‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 22 sur 109 · ET THE SCHOOL FOR SCANDAL · texte numérisé non relu

ET THE SCHOOL FOR SCANDAL

été les succès dramatiques de Sheridan, nous ne pensons pas qu'on doive regretter beaucoup que ses combats législatifs l'aient détourné de la carrière théâtrale. Nous croyons qu'en préférant le parlement à Drury-Lane, Sheridan a suivi, et a eu grand'raison de suivre, la pente naturelle de son talent. Cet homme, qui avait tant d'esprit, avait, en même temps, un si grand fonds de paresse et ime si funeste habitude de dissipation, qu'il ne pouvait s'assujettir aux longues et solitaires études qu'exige la culture des arts. Soit qu'il ne se donnât pas le temps d'inventer et de féconder ses inventions, soit que réellement l'originalité de la conception lui manquât et qu'il n'eût que celle des détails, il empruntait les plans de ses pièces et les caractères de ses personnages, comme aurait pu faire un auteur stérile. Il y avait, au contraire, dans la vivacité des querelles parlementaires et l'agitation de la vie politique un intérêt accidentel et toujours nouveau très-propre à stimuler sa paresse et à arracher sans travail des chefs-d'œuvre à son indolence. Il fallait, pour forcer Sheridan à produire tous les trésors de son esprit railleur , éloquent et sarcastique, ces combats quotidiens, ces luttes corps-àcorps, ces engagements de parti, qui font de la victoire une nécessité de toutes les heures ; il lui £sillait ces sujets variés, importants, fournis sans cesse à l'orateur par le mouvement de la politique ou le hasard de la discussion ; surtout il lui fallait

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cette gloire et ces périls de Timprovisation qu'un homme de son caractère devait tant rechercher, ne fût-ce qu'à titre de plaisir et comme la plus enivrante des émotions. Et certes, quand on pense à la véhémente harangue qu'il prononça dans le procès de Hastings, et à son étonnant discours sur l'armement de Catherine II , on ne peut regretter, même littérairement parlant, qu'il ait remplacé par les vives productions de sa facile et naturelle éloquence ces labeurs d'artiste , qui demandent une application constante et un amour désintéressé de la perfection , pour lesquels cet homme , si bien doué d'ailleurs , n'était pas né.

Sheridan , toutefois , ne vivra pas moins comme écrivain dramatique que comme orateur. Bien que Y École de la médisance soit un composé assez bizarre d'une idée de Tom Jones, d'une scène de Tartufe , et de quelques emprunts faits au Misan^ thropej elle conserve, cependant, -au milieu de ces imitations, un tour original et libre, cachet d'un esprit supérieur. Quelques conceptions très-dramatiques , entre autres celle de la vente des por» traits de famille , appartiennent en propre à l'auteur. Dans cette scène excellente , le passage de la gaieté à l'attendrissement est ménagé avec un art infini; et ce simple mot, // n'a pas vendu mon portrait ! qui d'abord nous avait touché , répété avec une très-anuisante persévérance par le vieux sir Olivier, nous ramène aux émotions comiques,

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dont il nous avait un moment distrait. Malgré la spirituelle et satirique vivacité du dialogue , qui bannit trop souvent de cette pièce le rire franc et naïf, quelques scènes sont des modèles de vrai comique. De ce nombre est celle où le vieux sir Peter et sa jeune moitié lady Teazle montrent un accord si rare dans leur ménage, et, de tendresse en tendresse , finissent par en venir à la querelle accoutamée. Une autre scène n'est pas moins parfaite : après la chute du paravent, qui a démasqué en partie sir Joseph, dans ce moment, où Ton croit l'action finie et la verve de l'auteur épuisée, le voilà qui ramène sur la scène la médisante assemblée dont il a déjà su tirer une si complète et si piquante exposition ; il livre alors à ces furets de scandale la réputation de leurs propres associés , lady Teazle et sir Joseph; il nous montre ces bonnes gens tombant dans une suite de quiproquos satiriques et d'exagérations calomnieuses les plus divertissantes , et achève de rendre ainsi misérablement ridicule cette coterie qui tenait école ouverte de satire et regardait comme du bon air de déchirer le genre humain.

