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reur Hiouen-tsong , de la dynastie desThang, un des principaux promoteurs , sinon l'introducteur du théâtre en Chine (l'an 7210 de notre ère) , avait coutume d'exercer lui-même une troupe de chanteurs dramatiques dans le Jardin des poiriers, d'où est venu l'usage, qui subsiste encore , de désigner, dans les compositions élégantes , les comédiens par l'expression d^élèpes du Jardin des poiriers (i). Par suite de l'importance morale et politique que l'on attribua longtemps , en Chine , à la musique, les fondateurs des diverses dynasties chinoises ont presque tous inauguré leur avènement au trône par l'introduction dans l'empire d'une nouvelle musique et , par conséquent , d'une nouvelle espèce de drs^e.
Quelques-écrivains, entre autres Ma-touan-lin , dans l'Examen général des monuments écrits (a) , attribue à Wen-ti , fondateur de la dynastie des Souï (l'an 58 1 de notre ère) , l'introduction , non pas des ballets ni des pantomimes , usités dès les temps les plus reculés et déjà même sous le fondateur de la dynastie des Chang (1766 avant notre ère) , mais celle du drame proprement dit et , en
(4) Voy. Gonçalves , DicUonn. portugaiê^hinois, au mot Cùme-
(2) Voy. le Wnenrhiet^thùng^khao, Bect. xv, p. 4, verso. —-Un autre écrivain , Han-hiu-tsee, dit aussi que le drame commença à fleurir sous la dynastie des Soùï. Voyez la préface du Répertoire des cent pièces composées sous les empereurs mongols, p. 3, édition de la Bibliothèque de TÂrsenal.
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particulier, des pièces nommées Hi-khio. Sous cette dynastie, on appelait les jeux dramatiques i^oii^kiurhi (amusements des rues paisibles). D^ autres rapportent l'introduction du drame en Chine à l'empereur Hiouen*tsong, de la dynastie des Thang (l'an 720 de notre ère). Sous ces princes on connut les drames historiques appelés Tchhouen-khi , et on nomma les jeux scéniques LUfouert-jo (musique du Jardin des poiriers). Sous les àSong (960 à 1 1 19 de notre ère) , on perfectionna les Hi-khio , et on appela les spectacles HoorUn-hi (amusements des
forets en fleurs).^ Un de ces princes, Hoei-tsong, prit surtout une très^grande part aux perfectionnements du théâtre. Sous les Kin et les Youen, empereurs mongols ou Genghis-Khanides (11:^3 à 1878 de notre ère), on joua les Youen-pen et les Tsa-ki, Les représentations théâtrales s'appelaient alors Ching'ping'lo (joie de la paix assurée). Enfin , sous les Ming (i384 à 1 573) et sous les empereurs de la dynastie actuellement régnante , on préféra les pièces appelées Nanssé^ et l'on se jeta, peu à peu dans le goût dépravé des parades licencieuses et bouffonnes. C'est peut-être de cette époque que date l'extrême discrédit dans lequel l'art dramatique parait être tombé à la Chine , discrédit que rien , dans ce que nous avons vu jusqu'ici, n'auto« rise à supposer. Au contraire, l'introduction du drame régulier, sousT^ta dynastie des Thang ou des Souï , eut l'avantage de faire négliger les danses
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lascives des baladins, amusements proscrits par Tchhing-thang , dès l'an 1766 avant notre ère (j) , et dont le goût toujours renaissant fit blâmer Féknpereur Siouen-wang, l'an 8127 avant Jésus-Christ, et exclure des honneurs funèbres un autre empereur dont le nom n'est pas venu jusqu'à nous. Ce n'est donc pas aux pièces régulières du théâtre chinois, aux Tchhouen-Âhiy awiHi'ÂJiiOy aux Tsa- Ai, ni aux comédiens qui jouaient dans ces pièces^ que peuvent s'appliquer les jugements sévères rapportés par le P, Cibot (a), et répétés d'une manière trop générale par M. Rémusat (3). Ces invectiVes contre le théâtre , empruntées aux écrits des moralistes j ne s'adressent qu'aux jeux et aux danses des bateleurs qui ont précédé et suivi les beaux temps de l'art dramatique.
M. Morrison nous a conservé cette remarquable définition du drame sérieux chez les Chinois : « L'objet qu'on se propose dans le drame sérieux (probablement dans les Tckhouen-khi) est de présenter les plus nobles enseignements de l'histoire aux ignorants qui ne savent pas lire (4). » C'est
(4) Yoy. le P. Cibot, Mémoires concermmt les Chinais, t. VIII) p. 223. Cette proscription a fait croire que la tcagédie et la comédie existaient en Chine , non pas , il est vrai , plus de 3000 ans, comme a dit Voltaire , mais près de 2000 ans avant notre ère. On a confondu les ballets proscrits par Tchhing-Thang avec le drame parlé.
(2) Le P. Cibot , ibid.
(3) Journal des Savants, janv. 4843.
(4) Morrison, Dictionnaire anglais-chinois, au mot Drama.
