JUILLET
Les Parisiens sont persuadés qu'on ne peut ni rien savoir, ni rien écrire si l'on ne vit pas au milieu d'eux. C'est leur patriotisme de clocher qui a inventé cette maxime intolérante : « Hors de Paris, point de salut. » Aussi me garderai-je de vous dire sous quelle latitude j'écris ce que vous lirez dans trois jours. Si vous saviez que j'ai transporté mon écritoire jusque dans le Far-West de la France, à une heure de l'Océan, à vingt minutes de Quimper, au bord de cette jolie rivière de l'Odet, vous trouveriez à ma prose un goût de fruit et une saveur provinciale. Car, enfin, comment supposer qu'un homme logé si loin vive de. votre vie, se tienne au courant de tout ce qui vous occupe, et lise tous les jours votre journal du malin? Oui, monsieur, à deux heures, quand vous n'avez peut-être pas encore trouvé le temps de déchirer la bande du Constitutionnel! Que de fois, ô Parisien! vous avez passé toute une journée sans
ouvrir ce que nous appelons ici les feuilles publiques! J'en parle par expérience, moi qui n'ai jamais eu le loisir de rien faire à Paris. Le temps y va d'un tel train, que tout le monde prend des voitures pour tâcher de le rejoindre. L'horloge de la Bourse est comme cette montre du Marseillais qui abattait son heure en vingt-cinq minutes. En province, on déguste la vie, on digère les idées; vous n'y rencontrerez pas un homme pressé : le dernier vient de partir pourParis. L'heure est de soixante-dix minutes à Orléans, de quatre-vingt-cinq à Nantes, de cent vingt-quatre à Quimper : voilà probablement pourquoi les lieues de Bretagne sont si longues, et non pour la raison déduite dans Rabelais. Mes lectrices, si j'en ai, prieront messieurs leurs maris de leur conter l'anecdote. Je ne la transcris pas ici, parce qu'il faudrait trop de gaze pour la vêtir, et surtout parce qu'elle ne date pas du mois passé. Or je veux, une fois du moins, et pour l'honneur de la province, vous servir des nouvelles de la dernière fraîcheur. La province a sur Paris le même avantage qu'une personne cachée derrière ses rideaux a sur les promeneurs de la rue : elle voit, et on ne la voit pas. Nous savons vos affaires, et vous croupissez misérablement dans l'ignorance des nôtres. J'ai là, sur mon bureau, la liste de vos avocats qui ont vu leurs papiers saisis la semaine dernière; avez-vous seulement le total des litres d'eau-de-vie qu'on a bus
dans notre canton pour l'élection d'un seul conseiller général? Il y avait quatre candidats en présence, tous généreux comme des fleuves. Malepeste! les conseillers généraux sont, comme le homard, d'une digestion bien difficile, car il faut terriblement de liquide pour les faire passer!
Nous avons tous appris la mort de la Pommerais, et il n'y a personne ici qui n'ait fait des vœpx pour l'abolition du plus horrible et du plus immoral des spectacles. Mais vous, avez- vous seulement entendu parler du célèbre procès qui a partagé en deux camps la ville de Quimper? Il s'agissait du chien d'un jeune et brillant avocat, égorgé traîtreusement par un tapissier. Mais le demandeur est libéral, le défendeur est un ami de l'évêché : grosse affaire! La veille du jugement. Monseigneur a daigné luimême s'arrêter à la porte du tapissier, lui serrer la main et lui dire qu'en tout état de cause, l'Eglise le tiendrait pour innocent. Se pouvait-il qu'un simple tribunal d'institution civile osât condamner un homme si bien acquitté? Ils l'ont osé, nos magistrats, au risque de scandaliserquelques bonnes âmes ! Un tel fait paraîtrait tout simple à Paris ; il est énorme dans un département comme le nôtre. Savez-vous qu'un prélat ne va pas en visite dans un château sans que les dames s'agenouillent devant lui sous le vestibule? Nous sommes un peuple neuf, étranger aux malices du commerce, et aux mécaniques de
l'industrie; nous cultivons nos terres à la -bonne franquette, sans nous inquiéter des perfectionnements modernes, mais nous avons une spécialité : la foi! On peut nous damer le pion à tous les concours industriels, agricoles et autres; mais sur le terrain de la foi, nous ne craignons personne! — Qu'on y vienne! je défie les Quinze-Vingts euxmêmes de savoir fermer les yeux plus hermétiquement que nous!
C'est pourquoi les couvents, cette bénédiction de la terre, fleurissent en Bretagne comme sur un sol béni. Nous en avons des rues entières dans notre bonne ville de Quimper. La médecine y est exercée par les sœurs blanches, qui n'ont pas fait d'études, mais qui sont d'une bonté angélique. Elles guérissent pour rien, quand par hasard elles guérissent : on ne paye que les médicaments. Les médecins patentés vont tous mourir de faim, grâce à elles. C'est bien fait : des incrédules !