Dans la notice pleine de goût et d'intérêt dont M. Yillemain a fait précéder la traduction de cette pièce , nous avons été un peu surpris de la qualification d'excellente donnée à l'imitation de feu M. Chéron. Il est possible que cette épithète s'applique avec équité à quelque scène du Tartufe

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de mœurs; mais n'a-t-elle pas besoin de correctif, si Ton veut l'étendre à l'ensemble ? Le premier tort de M. Chéron est, ce me semble, d'avoir beaucoup trop rembruni le caractère principal. Valsain, dans M. Chéron , ne veut séduire madame Gercour ^ femme du tuteur de Julie, que pour arriver plus sûrement à la main de cette riche héritière. Cette machination est bien fausse et bien froide. Le Jo* seph de Sheridan , au contraire , s'est trouvé embarqué dans une intrigue dangereuse avec lady Teazle , sans préméditation et par le seul attrait du plaisir. C'est une faute qu'il a commise , et s'il échoue dans ses manœuvres, c'est, comme il le reconnaît lui-même, parce qu'il s'est écarté du droit chemin de Tiniquité , et n'a pas été assez attentif à ne commettre qu'une mauvaise action à la fois. En rejetant de sa pièce la peinture du petit club médisant , présidé par miss Sneerwell , qui ., blessée jadis par de méchants propos , n'a pas de plus grande satisfaction que de rabaisser les autres au niveau de sa mauvaise renommée, M. Chéron s'est privé d'une source abondante de traits comiques. Son drame , ainsi réduit à la partie sérieuse y rappelle trop exclusivement le Tartufe, tandis que Sheridan avait joint, avec une extrême habileté, plusieurs traits de cette pièce à quelques situations imitées du Misanthrope.

La pièce de Sheridan est d'une très-difficile exécution. Le premier soin des acteurs devrait être

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de Élire vivement ressortir les traite caractéristiques de leurs rôles , ne fut-ce que pour dégager la physionomie de chaque personnage de cette uniformité spirituelle qui est comme une enveloppe commune à tous. Ce devoir des acteurs n'a pas été fort bien rempli par tous. Abbott a de la grâce dans le rôle de sir Charles ; mais combien il est loin de montrer cet excès d'étourderie , cette franchise de mauvais penchants et ce génie du désordre , que Sheridan , qui était en fonds , a libéralement départis à son héros. Dans la scène de Fenchère, où le contraste si bien accusé de sa mauvaise tête* et de son bon cœur doit faire passer le spectateur du rire à l'attendrissement, il a laissé l'auditoire sans émotion. Miss Foote a reproduit à merveille la grâce, la malice et l'étourderie de la digne moitié de sir Peter. Ses deux querelles conjugales ont été charmantes. Mais, dans la scène du paravent , dans les aveux si nobles et si francs qu'elle fait à sir Peter, elle est restée fort au-dessous de notre attente. Ce passage est un de ceux où l'on peut juger une actrice. Si miss Smithson nous a paru dans Ophelia égaler un instant mademoiselle Mars, combien celle-ci ne nous paraît-elle pas supérieure à miss Foote dans la haute comédie , ou plutôt dans cette tragédie de salon , où il faut passer de l'enjouement au pathétique sans cri , sans efforts, et presque sans geste. Le talent de miss Foote ne parait pas de force à atteindre ces grands

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contrastes. La grâce , la malice ^ la c6quetteri<=>^ « voilà tout son domaine. C'est beaucoup plus qu. j^ ne faut pour être une actrice fort agréable; maxs ce n'est pas assez pour prendre rang parmi l^s grandes actrices

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NOTIC£ SUR MISTHISS SUSANNA CEmUVEE.

