera pour le moins autant de plaisir qu'à vous. Nous ne sommes pas dégoûtés de la gloire, mais nous aimons la gloire utile; les aventures romanesques ne sont pas notre fait. Sans doute il est flatteur de se dire en poussant la charrue : J'ai cueilli des lauriers par procuration dans les quatre parties du monde; mais c'est double plaisir quand on peut ajouter : « C'est fini, tous les lauriers sont coupés. » Yotez, si bon vous semble, un grand arc de triomphe, mais insistez avec nous pour qu'après l'Amérique on n'inscrive pas rOcéanie. Le jour où nos familles de paysans et d'ouvriers auront quelques garçons de reste , nous les ferons tuer avec autant de gloire et plus de profit aux environs de nos frontières.

N'allez pas croire au moins que mes voisins de campagne et moi nous rêvions la conquête de l'Europe ! Nous souhaitons tout bonnement que la paix s'établisse autour de la France, parce qu'il en résulterait beaucoup d'économie et de tranquillité pour nous. Nous aussi, nous préférons les congrès aux batailles, mais nous croyons que la plume, aussi bien que l'épée, tranche souvent les questions sans les résoudre. Une question n'est résolue que le jour où les faits sont conformes au droit. La Hongrie, la Pologne, le Danemark, questions tranchées ; l'Italie, question résolue ou peu s'en faut. Le peuple se glorifie d'avoir résolu la question italienne par

la valeur de ses armées et la générosité de ses hommes d'Etat; il regrette énergiquement d'avoir laissé trancher à coups de sabre d'autres questions également sympathiques et justes : il sent qu'il aurait pu les résoudre à son honneur et à son avantage, s'il avait eu en 1864 tous ses soldats sous la main.

Il est bien difficile, messieurs, de « vivre en paix avec les différentes puissances, lorsqu'on est décidé à « faire entendre la voix de la France pour le droit et la justice. » Ce rôle de conciliation amicale et désarmée siérait peut-être à la Belgique, à la Suisse, à la Hollande, aux petits États qui n'ont pas d'autre force que l'autorité de leur sagesse et l'exemple de leurs vertus. Mais un peuple assez fort pour armer un million d'hommes ne peut pas, sans une contradiction évidente et triste, désapprouver un crime et le laisser commettre. Mettez la sympathie dans un plateau et le bon vouloir dans l'autre, vous n'arriverez pas logiquement à tenir la balance égale, car il y a d'un côté des oppresseurs et de l'autre des opprimés. Le droit ne saurait être de part et d'autre. Où est le droit, la France doit jeter son épée, sous peine d'entendre dire qu'elle a gardé la poignée à Paris et laissé la lame au Mexique.

Messieurs nos députés, la Constitution ne vous appelle point à voter sur la Convention du 15 septembre; mais il est impossible que vous ne l'ayez pas presque tous acclamée, puisque vous êtes les

représentants du pays. Nous autres, gens du peuple, nous n'avons qu'une voix pour Mter le rappel de nos troupes, la fin d'une occupation illogique et le commencement d'une expérience curieuse entre toutes : il nous tarde de voir si un demi-million d'hommes intelligents et braves se laisseront longtemps fouler aux pieds par quelques centaines de prêtres.

Le haut clergé de notre pays, après avoir régné quinze ans par notre tolérance et par la vôtre, a découvert ces jours derniers qu'il n'était pas maître absolu. Il vient d'apprendre par une révélation aussi pénible qu'inattendue, l'exislence du pouvoir civil. On n'a pas craint de déclarer aux évéques et aux cardinaux eux-mêmes qu'ils étaient citoyens français et soumis en cette qualité à toutes les lois de leur patrie. Tout me porte à croire que Nos Seigneurs les prélats, avant de se courber sous le niveau commun, chercheront à fomenter une révolte dans les âmes. Mais dites à l'Empereur que la nation en masse, sauf les dévotes et quelques académiciens, se rangera de son parli contre la nouvelle Ligue. La France veut bien avoir un chef, puisqu'elle a vu par expérience qu'elle ne savait pas se gouverner elle-même ; mais elle n'obéirait pas volontiers à un vassal de l'Église.

Lorsque cette grave question sera débattue parmi vous, n'oubliez pas, Messieurs, de rappeler aux mi-

nistres l'existence illégale de 2870 congrégations non autorisées. Tl semble au commun des martyrs que les 4932 associations religieuses autorisées suffisent amplement à sanctifier le sol français. Le peuple ne demande pas qu'on expulse ou qu'on disperse violemment les 2870 autres; il n'est pas pour la violence; il en a trop souffert et trop souvent pour vouloir en user désormais. Il désire seulement que le pouvoir civil prouve son existence après l'avoir affirmée si haut; qu'il autorise, si bon lui semble, les congrégations furtives qui braconnent des millions sans permis, mais qu'il les soumette à la surveillance des lois.