Il n'y a que les sœurs de la Providence pour faire de belle lingerie et confectionner un joli trousseau à bon marché. Elles ont des ateliers étonnants, elles font des affaires immenses. Les messieurs de la ville craindraient de se damner s'ils commandaient leurs chemises et leurs caleçons à l'industrie laïque. Tant pis pour les lingères : des coureuses !
Alcibiade, le plus joli des Grecs, adoptait avec une singulière facilité les mœurs et les idées des peuples
qu'il allait voir. A Sparte, il étonnait les gens par sa vertu; à Thèbes par sa simplicité. Je suis persuadé que s'il était à ma place il irait tous les dimanches à la messe du bourg voisin. Le diable, c'est l'odeur spéciale, caractéristique, sui generis, qui distingue les paysans bretons. Les meilleures gens du monde, mais infects. Je fréquente les églises, comme bien vous pensez, mais surtout quand elles sont vides.
J'en visitais une, ces jours passés, à l'embouchure de notre rivière, lorsque le nom de M. Renan me sauta aux yeux. 11 était imprimé en belles majuscules, et je m'imaginai d'abord qu'on recommandait aux malédictions du peuple l'auteur de la Vie de Jésus. Je m'approchai de l'affiche, qui était rédigée en langue gaélique, et je vis, non sans surprise, que ce nom de Renan était placé tout à la fin, comme une signature. A quel propos, grands dieux? Je sais bien que M. Renan est né en Bretagne, mais je ne suppose pas qu'il y ait fondé en si peu de temps un nouveau culte. D'abord, nul n'est prophète en son pays. Se pourrait-il que l'imprimeur de l'évéché, homme bien pensant, préoccupé, comme tous les vrais chrétiens, du tort que M. Renan fait à l'Eglise, eût mis son nom par distraction? Il nous arrive à tous d'écrire un mot pour un autre, lorsque nous subissons l'empire d'une idée fixe, ou qu'on fait du bruit autour de nous. Renseignements pris, j'ai su que Renan, dans la langue bretonne, est la traduc-
tion de René, et que M. Sergent, évêquedeQuimper, s'appelle René, ou Renan, depuis son baptême. A la bonne heure ! Il y a deux Renan dans les deux armées qui se disputent la France; le Renan de la critique, et le Renan de la foi. C'est ainsi qu'on a vu deux généraux de Wim.pfen en Lombardie, l'un chez nos ennemis, et l'autre aux premiers rangs de notre armée. Le Renan de Quimper est le mieux partagé des deux : nul ne peut le destituer, pas même l'Empereur. Il tient le marteau par le manche, et l'autre reçoit les coups sur la tête. Mais une tête de Breton, c'est une enclume : on peut frapper!
J'aime et j'estime infiniment M. Duruy, ministre de l'instruction publique. C'est un honnête et vaillant homme, solidement trempé, s'il en fut. Mais combien de temps pensez-vous que le fer le mieux constitué puisse durer sans rompre, entre l'enclume et le marteau?
Le public aime M. Duruy parce qu'il est arrivé sans faveur et sans brigue, par la force du poignet : on l'aime parce qu'il a son portefeuille sans l'avoir cherché et qu'on le sait toujours prêt à le rendre; on l'aime enfin parce qu'on le sait libéral, parce qu'on le voit vivant, actif, présent partout et répondant à tout. Mais il faut avouer que dans ces derniers temps M. Renan s'est fait beaucoup de sympathies. Tous ceux qui, comme moi, regrettaient l'indécision de son style se sont rapprochés de lui au spec-
tacle de sa conduite beaucoup plus décidée que son livre. Peut-être même ce dernier coup a-t-il ramené vers lui quelques-uns des catholiques assez nombreux qui honorent le courage et apprécient la dignité.
Quel que soit le dénoûment de la pièce, il est certain que les péripéties auront intéressé plusieurs millions de spectateurs : je le dis à l'honneur de notre pays. L'opinion publique, après s'être amusée longtemps à des niaiseries ou des ordures, commence à mordre au sérieux. Les questions de critique et de théologie suscitent un plus vif intérêt que les Mémoires d'une Femme de chambre. Un monsieur qui entend les affaires s'est dit que les mystères de la sacristie feraient aujourd'hui plus d'argent que les Mystères de Paris. Il a publié coup sur coup le Maudit et la Religieuse. Littérature indigeste et même nauséabonde, si vous voulez; thèses qui ne prouvent rien, car le prêtre interdit et la rehgieuse incomprise n'ont plus le droit de se poser en victimes par le temps qui court. Personne ne les obligeait à choisir des professions si ingrates. S'ils ne sont pas heureux, ils ne doivent pas s'en prendre à nous. Tu l'as voulu, abbé Dandin ! Tu l'as voulu, sœur Dandinettel Le public sait tout cela, et pourtant il aciiète, il lit ces platitudes dans l'espoir d'y trouver matière à réflexions. Nous sommes altérés de vrai, nous nous montons la tête pour le bien ; on voit, un beau
matin, trente-sept millions d'individus se gratter comme de beaux diables : c'est une démangeaison de progrès qui est tombée sur le pays : une véritable plaie d'Egypte !
