DISCOURS DE RENTRÉE
Saveme (Bas-Rhin).
Si j'avais l'honneur d'être magistrat, je me croirais obligé d'écrire cet article en phrases de dixsept à dix-huit lignes : c'est un usage qui a force de loi. Je ne le critique point; il paraît même assez logique qu'un orateur en robe exprime sa pensée par des phrases à queue. Mais un bonhomme de journaliste, en veste ronde et en pantouffles (sans parler des sabots qui sont là-bas, derrière la porte), a le droit de causer en langage familier, surtout lorsqu'il se trouve dans une intimité de cent mille vieux amis.
Expliquons-nous sur l'amitié. Je serais un grand sot si je croyais avoir des droits à la vôtre. C'est vous, fidèles abonnés ou lecteurs assidus de l'Opinion nationale, qui avez droit à la mienne, et vous saurez pourquoi, si vous me suivez jusqu'au bout.
Il importe assez peu que j'aie écrit à cette même place la matière de deux volumes in-18. Pour quelques bonnes vérités que vous aurez lues avec plaisir, j'ai dit probablement une foule de choses qui vous ont déplu. On est homme, et par conséquent sujet à l'erreur; on va trop loin ou pas assez, selon la poussée des circonstances et les dispositions actuelles de l'esprit.
On apprécie les faits, on juge les personnes avec une rigueur qui ressemble à la haine, ou avec une indulgence qui frise la complicité. Et l'on se fait ainsi de mauvaises affaires, soit avec les particuliers, soit même avec des fractions notables du public. Ces petils accidents, inévitables, hélas! dans la carrière d'un journaliste, améliorent leur homme au bout de quelques années.
Avez-vous un jardin? avez-vous un fruitier? Vous avez remarqué que les fruits bien meurtris par une grosse chute mûrissent toujours les premiers. Ils se gâtent quelquefois, mais ils n'en savent rien; c'est le consommateur qui juge. Vous saurez, dans six mois, si l'expérience m'a gâté ou mûri.
L'amitié que j'ai pour vous, mes chers lecteurs , s'explique par un proverbe latin : <i Vouloir les mêmes choses et ne pas vouloir les mêmes choses, voilàlavéritableetsolideamitié. «Sijessayaisd'énuuiérer toutes les chosesque vous voulez, etmoi aussi, toutes les choses dont vous ne voulez pas, ni nio=
non plus, vous seriez étonnés de voir (oui 'ce qui nous manque et tout ce que nous avons en trop.
Les peuples ont deux méthodes pour obtenir ce qu'ils désirent et se défaire de ce qui les 'gène. La première, qui fut longtemps la seule, a fourni plusieurs volumes à l'histoire. Elle consiste à délibérer secrètement dans les caves, à sortir en armes un matin, à tuer beaucoup de soldats et un petit nombre de curieux, à piller des palais, lacérer des tableaux, briser des glaces, brûler des fauteuils, allumer des lampions, casser des réverbères, planter des peupliers, crier dans les clubs et chanter dans les rues; après quoi, l'on choisit ou l'on accepte un gouvernement neuf qui promet tout ce qu'on veut, ne fait rien de ce qu'il a promis et périt à son tour dans une insurrection destructive et sanglante.
L'autre méthode, qui est la bonne, mais qui était malheureusement impraticable avant le suffrage universel, la voici : Un homme honnête, instruit et brave, connaissant par lui-même et par ses amis ce qui manque à la nation et ce qu'elle a de trop, met son talent, son cœur et sa fortune sur une feuille de papier. Il entreprend, avec une douzaine de compagnons dévoués, de réclamer au jour le jour les réformes que le peuple désire, et de faire en détail, sans effusion de sang ni bouleversement de la chose publique, la grande œuvre poursuivie et manquée par les insurrection^. S'il est à la hauteur du rôle
qu'il s'est choisi, s'il lit à livre ouvert dans l'opinion publique, s'il exprime avec force et clarté ce que les citoyens sentent vaguement au fond de leur conscience, il réunit bientôt autour de lui une association puissante.
