‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 99 sur 109 · DÉCOUVERTE DES COTES · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DES COTES

cette distance, ils aperçurent enfin dix-neuf Maures, armés de petites lances appelées zagaies. Pleins d*ardeur, ils s'élancent au milieu de cette troupe, et, quoiqu'un des jeunes gens eût été blessé au pied dès le commencement de l'action, ils ne songèrent à la retraite que quand ils virent la nuit prés de venir. Sur leur rapport, Alfonse Gonçalvez, espérant faire quelques captures et satisfaire ainsi au désir de son seigneur, remonta le fleuve jusqu'à l'endroit où l'engagement avait eu lieu; mais il ne trouva aucun des combattants de la veille^ et dut se contenter de tuer sur le rivage un très-grand nombrede loups marins, dontil fit transporter les peaux sur les navires. Cependant, voulant, à défaut de prises, faire au moins quelques découvertes, il descendit jusqu'à une anse où l'on remarquait un rocher, dont la forme fit donner à ce lieu le nom de port de la Galère. Là, ils aperçurent des filets tendus par des pécheurs; mais ils ne purent voir ni prendre aucun homme.

Pendant les quatre années qui suivirent , c'est-àdire de 1437 à i44o, l'infant Dom Henri fut dé* tourné de ses projets de découvertes par la funeste expédition de Tanger, à laquelle il prit une part si glorieuse, puis par la mort du roi son frère, Dom Edouard , et surtout par les dissensions qui troublèrent la minorité de son neveu, Alfonse Y. Durant le cours de ces quatre années , Dom Henri envoya sur la côte occidentale d'Afrique deux seuls

DE l' AFRIQUE OCGIDEIfTALK. ^g\

vaisseaux , qui ne rapportèrent de ces contnées que des peaux de loup marin.

Ce n'est qu'en i44i queTlnSsuit devait, suivant la belle expression d'Âzurara , recueillir les pre* miers fruits de ses laborieuses semences. Malgré les malheurs récents du royaume et les murmures qu'excitaient tant de dépenses , jusque-là sans résultat j rin£Emt crut devoir équiper un petit navire, dont il confia le commandement à un gentil homme de sa chambre, Antoine Gonçalvez, à qui il ne donna d'autre ordre officiel que de rapporter de l'huile et des peaux de loup marin. Mais la jeunesse et le rang de cet officier font supposer à notre auteur qu'Antoine Gonçalvez pouvait bien avoir reçu de Dom Henri d'autres instructions confidentielles. £ii etfet , dès qu'il eut rempli les intentions ostensibles de l'Infant, il assembla son équipage , composé de vingt et une personnes , et les exhorta k tenter quelque chose au»delà de leur mission , et surtout à tâcher de ramener k leur seigneur quelques capti&. Antoine Gonçalvez n'eut pas, comme on peut le croire , beaucoup de peine à décider ses compagnons. Neuf d'entre eux furent débarqués sur le rivage et se mirent à parcourir le pays. Après une course longue et pénible , ils aperçurent enfin des pas d'hommes, et ils évaluèrent cette troupe à quarante ou cinquante personnes; mais , se trouvant épuisés par la marche , par la chaleur et par le manque d'eau, ils crurent, après avoir

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tenu conseil , devoir regagner le navire. Par bonheur y ils rencontrèrent j chemin Êdsant, un nègre qui conduisait un chameau , et une négresse isolée y et les firent prisonniers sans coup férir.

Cependant j peu après le départ d'Antoine Gonçalvez y l'Infant avait fait partir de Lagos une caravelle y petit bâtiment portant ordinairement deux voiles latines (i). Il avait confié le commandement de ce navire à un jeune chevalier , élevé dans son palais et nommé Nuno Tristam , et lui avait donné pour instruction expresse de dépasser leport de la Galère le plus qu'il pourrait et de faire des prisonniers de quelque manière que ce fut. Cette seconde expédition arriva justement au mouillage où se trouvait Antoine Gonçalvez et les deux captife. Nuno Tristam avait à son bord j pour lui servir d'interprète, un Arabe pris sur la cote de Barbarie; mais ce Maure ne comprit rien au langage des deux nègres. Cependant , Nuno Tristam ne put se décider à repartir pour le Portugal sans s'être signalé , lui aussi , par quelques prouesses. Il exposa à Antoine Gonçalvez que bien que les deux prises qu'il avait faites dussent combler l'Infant de joie , cependant il serait mieux de ramener un plus grand nombre de prisonniers , et d'aller à la recherche de la troupe dont ils avaient j la veille , aperçu les traces. Cet avis fut adopté ; on redescendit à terre ,

(4) Voy. Chron. de Guiné, ciip. xx^vi, p. 482.