Tel qui lisait sans émotion, depuis pins de vingt ans, les faits divers de guillotinade, s'est mis à méditer sur la peine de mort, à la trouver non-seulement dégoûtante et cruelle, mais tout à fait illogique et souverainement inutile. M. Véra , notre ancien professeur, a trouvé bon de la défendre. Il vient de publier àNaples une brochure où il prouve de par Hegel que le bourreau est un rouage philosophique entre tous. Je suis sûr qu'avant un mois Paris aura lu, discuté et pulvérisé ce malencontreux paradoxe.
Tel qui plaisantait agréablement sur les gardes du commerce et la prison de Clichy, commence à se demander sur quel principe nos pères ont fondé la contrainte par corps. Et si la base ne lui paraît pas assez solide pour porter la douleur de tant de familles; si, par-dessus le marché, il a lu la statistique judiciaire publiée il y a quinze jours ; s'il est informé officiellement que sur dix-sept cents prisonniers pour dettes on en compte plus de moitié qui doivent moins de mille francs, il ne tardera pas à se dire que nous avons, rue de Clichy, des terrains magnifiques qui pourraient être mieux employés. Je ne suis pas l'ennemi personnel des créanciers,
n'ayant jamais été assez riche pour faire des dettes ; je ne voudrais donc pas les priver de ce qui leur est dû. Mais je propose humblement une combinaison qui pourrait contenter tout le monde. Vendons les bâtiments et les terrains de nos prisons pour dettes , et employons une partie du prix de vente à désintéresser tous les créanciers en activité de service. Quant aux créanciers de l'avenir, étant bien et dûment avertis qu'ils n'ont rien à espérer de la contrainte par corps, ils prendront leurs mesures en conséquence et verront ù placer leur argent sur d'autres garanties qu'une hypothèque de chair et d'os.
Je ne suis pas dans la confidence de ceux qui nous gouvernent, et je n'ai jamais eu l'oreille assez longue pour entendre de Quimper ce qu'on dit à Paris ou à Fontainebleau. Mais tout me porte à croire que la France est aux mains de quelques hommes de bonne volonté, aussi désireux que vous ou moi de contenter à peu près tout le monde. On ne m'ôtera pas de l'esprit qu'ils rêvent comme nous la destruction de la guillotine, la démolition de Clichy et plusieurs autres mesures libérales , telles que la suppression de l'intérêt légal, la fin des monopoles, etc., etc., etc. Quand les journaux ont dit, ces jours derniers, que le conseil d'État, étudiait la liberté des courtages et la liberté des opérations de prêt, je n'ai pas crié miracle! J'ai constaté une
fois de plus que les gouvernants et les gouvernés commençaient à s'entendre à l'amiable. Ce bon accord, s'il dure un peu, supprimera l'esprit de parti.
Sans avoir précisément l'âge de Mathusalem, je me rappelle un temps où les Français étaient divisés en deux groupes, dont l'un avait pour devise : tout est bien; l'autre écrivait sur sa bannière : tout est mal. Il fallait tout louer de parti pris, sous peine de passer pour un faux conservateur ; tout blâmer aveuglément, sous peine d'être mis au ban de l'opposition comme un vendu et un traître. Inauguraiton dans Paris une fontaine publique? Les organes du gouvernement se croyaient obligés de crier au chef-d'œuvre; les journaux de l'opposition se faisaientunpointd'honneur de tombersur l'artiste, l'entrepreneur et les simples maçons. On se serait rendu suspect au ministère en avouant que le marbre avait des taches; on eût perdu l'estime de la gauche en confessant que le plâtre était blanc. En ce temps -là, les radicaux niaient formellement le principe sur lequel le pouvoir était assis; on savait donc, dans les deux camps, qu'on ne pourrait jamais s'entendre; il n'y avait pas de contradicteurs, mais des ennemis; on ne cherchait point à se convaincre, mais à se culbuter. L'opposition critiquait les fautes du gouvernement, en faisant des vœux pour qu'il en commît d'irréparables ; le pouvoir accusait la vio-
lence des radicaux, en souhaitant qu'ils devinssent assez violents pour se faire assommer dans la rue. Nous avons changé tout cela depuis que nous sommes tombés d'accord sur un ou deux petits articles. On a reconnu d'un côté que le pouvoir était légitime et de l'autre que nos institutions étaient perfectibles à l'infini. L'opposition quand même devient un nonsens dès que le gouvernement n'est plus conservateur quand même. Et le plus brillant orateur de la gauche peut s'accorder avec le pouvoir sur une, ou deux, ou cent questions, sans qu'un seul homme de bon sens l'accuse de déserter son poste.