Son journal, machine onéreuse qu'il n'aurait pu alimenter trois mois à lui seul, est défrayé par l'abonnement du riche et l'obole quotidienne du pauvre. Ses idées, empruntées au fonds commun, mais frappées à l'empreinte de son esprit, circulent dans la foule ; ses arguments, répétés par cent mille bouches intelligentes, arrivent à l'oreille des gouvernem.ents les plus sourds. De la rue aux ateliers, des ateliers aux boutiques, des boutiques aux salons, sa parole va jusqu'aux palais, et s'impose.
Le suffrage universel , ce grand ressort de la société moderne, transforme ses conseils en lois et lui-même en législateur. Voilà le phénomène admirable et bienfaisant qui s'est produit plusieurs fois à Paris dans ces dernières années. En dépit de toutes les lois qui entravent la liberté d'écrire, la pensée comprimée emporte la société française vers le progrès, comme un peu de vapeur serrée •lans un cylindre emporte les voyageurs vers leur but.
Le journal que vous lisez en ce moment n'est pas le seul, grâce à Dieu, qui travaille k nous faire des révolutions pacitiques. J'en connais plusieurs autres
à Paris et dans les départements qui expriment, avec des mérites et des succès inégaux, l'opinion du peuple français. Un jour viendra sans doute où la presse, organe des sentiments publics et conseillère du suffrage universel, sera comptée parmi les grands pouvoirs de l'État.
Emile de Girardin, mon très-éminent et trèsparadoxal ami, a beau prêcher sur les toits l'impuissance du journalisme : sa fortune politique et financière, le crédit qu'il sait donner par son talent aux erreurs les plus énormes et aux iniquités les plus criantes, réfute sa théorie et plaide éloquemment contre lui.
Mais soyez bien persuadés que ni l'éloquence, ni l'esprit, ni le savoir d'un homme ne suffiraient jamais à fonder un journal si le public n'y apportait une généreuse et intelligente collaboration.
Personne plus que moi ne rend justice aux talents politiques et littéraires et à la haute probité de l'homme qui a fondé l'Opinion nationale, mais j'affirme que sans vous, abonnés de Paris, souscripteurs de la province, simple acheteurs du boulevard et des gares, il n'aurait rien fondé du tout. Une voix sans écho est une voix perdue dans le désert ; la sympathie d'un grand public répercute la moindre parole et la renvoie de proche en proche jusqu'aux dernières limites du monde.
On me dira que le mensonge et l'injustice recru-
tent des adhérents ici-bas comme le droit et la vérité; j'en conviens. Il n'est pas d'opinion si fausse et si monstrueuse qu'elle ne puisse rencontrer un public, ou le créer. On fonderait demain, dans l'av-enue Marbeuf, un journal d'opposition contre les lois les plus sacrées de la nature, il aurait bientôt des complices, et même de très-riches et de fort bien placés.
C'est une raison de plus pour que les publicistes dévoués au progrès remercient cordialement leurs complices dans le bien, ces myriades de collaborateurs anonymes qui ont aidé le journal de leurs deniers, de leur assentiment, de leur vote.
L'idée mère de ce journal, comprise et adoptée presque immédiatement par un public d'élite, peut se résumer en deux mots : Démocratie constitutionnelle. La rédacteur en chef, avec une remarquable fermeté d'esprit, s'est maintenu six ans dans son programme. Ni les égarements les plus visibles de la politiquefrançaise, ni les taquineries les plus agaçantes de l'administration n'ont pu le jeter hors des gonds.
V Opinion nationale ne fera jamais cause commune avec ceux qui méditent un bouleversement social. Elle ne songe point à renverser ce qui existe en France par la volonté à peu près unanime du peuple ; mais elle ne cessera jamais de réclamer tous les progrès compatibles avec la Constitution régnante. En un mot, elle poursuit patiemment une
CAUSERIES. 18h
révolution de délail qui peut seule écarter les révolutions d'ensemble.
Nous sommes intimement convaincus que les secousses violentes, suivies d'inévitables réactions, ne sont bonnes qu'à pousser les peuples en arrière. La civilisation doit marcher comme la tortue de la Fontaine, pas à pas, sans un temps d'arrêt, et le yeux fixés sur le but.