Je prie messieurs les sénateurs en général, et particulièrement mon très-honorable et très-illustre maître M. Prosper Mérimée, de ne pas voir dans ce passage un attentat contre la religion qu'ils pratiquent. Les congrégations de pure tolérance se sont rendues plus redoutables qu'utiles à la majorité du clergé national. On compte, grâce à Dieu, dans notre beau pays, trente mille desservants qui sont peuple, et qui, pour la plupart, connaissent les misères et partagent les idées du peuple. Ceux-là, gent condamnable et révocable à merci , sont opprimés par leurs évoques ullramontains et par les congrégations clérico-romaines. C'est vainementque la munificence du budget s'applique à leur donner du pain, tant qu'un évêque aura le droit de leur ôter le pain de la bouche

sur la dénonciation d'un jésuite. Protégez-les, Messieurs, et si vous ne vous sentez pas assez forts pour leur donner une humble indépendance, permettezleur au moins, par une bonne loi, de sortir de l'Église quand ils y seront trop mal. Rouvrez les portes de la vie civile à ce lépreux souvent irréprochable qu'on appelle le prêtre interdit. Déclarez que le Code Napoléon n'est pas tombé en désuétude au profit du droit canonique, et qu'un prêtre qui n'est plus prêtre a le droit de se marier comme un autre homme.

Le peuple ne vous demande pas de « protéger les idées religieuses, » selon l'expression toute récente d'un orateur auguste. Nous croyons, dans notre humble sentiment, que le premier et le plus indépendant de tous les pouvoirs, la vérité, n'a pas besoin de protection. On la proclame, on l'accepte, on la tolère, on l'étouffé quelquefois pour un jour; les dieux eux-mêmes ne la protègent pas, car les dieux, suivant la définition la plus sublime du mot, ne sont que la vérité personnifiée. Contentez-vous de protéger les honnêtes gens de toute robe lorsqu'ils disent ou écrivent avec modération ce qui leur semble vrai.

Vous qui faites des lois et qui les faites vraisemblablement pour qu'elles soient appliquées, êtesvous satisfaits de voir un certain nombre de citoyens au-dessus ou au-dessous de la loi?

Mes confrères de la presse et moi, nous sommes au-dessous. Uue j'offense par mégarde, dans cet humble feuilleton, un gros bonnet du ministère : il n'aura pas besoin de recourir aux tribunaux, d'écouter ma défense, d'établir contradicloirement mon tort pour se venger. D'un coup d'autorité, il peut, jugeant en dernier ressort dans sa propre cause, réduire d'un grand tiers le capital de mon ami et votre collègue, M. Guéroult. Supposé que VOpinion nationale ait acquis, [par le travail et le talent de son fondateur, une valeur d'un million, c'est une amende de 333 333 fr. 33 c. qui tombe sur la caisse, sans que les magistrats aient été consultés.

Mais si demain le garde d'une forêt, que j'ai louée pour la chasse, me tue et me vole un chevreuil dans l'exercice de ses fonctions, le tribunal de l'arrondissement ne pourra pas appliquer à cet individu les lois que vous avez faites. Il ne s'agit pourlant que de 16 fr. d'amende. Oui, mais le braconnier sera fonctionnaire, et je n'aurai le droit dele poursuivre qu'en vertu d'une décision du conseil d'État. Il n'y a pas à dire, les gardes forestiers sont au-dessus de la loi, et les publicistes sont au-dessous. Que vous semble cette logique? On dit pourtant, par une vieille habitude, que tous les Français sont égaux devant la loi.

Un publiciste couronné vous disait dernièrement en beau style : « L'utopie est au bien ce que l'illu-

sion est à la vérité, et le progrès n'est point la réalisation d'une théorie plus ou moins ingénieuse, mais l'application des résultats de l'expérience consacrés par le temps et acceptés par l'opinion publique. » On a le droit de parler ainsi lorsqu'on a publié dans sa jeunesse les utopies les plus généreuses, et accompli dans l'âge mûr une notable somme de bien. Mais en est-il moins vrai que la théorie doit toujours précéder la pratique, et que la pratique doit au moins essayer les théories qui promettent un bien ?

Nous ne refusons pas de soumettre à l'expérience toutes les nouveautés qui séduisent les conducteurs de l'État; nous avons même tendu le dos, sans trop nous plaindre, à des essais qui n'étaient pas toujours agréables pour nous; nous demandons seulement qu'on fasse l'épreuve de la Liberté avec tout le zèle qu'on a mis dans l'essai contraire. Jamais, jusqu'à ce jour, un prince légitime et respecté n'a eu la fantaisie de délier nos langues et nos plumes, sous la surveillance des lois. La théorie nous dit que cette nouveauté serait honorable et agréable au peuple, sans menacer la prérogative du souverain. La pratique n'a pas dit son mot, mais pourquoi? Parce qu'on ne l'a jamais interrogée. Pensez-vous que la vapeur eiit centuplé en trente ans toutes les forces vives de l'Europe si l'on avait entendu les résultats de l'expérience pour chauffer le premier générateur?

On VOUS parle, Messieurs, et fort judicieusement, du contrôle obligé de l'opinion publique. Mais on ne vous dit pas oià, quand, comment l'opinion publique pourra se manifester sans peur. Est-ce dans les conférences scientifiques et littéraires, d'où l'on exclut non-seulement la politique, mais jusqu'à la personne des orateurs inquiétants?