I ( &/«A« , 9 oeiobn 1817.)

L'instaUation du théâtre anglais à Favart (car la chose s'est passée d'une manière si modeste , que nous n'osons dire l'inauguration) a eu lieu jeudi dernier.. Cette salle , ou plutôt ce salon aristocratique, va devenir, dit-on , une sorte de terrain neutre, où les chanteurs italiens «t les comédiens anglais donneront chacun deux représentations par semaine. Les avis sont partagés sur les avantages ou les inconvénients présumables de cette mesure. Quant à ce qui intéresse plus particulièrement le théâtre britannique, il n'est pas bien démontré qu'il lui soit avantageux de passer, avec les idées qui doivent résulter de sa présence , sous le patronage immédiat des classes élevées. On peut regretter que ce théâtre , objet de comparaisons et d'études sérieuses , ait été rejeté si loin du quartie r des écoles , où il eut été peut-être moins exposé

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aux caprices de la mode. D* ailleurs, comme on l'a remarqué, le peu d'étendue de la scène s'opposera au développement du spectacle , si nécessaire à la représentation des grands drames de Shakspeare. Mais ces considérations ont dû céder à la loi su* préme , à la nécessité ; et puisque ce n'est qu'à Favart que M. Laurent peut obtenir un établissement stable , il faut applaudir à cette translation et nous réjouir de voir la troupe anglaise obtenir, en quelque sorte 9 droit de cité parmi nous.

La première pièce jouée à Favart , the IFonderj or A <voman keeps a secret (le Prodige , ou une Femme garde un secret) , n'est pas , comme ce titre épigrammatique pourrait le faire supposer , une satire contre les femmes. Au contraire, cet ouvrage sorti de la plume ing^euse de mistrîss Susanna Centlivre, qui écrivait sous Guillaume et Marie , est un imbroglio d'amour, assez semblable aux Nouvdles de Cervantes et aux épisodes que le Sage a insérés dans ses romans. Cest une histoire fort compliquée , mais très-claire , grâce à la liberté du système anglais, qui permet d'exposer aux jeax ce que Fesprit seul aurait de la peine à saisir. L'intrigue de cette comédie est à-peu-près celle de V Amant jaloux , mais infiniment plus développée. Il est probable que l'Anglais d'Hèle (x) aura emprunté l'idée de son opéra-comique à cette pièce

(4) Son nom véritable était Haies.

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de sa compatriote, pièce restée au théâtre j plutôt qu'à la comédie oubliée de la Grange, les Contre^ temps, comme le veut M. de la Harpe. Le rôle de Lissardo, valet galant et fat, est fort amusant. La sceoe où deux soubrettes se disputent sa possession , avec une énergie de gestes , qui ferait croire qu il n'y a pas que les hommes qui boxent en Angleterre , est un exemple de ce vieux comique où les coups tenaient une si grande place. Le personnage de don Félix est plein de naturel : c'est par ce rôle passionné que Garrick prit congé de la scène en 1776.

Si cette pièce est romanesque , la vie de son auteur, mistriss Susanna Centlivre , ne l'est pas moins. Son père , M. Freeman , gentilhomme du comté de Lincoln, s' étant montré zélé partisan de la révolution de 1649 , eut ses biens confisqués à la restauration. Suzanne , privée de sa mère avant l'âge de trois ans , et bientôt après de son père, qui s'était rCTQarié , éprouva de si durs traitements dans la maison de sa belle-mère, qu'elle s'en échappa trèsjeune encore et se dirigea vers Londres. Voyageant seule et à pied , elle rencontra un jeune écolier , noinmé Antoine Hammond , qui fut frappé de sa jeunesse et sensible à sa beauté. Il exagéra à la jeune fille les périls qu'elle allait courir et la pressa de l'accompagner, sous des habits d'homme, dans un des collèges de l'université de Cambridge, où il étudiait. Elle y cons^itit et passa avec lui six ou

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