Notre but est un peu loin, un peut haut, je l'avoue. Mais nous avons de bonnes jambes et le souffle ne nous manque pas. Nous rêvons la grandeur, la liberté et la prospérité de la France.
On nous a reproché quelquefois d'attacher moins d'importance aux choses du dedans qu'à la politique extérieure. C'est que la France n'est qu'un membre du grand corps européen, et que les maladies dont elle souffre ne sont pas purement locales. Croyez 'VOUS qu'en attaquant avec persistance, durant un espace de six années, l'occupation de Rome et le pouvoir temporel du pape, nous n'ayons travaillé que pour les Italiens? N'est-il pas évident qu'un simple ordre du jour affiché dans nos casernes de Rome peut abattre ou relever la liberté de conscience dans notre propre pays?
Lorsque nous soutenons le grand peuple italien contre l'oppression autrichienne, la Pologne contre les Russes, le Danemark contre les Allemands, nous défendons l'indépendance des nationalités, qui nous
intéresse un peu nous-mêmes; nous défendons le droit qui est une denrée française autant que polonaise, italienne ou danoise. Les généreuses argumentations de Guéroult, de Bonneau et de Labbé, sont aussi nationales que si elles traitaient de la Normandie ou de l'Auvergne; et la preuve, c'est qu'elles rencontrent un écho sympathique dans tous les cœurs honnêtes de la nation.
Rétablir tous les peuples dans leur droit, c'est l'unique moyen de pacifier l'Europe , et l'Europe pacifiée, c'est l'abolition des armées permanentes et notre budget réduit d'un bon quart. Nous n'hésitons jamais à conseiller la guerre lorsqu'il nous semble évident qu'une campagne faite à propos avancerait la réorganisation de l'Europe ; nous blâmons de tout notre pouvoir les guerres d'aventure où Ton prodigue le sang de nos soldats et les ressources de notre budget avec plus de gloriole que de profit pour la France.
Mais est-on dans le vrai, lorsqu'on nous accuse de plaindre les opprimés du dehors sans jeter les yeux sur nous-mêmes? Nous défendons depuis six ans la liberté des élections, cette arche sainte des Etats démocratiques. Il n'est pas un de nous qui n'ait plaidé vingt fois en faveur de la liberté de conscience, sans parler de notre excellent Sauvestre, qui a fait son lit sur la brèche pour qu'on l'y trouve nuit et jour. Les progrès de l'instruction publique
ont, dans le même Sauvestre, un avocat énergique, infatigable, j'allais dire religieux. Enseignement gratuit dans les écoles primaires, instruction professionnelle, éducation des filles, amélioration des jeunes âmes perverties, tout est de son domaine, et il faut lui rendre cette justice qu'il suffît à tout.
Il est presque inutile de dire que nous avons toujours réclamé la liberté de la presse : nous y sommes trop naturellement intéressés. Mais au lieu de nous enfermer sur ce point dans la déclamation stérile, nous avons tous prêché d'exemple et poussé des pointes hardies jusqu'aux plus extrêmes limites oii l'on rencontre la loi. On nous a vu tâter le fer chaud et même nous brûler les doigts de temps à autre ; les procès ne nous ont pas manqué, ni les avertissements non plus, et si le journal vil encore, c'est qu'un gouvernement sensé jusque dans ses erreurs ménageait le public nombreux et respectable qui s'est groupé autour de nous.
Les libertés municipales, si légitimement désirées par la presque totalité du peuple français, ont trouvé ici des avocats hors ligne. La ville de Paris est livrée, depuis un siècle de douze ans, à l'arbitraire d'un préfet très-capable et très-hardi, mais terrible aux intérêts privés. Nous le suivons pas à pas, nous l'attaquons corps à corps, notre existence n'est qu'une longue discussion avec lui; nous épluchons ses budgets, nous contrôlons ses affaires, il
nous rend plus de comptes qu'à la commission mu nicipale,et si l'on réunissait tous les Communiques dont il nous gratifie, on s'apercevrait peut-être qu'il est le plus fécond de nos rédacteurs.