Est-ce dans les réunions électorales? Le procès des Treize répond trop haut à la question pour que je me permette d'ajouter une parole.

Est-ce dans les élections? J'accorde que les élections mettent l'opinion publique à nu, malgré les candidatures officielles, la pression administrative et la difficulté de s'entendre quand on n'a pas le droit de se parler. Mais lorsqu'un beau matin, à Paris, par exemple, l'opinion publique a déposé dans l'urne tous les noms synonymes de liberté, qu'arrive-t-il ? On ne conteste pas le vote; on nie l'existence même des votants. Il se trouve un préfet assez fantaisiste pour dire à la nation et au pouvoir que Paris est une solitude, encombrée de maisons énormes, mais vide d'habitants, sillonnée tout au plus comme le désert du Sahara, par quelques nomades.

Un gouvernement élu, réélu, maintenu et appuyé par la masse du peuple est intéressé à suivre au jour le jour le mouvement de l'opinion publique. Son rôle se réduit k connaître et à faire les volontés

de la nation. Le génie n'a jamais rien gâté, mais je soutiens qu'on peut régner dix mille ans dans un pays de suffrage universel, si l'on a des oreilles pour entendre et un bras pour agir. Le peuple sait ce qu'il lui faut, et le dit volontiers; au besoin même il le crie. Il le chante quelquefois, ill'imprime souvent. Bonne affaire pour les princes 1 Leur ouvrage serait à moitié fait, s'ils prenaient le parti d'écouter ceux qui parlent et de lire ceux qui écrivent. Mais nous avons compliqué tout cela. Nous trouvons plus ingénieux de fermer la bouche à ceux qui parlent, de mener au poste ceux qui crient, de ruiner pour le bon exemple ceux qui impriment sans permission. Cependant, comme on tient à savoir l'opinion du peuple, on interroge les préfets.

Vous connaissez, Messieurs , le questionnaire uniforme que le ministre de l'intérieur fait remplir chaque mois par les administrateurs des quatrevingt-neuf départements. Je n'ai pas la prétention de vous apprendre que, dans chaque préfecture, un petit employé, remonté comme une horloge, dépose pieusement au bas de chaque colonne l'offrande du plus naïf et du plus riant optimisme. Partout l'esprit public est excellent, la santé florissante, la récolte rassurante, l'instruction croissante et la misère en voie de guérison. Centralisez tous ces renseignements au ministère de l'intérieur, et vous

en déduirez l'axiome du docteur Paiigloss : Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

J'ai connu des préfets sincères et dévoués au public; ils disaient : « C'est absurde, mais le pli est pris. Pourquoi irais-je appeler l'attention du ministre sur les choses qui clochent dans mon département? Je passerais là-bas pour un homme incapable, arriéré, inférieur, qui laisse le pays dans le marasme. J'aime mieux travailler en cachette et faire un peu de bien sans avouer le mal; par ce moyen, je sauve mes chances d'avancement, et j'attends qu'un hasard, une protection, une rencontre m'élève à la première classe ou même plus haut. »

Vous êtes hommes , Messieurs : quelques-uns d'entre vous ont même été préfets : vous savez donc qu'aux yeux d'un préfet et de tout autre fonctionnaire, en général, l'avancement passe en première ligne; l'intérêt public vient après. C'est pourquoi tous les administrateurs, sans exception, s'ils étaient consultés l'un après l'autre, viendraient dire au gouvernement : « Je tiens les villes et les campagnes dans ma main ; aucun symptôme d'opposition autour de moi, les partis sont étouffés, les passions éteintes, les aspirations vers une plus ample liberté n'existent que dans les journaux ; j'ai pétri mes cinq cent mille administrés à l'obéissance joyeuse : nommez-moi conseiller d'Ëtat! »

C'est pourquoi la liberté de la parole et de la presse rendraient plus de services au pouvoir en trois semaines que tous les préfets de la France en un an.

Voilà, Messieurs, un discours un peu long, et pourtant je n'ai pas épuisé la liste des libertés qui nous manquent. Permettez-moi de vous recommander la loi qui va étendre les attributions des conseils généraux et municipaux. Mais n'oubliez pas, au moment du vote, que cette extension de pouvoirs ne sera, pour Paris et Lyon, ce deuxième Paris, qu'une nouvelle restriction de la liberté. Les conseillers municipaux nommés par le pouvoir ne sont pas autre chose que des préfets au petit pied. Ils ne représentent pas la population qui ne les a point élus ; ils disposent de notre argent sans notre permission, pour nous percer des boulevards et nous bâtir de gros pâtés qui ne sont pas toujours de notre goût.

J'applaudis de grand cœur à tout ce qu'on fera pour donner de la force et de l'indépendance aux conseillers municipaux de ma petite ville, parce que nous les avons nommés et qu'ils sont des hommes à nous. Mais un homme qui au lieu d'être à moi m'aurait à lui, je l'aimerais bien mieux paralysé de tous ses membres.

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