Je vous en dirais plus long, sur ce point, si j'avais le droit de traiter ici les questions politiques. Mais j'apprends, par les journaux, qu'un de nos jeunes confrères, M. Daudet, a publié une brochure sur la prétendue trahison d'Emile Ollivier. On nous annonce aussi un travail d'Emile Augier, sur la question électorale. Je ne vous en dis rien pour deux raisons, dont la meilleure est que je ne l'ai pas encore reçu. Mais je suppose, à vue de pays, que l'auteur des Effrontés n'a pas mis l'épée au vent sans allonger, de çà de là, quelques belles estafilades : il a le poignet ferme et l'œil juste.
M. Champfleury, l'inventeur du réalisme, a fait, sous forme de brochure, une petite excursion dans le domaine de l'idéal. 11 rêve de reconstituer la Société des gens de lettres sur une base beaucoup plus
large, avec un cercle, des salons ouverts à tous les écrivains étrangers , un tribunal d'honneur pour juger, sans effusion de sang, les petites piques littéraires, un prylanée où tout honnête homme de lettres serait hébergé gratis après vingt ans de travail. Je suis un partisan trop déclaré de l'association pour ne pas rendre justice aux bonnes intentions de notre confrère. Le fait est que la Société, telle qu'elle est organisée aujourd'hui, rend des services bien modestes. Elle perçoit honnêtement les petites sommes qui nous sont dues pour la reproduction de nos romans dans les journaux de province; elle donne quelques secours aux sociétaires malheureux; elle prépare, au moyen d'une minime cotisation, quelques humbles pensions de retraite. Un bon nombre d'écrivains de premier ordre se tiennent en dehors de l'association: beaucoup d'associés interdisent la reproduction de leurs œuvres les plus importantes ; enfin, le roman-feuilleton , tué à petit feu par les livres à vingt sous, commence à passer de mode. Il s'ensuit que le revenu social est assez limité. Ajoutez qu'une mauvaise administration avait mis notre affaire à deux doigts de sa perte, lorsque M. Michel Masson, le meilleur et le plus vénérable des hommes d'esprit, s'est donné la tâche de la relever. Malheureusement son cœur est plus inépuisable que sa caisse. L'argent manque et manquera toujours si la Société ne veut rien devoir
qu'à elle-même. On parle de fonder des lectures publiques , de rédiger un Trésor de la littérature actuelle, qui serait vendu dans les collèges au profit de la Société. C'est quelque chose assurément, mais ce n'est pas le Pérou. La moindre des îles Chinchas ferait mieux notre affaire ; mais la reine d'Espagne, qui vient d'envoyer la plaque de Charles III à notre confrère Yriarte, ne nous rétrocédera pas les mines de guano. Le gouvernement français ne serait pas fâché de loger, de nourrir et d'habiller toute notre confrérie, mais, comme il ne le ferait peut-être pas pour rien, je ne suis point d'avis qu'on se jette audevant de ses libéralités. Le mieux est, sans contredit, de laisser aux amateurs éclairés ou aux écrivains enrichis le plaisir et l'honneur de doter la littérature. Mon excellent ami, le docteur Véron, pensait ainsi, il y a quelques années; il voulut même prêcher d'exemple, et se rendit au siège de la Société avec des encouragements, plein ses poches. Comment fut-il accueilli? Vous le savez de reste. On accepta son offrande en rechignant et on lui rendit mille horions en échange. Il s'en alla rompu, moulu, et guéri de la tentation de faire concurrence à Mécène. Je sais que l'insuccès d'une petite association ne saurait être invoqué pour nous décourager des grandes, La Grèce n'est pas viable avec un million d'habitants; elle ne manquerait plus de rien si quelqu'un lui donnait douze millions d'hommes à
CADSERIES. • 83
nourrir. Mais par quelle attraction de plaisir ou d'intérêt pense-t-on attirer tous les écrivains français dans une société colossale? Je suppose une population de dix mille individus ayant écrit ou écrivant peu ou prou, depuis M. de Lamartine et M. Guizot jusqu'aux petits messieurs qui rédigent les journaux de chantage. Il y a de tout dans cette classe de citoyens; on y entre sans examen et même, hélas! sans examen de conscience. On y compte des hommes du talent le plus élevé et des idiots de la stupidité la plus épaisse, des hommes du monde et des malotrus, des dandys pommadés et des bohèmes luisants de crasse, des anges et des ruffians, des magistrats et des filous. Chacun peut se décerner impunément le titre d'homme de lettres ; personne n'est en droit de l'ôter au faquin qui le déshonore. Je sais qu'il y a, Dieu merci! assez d'écrivains honorables, intelligents et bien élevés pour former une société de deux mille personnes. Or deux mille individus, fournissant une cotisation de cent francs par année, fonderaient un beau cercle à Paris. Les revenus indirects, tels que concerts^ représentations, lectures, publications (sans compter les legs et les donations probables), élèveraient la rente annuelle à 300 000 fr. environ. Mais quel conseil d'administration, quel comité, quel dictateur aurait la main assez forte pour écarter tel ou tel gars, que vous reconnaissez sans que je les nomme?
