‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 100 sur 109 · DE L AFRIQUE OCCIDENTALE · texte numérisé non relu

DE L AFRIQUE OCCIDENTALE

même temps , l'infant Dom Pèdre , régent du royamne^ accordait à son frère le quint de toutes les prises qui seraient faites sur la côte occidentale d'Afrique , défendant à qui que ce fut de naviguer dans ces mers, sans l'autorisation expresse de Dom Henri.

Dès lors, c'est-à-dire depuis i^^i jla. cupidité des négociants et des armateurs , tant étrangère que nationaux, venant en aide aux généreux projets de rinfant, les autorisations d'aller chercher fortune dans ces terres nouvelles se multiplièrent et ame* nèrent, en peu d'années, la découverte et la prise de possession du cap Vert, de la Gambie, et même de la Guinée jusqu'au delà de l'équateur. Desso^ ciétés commerciales se formèrent , sous la protection des caravelles de l'ordre de Christ , pour l'exploitation de ces parages, d'où Ton étaitsùr de rapporter delà poudre d'or, des peaux de loup marin , des dents d'éléphant , des œufs d'autruche (i), et malheureusement aussi des nègres, la plus déplorable etia plus lucrative des denrées fournies par la côte d'Afrique. Aussi bientôt, au lieu de la petite barque de Gil Eannes et du barinel d' Alfonse Gonçalvez, vit-on voguer vers ces contréesdes flottes desix, de quatorze et même de cinquante et une caravelles.

(4) Azarara nous ai>preiid qu'on servit un jour des œufs d^autruche sur la table de rinCant, et qu'ils étaient aussi bons et aussi frais que s*ils venaient d'être pondus dans sa besae^our. {Chron. de Gwnéy cap. xvi, p. 9^.)

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Je voudrais pouvoir raconter dans leur ordre, et d'après notre chroniqueur, toute cette intéressante série d'expéditions, avec leurs minutieux incidents; mais l'espace me manquerait.; et, d'ailleurs, ces récits^ dépouillés de l'originalité naïve dont les embellit le narrateur, risqueraient de paraître bien mo: notones. Ce serait toujours ime poignée de Portu«* gais intrépides et bien armés, qui emploient toutes les ruses usitées par les chasseurs pour surprendre et saisir le plus grand nombre possible de sauva* ges. On verrait toujours quelques Européens assaillir des troupeaux d'hommes nus et à peine armés (i) , au cri de Saint Jacques! Saint George! Portugal ! On vei'rait toujours de pauvres nègres , frappés de surprise à lavue des navires portugais, prenant tantôt les barques à rames pour de gros poissons à grandes nageoires, tantôt les caravelles pour des oiseaux monstrueux ou d'énormes cétacés (a). On verrait ces malheureux n'échapper, la plupart du temps , à leurs agresseurs , que grâce à

(4 ) Les sauvages surpris par les Portugais n'avaient guère à leur opposer que leurs petites lances ou zagales ; mais ils étaient mieux armés quand ils avaient le temps de se préparer au combat. Leurs armes offensives étaient alors des flèchesempoisoDnées; leurs armes défensives, des boucliers faits d'oreilles d*éléphant. Yoy. Chron. de Gainé, cap. lx, p. 281 .

(%) Les Portugais tombèrent eux-mêmes dans une erremràpeu près semblable. Ayant vu, à une certaine distance, un radeau chargé de nègres qui se servaient de leurs jambes comme de rames, ib les prirent de loin pour des oiseaux. Ibid.^ cap. xvii, p. 104.

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la légèreté de leur course et à leur nudité , qui n'offrait que peu de prise (i). On verrait , enfin , avec compassion, la sollicitude de ces nègres pour leurs enfants , que , dans leur trouble , ils cachaient quelquefois sous des plantes marines , espérant les dérober ainsi aux mains de leurs impi* toyables ravisseurs (2). Mais, quoique la résistance opposée par ces pauvres gens fut presque toujours assez feible et ordinairement impuissante, Azurara décrit, cependant, une rencontre où tout l'avantage de la lutte est du côté d'un Guinéen , espèce de Samson ou d'Hercule sauvage. Cette circonstance nous a paru assez curieuse et assez rare pour nous engager à traduire en partie ce singuUer épisode. L'auteur , après avoir raconté l'arrivée d'un navire portugais à l'embouchure du Sénégal, que l'on prenait alors généralement pour le Nil (3), nous montre huit hommes de l'équipage faisant, sous la conduite d'Etienne Alfonse, une reconnaissance dans le pays , et trouvant à la porte d'une cabane, un jeune nègre et une petite négresse, qu'ils enlèvent. Puis il continue comme il suit :

(4 ) La coutume des femmes était â*ayoir la tête et le visage soigneusement couverts d'une mantille et le corps nu , mais orné de bijoux et d'anneaux. Yoy. cap. lxxvi, p. 363.

(2) Voy. cap. xix, p. 141 .

(3) Pour la confusion du Niger et du Nil , voyez surtout le chapitre Lxi, p. 993. Âzurara , comme tous les cosmographes du moyen âge, croyait que la Guinée confinait à l'Egypte. Voy. cap. xxxi , p. 460.

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