Le feuilleton dramatique où mon ami Sarcey entrait timidement en 1859, et qu'il occupe aujourd'hui avec l'autorité d'un maîlre , n'est pas un simple compte-rendu des comédies et des vaudevilles. C'est une petite tribune fort solide et même assez élevée. Il en tombe des vérités, dru comme grêle, et ma foi ! gare dessous.
Sarcey, à ses débuts, s'est procuré la plus belle collection d'ennemis qui ait jamais aboyé autour d'un honnête homme. Personne ne le discute plus aujourd'hui; sa parole fait foi en matière de bon droit, comme dans les questions de bon goût. C'est qu'à l'autorilé personnelle de l'écrivain vous avez ajouté l'appui de votre assentiment, vous public, qui êtes le maître.
Dans la critique musicale, un écrivain de grand cœur, notre ami Azevedo, soutient obstinément toutes les bonnes causes. C'est lui qui a prêché la liberté des théâtres jusqu'au jour où le gouvernement s'est laissé convaincre. Voilà tantôt six ans qu'il plaide pour les jeunes compositeurs étoufïés, et pour la méthode Chevé qui, grâce à Dieu et grâce à lui, ne sera plus étouffée par personne. Dans la critique d'art, nous avons tous et toujours soutenu
les artistes contre la toute-puissance des administrateurs, réclamé et obtenu les expositions annuelles, défendu et sauvé les pauvres refusés qui n'avaient pas même le droit de montrer leurs croûtes en public. L'Opinion nationale est un des rares journaux où les ignorants peuvent lire avec fruit les articles de science. Victor Meunier jette une telle lumière sur les questions les plus difficiles qu'elles vous entrent pour ainsi dire dans les yeux. Mais c'est là son moindre mérite, et si vous l'avez suivi depuis quelques mois dans sa belle campagne contre l'Académie, vous avez vu les plus hautes vérités et les plus grands intérêts de la pensée humaine défendus avec autant de modération que de courage.
Pendant un mois ou deux, VOpinion nationale a été le moniteur de .MM. Pouchet. Musset et Joly, comme elle avait été le moniteur de l'école Galin- Paris-Chevé, et le moniteur de Garibaldi en Sicile et le moniteur des fédéraux américains contre l'esclavage, comme elle a été et sera toujours le moniteur du juste, de l'honnête et du vrai.
M. Barrai n'est pas seulement un professeur d'agricullure. C'est avant tout un soldat du progrès, un ouvrier du bien, un esclave volontaire de la prospérité publique. Que pensez-vous d'un savant qui va lui-même acheter du pain bis au kilogramme chez tous les boulangers de Paris, l'un après l'autre? Ou c'est un maniaque, ou c'est un homme
terriblement dévoué à quelque mystérieuse affaire.
L'affaire en question, c'était la nourriture du peuple. M. Barrai avait à cœur de bien prouver que les pauvres de Paris étaient volés sur le poids et sur la qualité de leur aliment principal, que le monopole de la boulangerie pesait sur un million d'estomacs, et qu'il fallait nous donner la boulangerie libre. Nous l'avons.
Obtiendrons-nous aussi la liberté financière ? le monopole de la Banque de France, si onéreux au commerce général, si insolemment lucratif pour quelques actionnaires, tombera-t-il un jour au bruit des applaudissements? Si cette révolution ne se fait pas, l'Opinion nationale et M. Ducuing pourront s'en laver les mains. L'homme et le journal auront fait tout leur possible. C'est encore un rude combattant que ce M. Ducuing. Il voit les finances de très-haut, et il voit juste. Son éducation s'est aite à cette grande école qui a produit Michel Chevalier, le Père Enfantin, les Péreire et tous les maires financiers de ce temps-ci. D'aucuns ont profité de ce qu'ils savaient pour faire de belles fortunes. Quant à lui, je le crois uniquement préoccupé de soulager les misères d'autrui. Manie assez rare, mais respectable, en somme.