Il y en a de très-insinuants qui se faufileront par l'escalier de service, et de très-agiles qui entreront par les fenêtres du premier étage, et de très-vigoureux qui enfonceront la porte cochère d'un coup d'épaule. Eux entrés, vous serez bien habiles si vous empêchez les honnêtes gens de sortir.
Mais je suppose ce problème résolu, quoique je le sache parfaitement insoluble. Les malfaiteurs de lettres n'entreront pas, nous serons entre nous, tous gens de bien. Mais sur deux mille gens de bien, dans la république de lettres, il y en a mille environ qui ont en exécration les mille autres. La politique, la religion, la critique ou même la simple chronique avec ses innocentes malices nous excitent journellement les uns contre les autres. Quel plaisir éprouvet-on à rencontrer face à face, dans l'intimité forcée d'un cercle, l'honnête homme clérical qui vous damne en premier Paris? ou l'honnête homme semi-officiel qui vous dénonce et vous attire un avertissement ? ou l'honnête homme du lundi qui imprime tout vifs, à propos de comédie, les protecteurs de votre maîtresse? ou le critique vertueux mais pointu qui ne trouve aucun talent dans vos livres et le dit au public comme il le pense? Je crois, tout bien pesé, qu'on supporterait mieux la compagnie de scélérats aimables, bien élevés, presque respectueux, comme on en coudoie dix par jour à Paris. Ajoutez, s'il vous plaît, que le critique lui-
même n'est pas positivement à snn aisé devant celui qu'il asabouléle matin. Or nous sommes juges et jugés tour à tour. Comme justiciable, je reconnais au premier critique venu le droit de mordre sur mes livres : que m'importe l'opinion d'un monsieur que je ne connais pas, qui n'est pas de mon monde, à qui je n'ôte point mon chapeau dans la rue? La blessure serait autrement grave, si elle partait d'un associé, d'un commensal, d'un camarade. Comme juge, il me plaît de ne pas connaître la figure de l'accusé. Sa personne n'est pas en question, je ne veux m'occuper que de son style ou de ses idées. Dès qu'il m'aura serré la main, ouvert son cœur et conté ses petites affaires, je ne serai plus compétent, n'étant plus libre; il ne me restera qu'à me récuser.
Le projet de fonder une maison de retraite à l'usage des écrivains fourbus est la plus innocente et la plus magnanime des utopies. Il n'y a pas un littérateur qui n'ait été plus ou moins difi'amé par M. Eugène deMirecourt: voyez-vous ses victimes se cotisant à qui mieux mieux pour lui faire des rentes? M. de Pontmartinestun parfait honnête homme de peu d'esprit ; il a fait les lundis de Mme Charbonneau pour déverser sur nous le ridicule dont il est plein. S'il s'éveillait demain sans autre fortune que son talent, serait-ce à nous de le nourrir? Pas si chrétiens ! Toutes les fois qu'un homme
m'injurie à trois sous la ligne, je me console en pensant que cet argent ne lui profitera pas et qu'il ira finir à l'hôpital, selon toute justice. Je me consolerais beaucoup moins si j'avais pris l'engagement de le soigner sur ses vieux jours. 11 est vrai d'ajouter que nos vieillards de lettres ne seraient pas longtemps à la charge de la société. Le soin que vous prenez de les enfermer ensemble leur permettrait de se dévorer les uns les autres en moins d'un jour.
Quant à ce tribunal d'honneur qui nous mettrait d'accord et nous dispenserait de nous égratigner à coups d'épée, laissez-moi vous conter une anecdote qui ne manque pas d'actualité.
Il y a quatorze ans et quelques mois, la Société des gens de lettres s'érigea elle-même en tribunal d'honneur. Il s'agissait de décider si un journaliste d'infiniment d'esprit était ou n'était pas honnête homme ; s'il avait ou non fait chanter dans l'intimité quelques artistes italiens qui chantaient plus spécialement en public; si enfin M. A. de C, qui avait divulgué les secrets de cette musique de chambre, devait ou ne devait pas donner satisfaction à M. F.
La Société dûment saisie soumit les faits à une enquête dont le dossier existe encore. Il est autographié, j'en ai eu un exemplaire entre les mains. On entendit plusieurs chanteurs qui avaient chanté plus qu'ils ne désiraient; l'accusé allégua pour toute défense qu'il était à la fois critique et courtier d'en-
gagements; juge incorruptible dans son journal, homme d'affaires dans son cabinet. L'explication ne parut pas concluante; le tribunal d'honneur déclara qu'un homme de bien, comme était M. A. de G., ne devait pas se commettre avec M. F.
