‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 18 sur 109 · DU STYLE · texte numérisé non relu

DU STYLE

cherche un sens précis; tandis qu'elles n'ont pour but que de reproduire ce bavardage amoureux, cette surabondance d'images et de sentiments, en un mot, cette musique de l'amour, bien plus faite pour l'imagination etle cœur que pour la raison. Qui n'a pas eu occasion de lire la correspondance réelle de deux amants? En quelque siècle et en quelque langue que ce soit, l'abondance et la subtilité de leurs idées sont incroyables. C'est un chaos que l'on comprendrait à peine, s'il n'était éclairé de temps à autre par de brillants éclairs de naturel et de vérité. Tel est, dans quelques parties, le style de fioméo. M. Delécluze le trouve bavard : c'est qu'en effet rien n'est plus bavard que l'amour. On voit par les poésies arabes , persanes , provençales et même italiennes, que cette passion n'est ni moins subtile ni plus laconique dans le midi que dans le nord. Un tel style, relevé, d'ailleurs, à chaque instant par les traits les plus passionnés et les plus vrais , ne doit pas être épluché phrase à phrase , mais jugé par masses; et alors , de l'aveu de M. Delécluze , il laisse un souvenir ravissant. Quant aux obscures subtilités , aux phrases bizarrement figurées qui se rencontrent dans les autres pièces de Shakspeare , où elles ne peuvent recevoir la même excuse, elles sont à blâmer, sans aucun doute, et ne sont pas moins fausses, en leur genre, que les tirades creuses de nos tragédies médiocres. Mais il est bon de remarquer que ces passages pèchent par.

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l'abus de Fesprit et de rimagination, et que s'ils choquent souvent y ils n'ennuient jamais. Je ne sais si l'on pourrait en dire autant des mauvais morceaux de nos poètes tragiques , même de ceux du grand Corneille.

Ce qu'il y a d'excellent, et ce que nous ne pouvons trop louer dans le travail de M. Delécluze , ce sont plusieurs aperçus sur la dissemblance des idées anglaises et italiennes , et sur la réaction que ces idées ont exercée sur la langue des deux peuples. On sent que l'auteur connaît à fond les deux pays ; et il apporte dans cette discussion un savoir solide et une parfaite bonne foi. Souvent nous avions émis le vœu que l'on nous donnât des chefe-d'œuvre étrangers des calques fidèles. La traduction de la Nouvelle de Luigi da Porto et des scènes de Shakspeare qui la suivent, est moulée sur l'original. L'intention qu'a eue le traducteur de rendre juges de la diction des deux auteurs les personnes même à qui les langues anglaise et italienne ne sont pas familières, lui a imposé ce système de fidélité scrupuleuse auquel il s'est astreint comme à un devoir de conscience. Il peut y avoir deux avis sur les conclusions de son parallèle : il n'y aura qu'une voix sur l'excellence de ses traductions.

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