La liberté des coalitions nous doit aussi quelques actions de grâces. Quand je dis nous, ce n'est pas pour empocher ma part des mérites d'autrui.X'est
qu'on croit être de inoilié dans les bonnes actions d'un journal dès qu'on y a travaillé avec plaisir, au milieu de quelques amis, et en parfaite conformité d'idées avec tout le monde.
Malgré les travaux, les voyages, les plaisirs et les peines qui m'ont tenu longtemps écarté de l'Opinion nationale, j'ai toujours gardé l'habitude de la lire comme Tnon journal, et lorsque j'y rencontrais un article remarquable, qu'il fût de Guéroult ou de Sauvestre, de Malespine ou de Labbé, je me frottais les mains avec une satisfaction toute personnelle, comme s'il y avait eu là dedans quelque chose de moi.
Notez que je connais à peine la moitié des rédacteurs, et, parmi ceux que je connais, il y en a que j'ai vus une ou deux fois, mais n'importe. Eadein velle, eadem nolle.... C'est le proverbe latin que je citais en commençant.
Je disais donc que notre campagne en faveur de la liberté des coalitions a établi une sorte d'intimité entre Y Opinion nationale et les ouvriers de Paris. Nous avens été leur moniteur, et cela dure encore, et cela pourra durer longtemps, au grand profit de tout le monde. Autant je trouve basse et bête la flatterie qui va du savant à l'ignorant, de l'habit à la blouse, autant je suis heureux de voir des relations cordiales s'établir entre ceux qui savent et ceux qui veulent savoir.
Les ouvriers de Paris , qui ne portent p us de blouse qu'à l'atelier et qui lisent le soir en rentrant dans leur famille, sont un des plus précieux éléments de la civilisation française. Ils ont le cœur chaud et l'esprit gai, deux qualités qu'on ne rencontre point à chaque pas dans les couches supérieures. Malheureusement, ils sont encore presque tous dans l'ignorance des choses qui les touchent de plus près. A qui la faute?
Ce n'est pas à eux, ni à nous; mais on pourrait remédier à cela, si tout le monde y mettait du sien. Les écoles du soir, les conférences, les cours, les bibliothèques et le journal qu'on achète en rentrant : voilà déjà quelques ressources. Les ouvriers anglais ont tout cela et bien autre chose encore. On a écrit pour eux non-seulement des volumes, mais des bibliothèques entières. Je reviendrai sur ce point dans quelque causerie, et je vous conterai la demande très-noble et très-originale que m'adressait il y a trois ans un ouvrier de Paris.
Mais je m'étais promis de tracer aujourd'hui une sorte de programme, ne fût-ce que pour me diriger moi-même dans mes causeries à venir. Le plaisir de me retrouver dans une maison amie, au milieu de collaborateurs sympathiques, m'a fait oublier cette sage résolution. Je m'aperçois trop tard que la place me manquerait, à moins d'écourtermaliste. Décidément, au lieu de vous annoncer ce que je
compte écrire ici, je vous dirai tout simplement ce que je compte n'y pas écrire.
Je serais fort mal placé pour vous conter chaque semaine les nouvelles des salons, les plaisanteries du boulevard et les bavardages des clubs. Le petit bruit de ces événements-là n'arrive pas jusqu'à mon village. Je crois d'ailleurs que la plupart de mes lecteurs ne s'y intéressent guère plus que moi.
Ne craignez pas cependant que je vous entretienne de l'Alsace et du petit monde tranquille qui se promène autour du clocher de Saverne. On n'est pas devenu si villageois que cela. On reçoit les journaux, on communique avec la France ; on lit tous les matins avant huit heures les nouvelles que vous avez reçues la veille au soir.
Il me serait facile de prendre un thème au hasard dans les événements de la semaine et d'y broder quelques variations légères à votre usage. Mais c'est une gymnastique un peu folle pour un esprit qui commence à se rasseoir. Je voudrais sans vous trop ennuyer, vous dire des choses très-utiles et tout à fait raisonnables. L'entreprise est délicate ; cependant j'essayerai. A huitaine.