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et , après s'être partagé en trois bandes , on se mit à battre le pays y comme pour une chasse. Enfin , on rencontra les nègres en nombre considérable , hommes , femmes et enfants. La petite troupe des Portugais se précipita au milieu de cette foule au cri de Portugal et saint Jacques ! La plupart des sauvages prirent la fuite. Parmi ceux qui voulurent se défendre avec leurs zagaies, trois furent tués y plusieurs furent blessés et dix faits prisonniers (i). De retour au navire , Antoine Gonçalvez^ à la demande de ses compagnons , fut armé chevalier de la main de Nuno Tristam, ce qui a fait nommer ce lieu le port du Chevalier. Puis on partagea les prises entre les deux équipages, et Antoine Gonçalvez fit voile vers le Portugal , tandis que Nuno Tristam, suivant les instructions de Dom Henri, continua sa route au-delà du port de la Galère. Sa caravelle ayant éprouvé quelques avaries, il la fit tirer à terre et réparer, dit Tauteur, aussi tranquillement qu'il aurait pu faire au milieu du port de Lisbonne; puis il reprit la mer, et ne fit voile pour le Portugal qu'après être parvenu jusqu'au cap Blanc. On se figure aisément la joie que dut éprouver Dom Henri , eu apprenant les résultats du voyage de ses deux braves officiers. Dans sa pieuse et prévoyante politique « il ne perdit pas un moment pour ^

(4) Parmi ces nègres captife il se trouva uo Maure , le seul dont l'interprète arabe pût comprendre le langage. Yoy. Chrùn, de Guiné, p. 82 et 84.

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annoncer au saint-diége (i) le^ succès qu'il venait d'obtenir et qu'il se promettait de poursuivre contre les infidèles et les idolâtres. Il demanda au pape j par Vorgane d'un ambassadeur spécial (le conseiller de la couronne, Ferdinand Lopez d'Azevedo), outre sa bénédictiort et des indulgences, la concession pour le royaume de Portugal , de toutes les terres qu'il avait découvertes sur la côte occidentale d'Afrique comme grand-maître de Tordre de Christ , et de toutes celles qu'il pourrait découvrir dans la suite, depuis le cap Bojador jusqu'aux Indes inclusivement. Cette concession, octroyée par Eugène IV (a), et qui doit nous paraître étrange, mais qui était conforme au droit public du xv* siècle, fut confirmée en i/|54, par Nicolas V (3). En

(4 ] Jean de Barros, mentionnant dans son histoire (Dec. I, Ihr. I, cap. vu) Tambassado envoyée au pape par Dom Henri en 4 444 , nomme ce ])ape, Martin V. C*est une erreur évidente. Martin Y mourut , comme on sait , le 20 février 4 434 .

(2) Cette bulle d'Eugène IV ne se trouve ni dans le Bullarwm magnum ni dans le Bullarum amplissima collecUo. Le fragment de celte pièce, traduit et cité par Âzurara (p. 90-92) , ne contient que des éloges donnés au zèle et aux vertus do Tinfant Dom Henri et des indulgences très-étendues pour lui et ses compagnons. Quant au surplus, Azurara renvoie à l'histoire générale du royaume.

(3) On peut lire ce bref dans les deux collections citées plus haut, sous la date du S janvier 4 454. La concession y est formelle; déplus , Nicolas V confirme certains privilèges antérieurement octroyés par Eugène IV et Martin V ; mais il ne relate point la concession qne , suivant une note de M. le V^ de Santarem , il aurait faite lui-même à Dom Henri et au Portugal, par un bref du S janvier 4 460.

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