Savez-vous ce que lit le condamné? Il choisit parmi ses juges un homme jeune, célèbre et justement honoré. Il lui consacra dans le Corsaire un article de quelques lignes, et dès le lendemain, le juge au tribunal d'honneur envoyait deux témoins à son justiciable, — « Vous voyez bien, dit M. F., qu'on peut se commettre avec moi. » Il lui traversa le poumon d'un coup d'épée.
Nous avons perdu, ces jours derniers, un critique prodigieux que la France ne remplacera jamais, quand même elle en aurait envie. Itahen comme Casanova, il s'était élevé en moins de vingt ans aux plus hautes positions de la presse parisienne. Il écrivait fort bien, plaisantait finement, et comptait mieux encore. A force de travail et d'économie, il arriva non-seulement à gagner 18 000 francs par an, mais à ménager sur ce revenu un capital de six cent mille. Il obtint la croix de la Légion d'honneur et la porta plusieurs années sans que personne osât y trouver à redire. Les circonstances ne m'ont jamais permis de cultiver son amitié, quoiqu'elle fût précieuse et valût son pesant d'or; mais j'ai collaboré avec lui dans un ou deux journaux, et les
nécessités du métier nous mirent quelquefois en présence. Son thème favori, dans la conversation, était la misère des gens de lettres qui ne sont ni payés ni considérés, et la fortune insolente des ténors qui gagnent, à chanter faux, cinquante mille écus par année. Cette plainte assurément sincère me semblait entachée d'exagération : car enfin les ténors les mieux rétribués sont toujours les plus prêts à partager leur fortune. Il est certain d'ailleurs qu'on a vu des gens de lettres payés et considérés au delà de toute vraisemblance. Tout son siècle, excepté Siraudin, le combla des plus respectueux hommages. On a vu plus de monde à son enterrement qu'aux funérailles d'Aristide le Juste, qui mourut beaucoup plus pauvre. La presse périodique n'a pas encore fini de chanter ses louanges; les plus honnêtes gens s'honorent d'avoir été ses confrères ; on l'encense comme s'il avait un feuilleton lundi prochain. Son talent d'une rare finesse et d'une extrême subtilité échappe à l'analyse comme les opérations d'un homme trop habile échappent à la loi. Sans être positivement érudit, il savait juste à point nommé tout ce qu'il avait besoin de savoir. Il écrivait agréablement, sans autres qualités saillantes que le bon sens uni au savoir-faire, et une désinvolture d'esprit sans égale. Aucun de ses écrits ne restera, pas même la traduction du Dante qui est son ouvrage le plus médiocre; mais je ne crois pas que
ses feuilletons servis à point aient ennuyé iin seul lecteur. Il répandait un charme sur les objets les plus insignifiants; il nous intéressait au programme d'un concert ou d'un bénéfice de Mlle Nelly ; il tournait si galamment une réclame en faveur de l'orgue Alexandre, ou du Docteur noir, ou des cuivres de M. Sax, que le public suçait la pilule comme un bonbon, et souriait pour toute grimace. Cet homme éminemment pratique avait tous les genres d'esprit sans excepter l'esprit de faire le bien. Il savait semer à propos quelques graines d'amitié et de reconnaissance. Jamais je n'ai entendu une voix s'élever contre lui sans qu'aussitôt quelqu'un prît sa défense en disant : il m'a poussé, protégé, encouragé gratis! Il était trop malin pour nager contre les courants et heurter de front l'opinion publique : en louant une chose évidemment mauvaise, en chutant un succès de bon aloi, il eût discrédité sa maison et fait baisser son papier sur la place. Il se rattrapait sur les talents douteux, contestés, ou simplement fatigués. Il les mettait dans la balance comme un changeur du Palais-Royal pèse les monarques d'or ou d'argent, et si l'un d'eux, fût-il Mario en personne^ lui paraissait un peu léger, il regorgeait en douceur avec cette perfidie de bon ton que je viens d'imiter dans la mesure de mes forces en vous entretenant de lui.
