POÈME DE W. HA.TGARTH
entre cinq ou six niisseauic assez -peu limpides , avant de trouver la véritable sonrce de Castalie. Mais ce lieu , tout dépouillé qu'il est de son temple et des statues des Muses , conserve encore un ca* ractère solennel qui impose aujourd'hui même. Avant de sortir de la Phocide , Tkèbes et le Citbéron , Leuctres et Chéronée , fournissent encore au poète de grands souvenirs et de beaux vers.
Tout le second chant est consacré à FAttique. Cest passer des &bles héroïques aux réalités de rhistoire. Athènes et ses monuments , l'Acropole et le Pnix^ le Parthénon et les colonnes d'Hadrien , le temple de Thésée encore intact, près de celui d'Érecthée, dont le canon des Turcs vient d'achever la ruine ; telle est la matière de ce chant et le sujet de trois lithographies.
Après avoir reconnu la plaine de filarathon, cette plaine glorieuse que l'on offrit de vendre à lord Byron pour seize cents piastres, et où, six cents ans après la victoire de Miltiaffle , t^ausanias >aeonte, avec une foi digne de nos vieux chroniqueurs, que Ton ent^idait toutes les nuits les hennissements des coursiers et les cris des combattants, Haygarth s'embarque et se rend à Nsrpoli de Remanie , dans l'ascienne Argolide. Il va s'asseoir sur ce rivage plein des souvenirs de la tragédie et de l'épopée antiques. Mais de toute la gloire de Mycènes, il ne reste qu'une porte et quelques pans de murs cyclopéens. Cette porte eat surmontée de deux énormes
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lions de pierre j disposés comme ceux qui soutiennent nos écussons féodaux , ouvrage de géants et qui semble avoir survécu pour attester la force des guerriers des temps homériques y de ces héros qui lançaient sans peine des quartiers de roche.
De r Argolide , Haygarth passe dans TArcadie. U peint en poète la vallée qu arrose le fleuve Ladon, et ces solitudes à la fois sauvages et gracieuses où est née la poésie pastorale.
Des monts sourcilleux , coupés par des précipices 9 nous avertissent que nous entrons dans la Laconie* Voilà les hauteurs du Taygète , sa ceinture de pins noirâtres , et sa couronne de neiges que le soleil colore. Voici l'Eurotas qui roule son filet d'eau limpide sur un Ut semé de petits cailloux et bordé de longs roseaux, comme au jour où il reçut d'Euripide l'épithète de xoXXc^ovaÇ.
Les champs déserts de Pise et d'Olympie excitent les tristes méditations du poète , qui déplore le silence de l'Elide. Enfin , il atteint l'Achaîe, et c'est sur les ruines de Corinthe qu'il envoie son dernier r^rd et ses derniers vœux à la Grèce.
Cette course poétique à travers la Hellade n'of&e pas seulement des peintures de lieux. Haygarth esquisse les figures variées des populations ennemies qui , en 1811, vivaient encore paisibles sûr ces ruines. Le portrait qu'il trace des Grecs est loin d'être flatté. Comme tous les voyageurs de cette époque, y compris lord Byron y il gourmande en pédago-
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gue ce peuple qu'il eût été plus à propos d'encoû* rager et de consoler. Quelque justes et sensés qu'aient pu ^re alors ces jugements , aujourd'hui leur sévérité nous étonne et nous blesse. Un seul de ces arrêts, désormais cassés par la gloire , subsis» tera. Cest la boutade peu érudite de cet honnête M. Roques , négociant français , qui avait résidé longtemps à Athènes et qui croyait avoir à se plaindre de la probité grecque : Fojrez-vous ces Grecs ? disait-il en 1810 à Byron, avec la plus plaisante gravité, c'est la même canaille qui! au temps de Thémistacle. Depuis lors , Canaris et ses compagnons ont pleinement justifié cette magnifique in*^ jure.
Malgré l'opinion peu favorable queHaygarth avait des Hellènes, il ne Êiit pas moins des vœux fréquents pour leur indépendance. Une fois, entre autres , il exprime ce vœu sous la forme de pro* phétie. Le traducteur nous parait, dans sa pré* fiice , attacher un peu trop d'importance à cette figure poétique. Ce n'est là , s'il faut le dire, qu'une |N^vision assez vulgaire, et rien n'indique, d'ailleurs, dans M. Haygarth une sagacité politique extraordinaire. Si l'on en doutait , il suffirait de lire celte mXve prophétie relative à l'Angleterre :
« 0 ma patrie 1 c'est en vain que tu fennes Toreille aux accents des Muses. Elles triompheront enfin et obtiendront un temple dans rtle de la liberté. Alors que tous tes plans seront oubliés , que cette voix qui dans le sénat se proclame dle-mème Toracle
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der la sagesse » sera reconnue pour le langage de la futile va-nité ; quand cet essaim d'insectes éphémères qui s'agitent dans le temple législatif auront cessé de nous troubler par leurs bourdon- Hements; alors les Muses rompront le nuage épais qui voile m(K nentanément leur flambeau. Ce seront elles , ô Albion , qui rendront ton nom immortel et le transmettront aux siècles les plus re^ culés. »
Certes , il n'était pas doué d'une surnaturelle divination politique y Técolier fraîchement sorti de Cambridge qui ne voyait dans des orateurs tels que Pitty Fox 9 Sheridan, Burke, Canning, qu'une nuée d'insectes qui bourdonnaient et obscurcissaient le flambeau des Muses. Comment le digne Esquire au-« rait-il donc caractérisé im essaim de poètes de cour ou de collège ?
La traduction de Mademoiselle Flaugergues est écrite avec beaucoup d'élégance. Mais elle-même s'accuse dans son avertissement de s'être souvent écartée du texte, et de n'avoir voulu faire qu'une simple imitation. Ce système de traduction libre , qui a eu tant de vogue dans le dernier siècle , est ^ avec raison j moins goûté dans le nôtre. Les notes sont aussi considérablement abrégées. Cependant, des anecdotes de voyage , des observations de science , des faits racontés simplement , ne pouvaient que délasser l'esprit du lecteur un peu fati^ gué par la monotonie du style descriptif. Il y a , d'ailleurs , quelque mérite à traduire des chose» naturelles et familières.
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