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apparemment ^urse distinguer de cette classe de spectateurs , qu'à la cour de Péking , comme dans les salles à manger des principaux magistrats et des riches négociants (i), on préfère depuis longtemps aux drames instructifs des farces indécentes, qui concourent avec les marionnettes, les ombres mécaniques et les feux d'artifice , à l'amusement des convives. Ce qu'il y a de plus singulier , c'est que les représentations deviennent d'un genre plus bas et plus vulgaire , en raison inverse du rang des spectateurs. Ainsi , à la cour de Péking et en présence de l'empereur, l'ambassadeur de Russie, Tsbrandt Ides , assista, en 169a, à de vraies parades de bateleur , tandis que , sur sa route et non loin delà grande muraille, un gouverneur de ville avait fait jouer devant lui une pièce régulière (a). Néanmoins, dans les grandes villes, les spectacles destinés au peuple, c'est-à-dire les pièces jouées dans les tavernes , dans les cours d'aubei^e, et , les jours de solennités publiques , en pleine
(4 ) Les salles à manger des Chinois sont disposées comme les cUnia des anciens. On y voit ordinairement trois tables, qui ne reçoivent de convives que d'un côté ; tout le milieu de la salle reste libre pour le jeu des comédiens ou des jongleurs. On peut voir la représentation d'une de ces salles à manger dans un volume de peintures chinoises conservé au cabinet des Estampes de la Bibliothèque royale et intitulé Recueil historique des prineipauai traUs de la vie des empereurs chinoiSy t. I.
(2) M. Davis, Lao-seng-eul, traduit en français par M. Bruguièra de Sorsum, introduction , p. 4 S et 49.
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rue siir des tréteaux appelés Hi-thaî (tours pour les comédies), assez semblables aux théâtres qu'on élève en pareil cas dans nos Champs-Elysées (i), ne sont pas toujours , au rapport des voyageurs , d'une nature fort exemplaire ni fort édifiante. Ces représentations populaires ont assez souvent pour sujet des histoires de maris libertins trompés par leurs maîtresses. Ces pièces offrent, la plupart du temps , des situations si libres , et les acteurs mettent dans leur jeu tant d'action et de vérité , que la scène devient d'une indécence intolérable (^). Ce^ pendant, on n'a pas entièrement perdu l'usage des pièces historiques. Des voyageurs ont encore vu , dans ces dernières années, représenter à Canton des drames tirés des anciennes annales chinoises , qui paraissaient produire sur la foule des assistants une vive impression d'intérêt et de plaisir (3).
On a trop répété que les Chinois n'ont pas de théâtre public. H est vrai que les spectacles ne sont pas, à la Chine , quotidiens et permanents comme dans nos grandes villes. Mais on se tromperait
(h) Od peut voir la curieuse représentation de plusieurs de ces baraques chinoises ou théâtres forains dans un ouvrage que possède la Bibliothèque royale , intitulé W<m-cheo\k-c^\ng-iim, et qui contient la desci'iption figurée des fêles qui eurent lieu dans les rues de Péking à l'occasion de l'anniversaire de la naissance de Fempereur.
(2) M. de Guignes, Voyage à Péking ^ etc., t. II, p. 322-325.
(3) Voy. le capitaine Laplaco, Voyage de la Pavùriie aukmr du monde , t. II, p. 466 etsuiv.
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beaucoup si Ton croyait ne trouver dans ce vaste empire, que des tréteaux en plein vent, élevés en une couple d'heures. Il y a, dit M. Bazin, dans le nord de la C3iine « des édi&ces publics consacrés .aux exercices de la musique, du chant et de la danse, et qui, durant les jours de spectacle^ sont appropriés aux besoins des représentations dramatiques. Timkovski nous apprend même qu'il existe à Péking une rue appelée la me des Théâtres. On compte en cet endroit six théâtres situés Tun près de l'autre , où Ton joue, presque tous les jours, des drames mêlés de chant , depuis midi jusqu'au soir (i). Il est vrai que« dans les provinces dusud^ il n'y a, suivant M. Bazin , que des tréteaux élevés par souscription et temporaires. Cependant , une relation récente nous donne , d'un théâtre ainsi dressé à Canton, une idée assez favorable. Nous croyons devoir transcrire ici une partie de cette description :
a ... A Textrémité d'une avenue déserte^ nous découvrîmes un» vaste cour entourée d'échafaudages garnis de spectateurs , et au fond , sur un théâtre en plein vent comme les loges , les acteurs étaient à débiter leurs rôles; la rivière et ses innombrables bateaux formaient le dernier plan du tableau. Songer à traverser la foule qui encombrait le parterre (la cour), était chose impossible. Nous entrâmes dans une maison que nous traversâmes, après avoir payé une demi-gourde chacun, et nous arrivâmes sur un des échafaudages qui se trouvaient de plain-pied avec le premier étage de la mai-
(4) Timkovski, Voyage à Péking, t. li, p. 474, et le plan n"" 47.