J'ai ressenti en revanche une véritable douleur
en apprenant la mort de Mme Casimir Salvador, née Delphine Fix. Le monde ne l'a pas connue : elle y était entrée par une sorte de miracle ; elle vient d'en sortir par la plus épouvantable des catastrophes. Nous la connaissions, nous, les vieux habitués de la Comédie-Française, et nous l'aimions comme un joli petit camarade en jupons. Je n'oublierai jamais l'accueil qu'elle me fit la première fois que je m'aventurais dans ce terrible foyer des artistes. Personne ne m'y connaissait, excepté Got, qui justement n'était pas là. On me dévisageait en chuchotant, comme toutes les nouvelles figures. Moi, je regardais les tableaux, par contenance, n'osant ni rester ni sortir. Je la vis se pencher à l'oreille de Félix, le plus joli causeur et le plus charmant avocat de la maison; je compris qu'elle lui demandait le nom de cet intrus si peu à l'aise. Je ne sais quelle audace ou plutôt quelle confiance me poussa droit devant elle, et je lui dis presque effrontément qui j'étais. Avec quelle cordialité elle me tendit les deux mains en me donnant la bienvenue! Nous fûmes amis dès ce soir-là, et dans le deuil qu'elle laisse après elle, je me console un peu à l'idée que je suis resté son ami jusqu'à la fin. C'était la plus honnête nature et la plus franche, dévouée à ses parents, attachée à son art, excellente pour ses coreligionnaires malheureux, quoique pauvre et logée rue du Hasard, dans un voisinage qui contrastait singu-
lièrement avec sa vertu. Il m'arrivait quelquefois de monter à son quatrième étage : on y rencontrait des écrivains, des artistes, et quelques jeunes gens du monde, sincèrement résignés à la plus cordiale et la moins coquette des amitiés. Il y avait alors à la Comédie-Française un certain nombre de jeunes filles signalées et presque montrées au doigt pour leur bonne conduite. Les hommes de cinquante ans plaisantaient avec elles et leur disaient poliment : « A quoi bon? Qu'espérez-vous de cette singularité affichée? Vous condamnerez-vous à rester vieilles filles? Pensez-vous que les princes du sang ou les administrateurs du Crédit mobilier viennent jamais vous épouser ici?
— Et pourquoi non? disait fièrement la petite Delphine. « Entre les demoiselles qu'on épouse et les filles comme nous, il n'y a qu'une différence : le talent. » Elle avait la repartie vive et l'esprit fin. Ses intimes l'appelaient Delphix Fine. Nous avons bien ri, dans les temps , d'une discussion muette qu'elle eut avec Mlle Judith. Elles n'étaient pas précisément intimes. La moins jeune des deux (inutile de la nommer) entre un soir dans la loge de l'autre, plante son pied tout chaussé dans une pantouffle un peu large, hélas! qui traînait là, et la lance au plafond. Delphine sent le coup, vient droit à son amie, et lui montre trente-deux dents de la plus éclatante blancheur.
C'était bien répondu. Mlle Judith s'enfuit sans répliquer.
Parmi ces aimables jeunes filles que l'on courtisait pour le principe, en les respectant malgré soi, il y en a deux qui se sont mariées, au contentement unanime de leurs amis. L'une a épousé un jeune sculpteur sans fortune, mais laborieux et plein de talent. Elle n'a pas dit adieu au théâtre; elle se fait applaudir tous les soirs sur la scène, elle passe ses journées entre un mari qui l'adore et un bel enfant. L'autre avait gagné le gros lot à la tombola du mariage; elle portait un des beaux noms de l'aristocralie Israélite; on lui avait reconnu deux millions de dot; elle était riche, considérée, aimée; elle avait espéré neuf mois le bonheur d'être mère ; et la voilà qui meurt à trente-trois ans! Pauvre Delphine!
Ce pauvre Ribes est mort aussi, mais sa fin trop prévue n'a étonné personne. Le m.iracle, c'est qu'il ait vécu jusque-là. Il était condamné depuis longtemps, mais il se pourvoyait tous les jours en appel avec une incroyable énergie. C'était un artiste de la vieille roche, ardent, nerveux, soutenu par la fièvre, comme Mme Dorval et la Malibran. J'ai travaillé quelques semaines avec lui; nous répétions une pièce que Paris n'a pas entendue : il l'aurait aussi bien jouée que h Marquis de Villemer, si les siftlets ne lui avaient pas coupé la parole. 11 avait un frère, ancien soldat, qui coupa le sifflet à l'un de nos tapa-
geurs, le lendemain de la première représentation.
Les correspondants des journaux ont jugé probablement que c'était peu de trois morts pour égayer le mois des roses. Ils ont conduit Alphonse Karr aux portes du tombeau, administré les sacrements à Victorien Sardou, et effarouché le cheval d'Emile Augier, qui se promenait à pied dans la campagne. Ces canards, de goût douteux, ont l'avantage de fournir quatre lignes de copie : deux pour annoncer la nouvelle, et deux pour la démentir. Leur seul défaut est d'épouvanter les amis et de tuer par-ci par-là quelqu'un de la famille.
On n'a pas inventé le combat de deux navires américains devant Cherbourg; c'est un fait authentique; les marins qui y ont laissé leur peau sont bien morts, et la plume magique des chroniqueurs n'en ressuscitera pas un pour faire de la copie. Je ne sens pas mon cœur se fendre de pitié pour quelques corsaires, et pourtant on éprouve une impression bizarre à la nouvelle d'un tel événement. Nous vivons au milieu d'une civihsation si pacilique, si heureuse, si correctement vernie, que le bruit d'un carreau cassé ébranle pour un instant tout notre système nerveux; le cri d'un chien à qui l'on a marché sur la patte nous émeut pour la journée. Dire que les Américains étaient ainsi en 1860! Le vernis a craqué un peu, puis beaucoup, puis
l'homme sauvage a reparu, nu comme un ver et poussant des cris féroces. Ayons soin de notre vernis, citoyen du doux pays de France !
