DU STTLE DE SHAKSPEARE
Corte qu'il compare le nouvelliste italien. Il a cru pouvoir mettre en parallèle le style simple , concis, énergique de Luigi da Porto avec celui de Shakspeare. Il a pensé qu'il n'était ni sans utilité ni sans intérêt d'étudier comparativement deux productions littéraires composées sur le même sur jet, presque dans le même siècle, par deux auteurs de pays aussi différents que l'étaient et que le sont encore l'Italie et l'Angleterre. On connaît la manière anglaise; on peut juger de l'italienne, grâce à la transparence de la traduction.
Il est impossible de n'être pas frappé dans la Nouvelle de la pureté du trait , de la naïveté des sentiments et de la parfaite convenance du style. On voit clairement que Luigi da Porto emploie une langue dès longtemps épurée parBoccace. C'est un singulier phénomène, pour le dire en passant, que cette sobre simplicité de la prose italienne, comparée aux arabesques de la poésie de Guarini , de Marini el même de Pétrarque. Mais cette question nous mènerait trop loin. Nous ne voulons parler que du parallèle que M. Delécluze a établi entre le style de Shakspeare et celui de Luigi da Porto.
Ce parallèle ne porte point sur l'effet dramatique. L'auteur n'a pour but que de rechercher, par l'étude comparative de la phrase italienne et de la phrase anglaise^ lequel des deux idiomes anglais ou italien , a le plus d'affinité avec le nôtre; et il
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arrive à cette conclusion, que la langue de Luigi da Porto est un aussi bon modèle que celle de Shakspeare en est un dangereux. Nous ne pouvons nous empêcher de soumettre à M. Delécluze quelques observations.
D'abord y peut-on comparer ces deux écrivains sous le rapport du style? La parfaite similitude du sujet qu'ils ont traité peut-elle effacer Textréme dissemblance des genres ? Nous comprendrions que Ton comparât ime Nouvelle et une tragédie sous tous les points, ï allure de la phrase seule exceptée. On pourrait rapprocher la fable, les sentiments y les caractères : car , si toutes ces choses ont leur développement complet dans le drame , elles existent au moins en germe dans la Nouvelle. Mais comment comparer la diction? Le style d'une Nouvelle doit-il être celui d'un drame? Le style poétique est-il celui de la prose? Et , toutes ces choses supposées égales , la langue italienne , en Siag, déjà formée par des écrivains demeurés classiques, n'était-elle pas im instrument plus flexible, plus parfait, plus maniable, que ne l'était la langue anglaise en 1 59 5 ? Un des mérites de Shakspeare n'est-il pas d'avoir donné , dans ses beaux morceaux, à ce langage brut encore, un éclat, une grâce, une énergie incomparables? Si sa diction continue d'offrir çà et là les défauts contraires , peut-on reprocher ce tort à Shakspeare, et accuser , à son occasion , la langue anglaise de vices