‹ Causeries et méditations historiques et littéraires (volume 2)Chapitre 2 sur 15 · IL 4*S · texte numérisé non relu

IL 4*S

igo VIE

Funité : ils ont découvert un certain jour^ en U* sant une certaine églogue, que toutes ces appella* tions s'appliquent à une seule et même personne. Cela est possible ; cependant ils auraient été^ suivant moi 9 plus près de la vé^ité^ s'ils avaient dit que la plupart de ces pièces ont été composées soit dans les derniers temps de son séjour à Goimbre, soit à son arrivée à Lisbonne, avant qu'il eût fait la ren« contre de celle qui a été, depuis, l'occupation et la pensée unique de toute sa vie ; et même encore £siut-il avouer que, pendant et après ce long et malheureux attachement, il lui est arrivé de se jeter, comme nous le verrons, dans des distractions bien singulières. Lui '^ même, d'ailleurs , confesse de bonne grâce l'inconstance de ses premières liaisons : « Au temps, dit-il, où j'avais l'habitude de vivre d'amour, je n'étais pas toujours attaché à la rame ; mais, tantôt libre et tantôt esclave, je changeais de flammes et je brûlais diversement (i). » Au reste, Camoens a tant aimé, il a si bi^ et si longtemps célébré celle qu'il préSén^ que, s41 eût vécu au temps des cours d'amour, il n'aurait pu manquer d'être absous par elles.

On croit que ce fut un vendredi saint, et dans une église, comm«i Pétrarque, qu'il devint amoureux. Lope de Vega, qui ne nomme jamais Camoens que Fexcellenty qui dédia à sa mémoire la

(1) Voy. lesonnotviK

DE CAMOEirs. ^gi

comédie Del marido mcLS firmCy et qui, au dire de Faria e Souza, dont il était Tami, rafraîchissait souç vent sa pensée par la lecture de ce grand poète, appuie cette tradition, fondée sur les soixante-etdix-septième et cent-vingt-troisième sonnets de Ca* moens (i). Faria e Souza, en rapprochant cette pièce d'un passage de la septième cançsto, a été jus*qu'à vouloir prouver aâtronomiquement (a) que là première entrevue d^ Gamoens et de sa maîtresse eut lieu le ii avril i54^, ce qui supposerait un amour bien précoce , car notre poète était encore au collège. Plus tard, dans une note de Cintra^ Manoel de Faria e Souza se contente d'assurer que la rencontre eut lieu dans Téglise dos Chagas (l'église des plaies du Christ), à Lisbonne. Quant à moi, j'ai grand' peur que le sonnet Lnvii ne soit

(4) Lope d« Yega a dit dans le jLovrel dfo ilpo/o :

Bl cnlto eelestial w celebrava Del ttàyor Vicraes ea U igtesia pia^ Qaando por Lanra Franco se encendia, Y liso Y^r Natercia wé inflama^a.

Uso et Natercia sent les anagrammes imparfuCes de Luiz et de Gatarina. — Lope de Vega, dans un éloge en prose de Faria e Sott2a qu'A composa comnM il $e mourait, et qui est imprimé devant le eommentaire des LiMMKfet (édit. de 4 639), a dit que, comme Gàmoens était le prinoe des poètes» Faria e Souza était le prinee des commentateurs. Il est permis de croire que, par cette hyperboie, Lope de Vega quêtait de Faria un cosmleiitaire poui* lui-4iiême.

(2) Ifo touro intrava, ete., çanç^o vu.

tout simplement une traduction des fameux vers de Pétrarque :

Era 'I giorno ch' al sol si scoloraro....

ce que je crois d'autant plus, que, parmi les sonnets de Camoens, plusieurs ne sont que des traductions du poète italien (i).

Il nous serait plus aisé de peindre la maîtresse de notre poète que de dire son nom. Gamoens a tracé bien des portraits d'elle (a) , et il ne l'a jamais nommée. Pedro de Mariz nous apprend seulement qu'elle était dame du palais et qu'elle mourut fort jeune. Fariae Souza s'est signalé dans la recherche de son nom. Les nombreuses variations de cet écrivain sur ce sujet attestent au moins sa bonne foi . Il pensa d'abord , d'après l'autorité de Joâo Pinto Ribeiro^ un des précédents éditeurs des rimas ^ que cette dame était Dona Catarina de Almeyda, parente de Camoens (3). Plus tard, il crut découvrir que ce fut Dona Catarina de Atayde, fille de Dom Antonio de Atayde, favori de Dom Jean III (4), et cette opinion a prévalu. Ceux qui y ajoutent une foi entière

(4) Entre autres , les beaux sonnets xxxix et ci. — Le sonnet cxxv est traduit de Garcilasso.

(2) Voyez, entre autres , les cancôes 4", 3«, 5« et 12", Tode 2«, l'élégie ^ et les sonnets xxxv et cxxxviii. — La vérité nous oblige à confesser que plusieurs de ces portraits diff^ent notablement les uns des autres.

(3) Yoy. LusiadaSy Vida del poeta , Q ix.

(4) Voy. Rimas varias, Vida del poeta, § xin. ^

DE CAKOKNS. ag3

ne savent probablement pas que , dans les notes 7 et 9 de Cintra, Faria e Souza est venu à penser que ce pourrait bien avoir été une certaine Isabel^ souvent chantée par Camoens sous l'anagramme de Belùa.

On voit que ce mystère est impénétrable. Pour moi , je trouve qu'il y a dans ce secret, si bien gardé et qui défie toutes les recherches , quelque chose de délicat et de pudique qu'il faut respecter. Je n'imiterai donc point l'indiscrète curiosité de mes devanciers ; je ne chercherai pas à percer le mystère dont le poète a si convenablement, à mon avis, voilé le nom de sa Beatrix; j'appellerai tout simplement cette belle inconnue celle quHl aima.

Les poésies de Camoens qui se rapportent à ces premiers temps d'amour, sont pleines de passion et de délire. En voici un échantillon :

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