Le bey de Tunis a voulu se donner le luxe de vernir sa petite principauté pour éblouir les yeux de l'Europe : mauvaise affaire! Le cuir des musulmans ne prendra jamais le vernis; il suffit de le frotter à coups de bâton, suivant l'usage antique et solennel, si vous voulez qu'il rejuise. Voilà un homme de bien qui s'interdit la faculté de tordre le cou de ses ministres. Qu'arrive-t-il? Les ministres, sûrs de l'impunité, font main basse sur l'argent du peuple et dirigent des galions sur Londres et sur Paris. Le peuple de ces pays a peu de distractions ; on ne lui donne pas de spectacle gratis au 15 août; son seul plaisir est de voir quelquefois étrangler un ministre. Il se plaint; il n'a pas tort. Il demande le spectacle ou son argent : ces circoncis ont des susceptibilités que je ne partage pas, mais que j'excuse.
J'avais encore beaucoup de choses à vous conter, par exemple l'ouverture de la hgne transatlantique. Nous irons directement du Havre à New- York, sans demander le passage aux bâtiments anglais. Cette satisfaction d'amour-propre va coûter neuf millions et quelques centimes au l}udget de la France : c'est donné. La nouvelle ligne est aux Péreire, qui s'arrondissent de jour en jour. Ils ont les Landes, ils
ont Bordeaux, ils ont l'Espagne; ils ont hérité de Marseille dans la succession du pauvre Mirés; ils ont Paris, de compte à demi avec la préfecture; ils ont la Turquie et le Mexique, mais c'est un fief grevé de quelques hypothèques. Les Rothschild ont le Nord, un peu de l'Italie, et je ne sais quel bien du côté de Saragosse. Ce retour à la féodalité par l'argent est assez curieux, mais compliqué en diable. On repense malgré soi à l'Allemagne du douzième siècle. Mais au fond, comme dit Giboyer, cela m'est bien égal.
Personne ne parle plus des élections de l'Académie; par contre, chacun fait de nouveaux sénateurs. Quand on me demandera mon avis, ce qui ne saurait tarder, je recommanderai au prône M. Sainte- Beuve. Le Siècle de M. Havin ne l'aime pas, mais le Dix-Neuvième Siècle voit en lui un écrivain de premier ordre, un critique à larges vues, et un brave homme malgré tout son esprit. Item, il n'est pas riche ; item, il s'est fièrement compromis; et je connais des gens qui lui doivent une chandelle.
La grande course du bois de Boulogne a fait une recette de cent mille !/rancs, ou peu s'en faut. Le cheval gagne du terrain; le Français devient sportman ; on fait plus de Yermout que de trois pour cent à la Bourse. J'ai même entendu dire que les collégiens de septième délaissaient un peu leur de viris pour le Stud-Book. Est-ce un bien ? est-ce un mal? Le résultat le plus clair, c'est que nous avons
battu aplat nos bons alliés d'Angleterre. Mais il se passera bien des années avant que nous ayons réellement amélioré nos races et fait descendre jusque ddns les chevaux de fiacre une goutte du sang de Vennout.
Que vous dirai-je encore ? On a fermé l'Exposition au bout de six semaines, sans la moindre prorogation. C'est un peu court, surtout pour les pauvres critiques qui vont achever leur compte rendu dans le vide. L'administration des Beaux- Arts a dépensé 500,000 francs en achats. Le chiffre est raisonnable. Par malheur, on achète trop de choses pour payer décemment les bonnes. C'est le moyen de se faire beaucoup d'amis ; ce n'est pas le moyen d'enrichir nos musées. La Victoire, de Crauk, une œuvre de grand talent, et patriotique pardessus le marché, restera pour compte à l'artiste. Il en demandait 25 000 francs, et on lui en offrait 15 000, juste le prix que sa statue lui a coûté. E n principe j'aimerais mieux que l'État laissât aux particuliers le soin d'encourager les artistes. Mais du moment où il s'en mêle, il doit réserver ses faveurs aux œuvres importantes, qui n'ont d'autre client que lui, et ne pas se faire des pacotilles de médiocrités, qui changent la maison de l'Empereur en succursale de l'hôtel Drouot.
Les poules sont couchées depuis six heures, les Bretons depuis neuf; il en est dix : Bonsoir, lecteur 1
Si tu dors bien cette nuit, j'en serai peut-être la cause. Quant à moi, je suis sûr d'avoir gagné à ton service une infirmité temporaire qui me retiendra au lit jusqu'à demain matin.
CjQ^Q^