‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 10 sur 109 · A PARIS · texte numérisé non relu

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bateleur, ce barbare, ce maître Gilles, ce misérable auteur de Jules César et diOthelh. Puis, le grand critique (ce n'est pas de Voltaire que nous parlons), partant de la supposition fausse , accréditée par la tragédie de Ducis, qu'Hamlet, cet écolier métaphysicien de Wittemberg , véritable type de l'étudiant des universités d'Allemagne, est évidemment UB Oreste , critiquait vigoureusement les deux derniers actes de la pièce anglaise , qui donnent un démenti à cette assertion , et qui complètent si bien la peinture d'un jeune métaphysicien alle«* mand, chez lequel l'intelligence et le sentiment sont extrêmement développés et la puissance d'action presque nulle ; ce qui est encore aujourd'hui le caractère de la jeunesse allemande et de celle des autres nations qui se piquent de l'imiter. Enfin, le champion classique ne défendait sa thèse que par des arguments ruinés depuis vingt ans. Il faisait, cependant, au génie de Shakspeare et à la dureté des temps quelques concessions bénévoles : il louait, par exemple, comme d'un grand efiet moral (notez le mot) , l'apparition de l'ombre. Dans quelques groupes shakspeàriens , au contraire , on remarquait comme ayaiiit été froides et monotones les firéquentes entrées et surtout la longue narration du spectre. Le jeu de Remble à ta vue du fantôme est, sans ddute, admirable, d'abord au prtjnïier acte , quand il reçoit ses tragiques confidences , pyis au quatrième , quand le spectre vient se pla-

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cer entre sa mère et lui. Nous aurions compris , cependant y que Ton eut contesté, dans ces deux scènes j la supériorité de Shakspeare et de Kemble. Les paroles que Talma adressait à l'ombre invisible, ses yeux, son geste , son accent , la rendaient vraiment présente, et la pantomime si expressive de Kemble, qui suit avec une terreur si pieuse le fantome paternel et tombe sans connaissance à ses pieds, ne produit peut-être pas plus d'effet que Talma , aidé du seul prestige de sa voix et de son geste. C'est donc le seul point peut*être où l'infé-* riorité de notre système ne soit pas absolument évidente que r Aristarque bien avisé prenait pour sujet de ses éloges. Jtisum teneatis.

D'un autre côté, un groupe enthousiaste, avec grande raison, du talent , de la beauté et de la jeunesse de miss Smithson , décriait sans aucune justice le jeu de mademoiselle Mars dans Emiîia. Il est vrai que les émotions produites dans cette pièce par notre grande actrice sont loin d'être aussi déchirantes , aussi gracieuses, aussi poétiques que celles que cause la jeune et élégante Ophélia. Mais que conclure de là? que mademoiselle Mars manque de poésie et. de grandiose ? Il serait plus équitable de rappeler que , malgré son mérite, M. Soumet n'est pas Shakspeare , et que tout paraUèle est impossible entre deux actrices , à moins de les voir dans les mêmes rôles, ou du moins dans des rôles d'un mérite et d'un effet égal.

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