SHORE
liqiie que les larmes ont pâlie. Elle-même trace ainsi son portrait dès la première scène :
My form, alas 1 has long forgot to please ; No roses bloom upon my fading cheek, Nor laughing grâces wanton in my eyes ; But haggard grief, lean-looking, saliow, care... Dwell on my brow, ail hideous and forlorn.
Malgré ces paroles, qui sont empreintes d'une exagération passionnée , cette belle pénitente , comme Rowe aurait pu l'appeler , conserve assez de ses premiers attraits pour enflammer un jeune lord. Mais la trace des pleurs doit pourtant un peu sillonner ses joues; et sa beauté, comme celle de la Madeleine de Cano va , doit être voilée par le repentir et par les larmes. Miss Smithson a bien saisi cette nuance. Son front a offert pendant tout le rôle cette mélancolie touchante que lui a imprimée l'auteur. Peut-être aurait-elle pu l'éclaircir un peu plus quand Shore, en qui elle ne voit qu'un intendant , lui fuit , en style un peu trop pastoral, la description de l'habitation solitaire où elle croit pouvoir aller cacher ses jours.
Nous étions surtout curieux de voir au théâtre la scène hardie oùHastings, s'autorisant de la position de Jane, des obligations qu'elle lui a, de la solitude et de la nuit , lui déclare son amour , ou plutôt ses désirs , avec une familiarité insultante qui couvre de confusion la repentante maîtresse d'Edouard. Il était à craindre que cette scène, si
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éloignée de nos mœurs théâtrales, ne choquât notre délicatesse. Au contraire, elle a été le triomphe de miss Smithson et d' Abbott. Les réponses si humbles, si fermes, si douloureuses , qu'oppose la malheureuse Jane Shore aux désirs outrageants de Hastings, ses refus que celui-ci prend pour une ruse de coquette, le geste vraiment sublime de Jane Shore quand Hastings passe des paroles à la yiolence, ont transporté l'assemblée. La courtisane royale avait disparu ; il ne restait que la femme digne des respects d'un lord.
Dans tout le cinquième acte, miss Smithson a atteint le plus haut degré de pathétique. Lorsque mourante de faim et de fatigue , mais seule , et enfin délivrée de la foule, qui s'est lassée de la poursuivre , elle ose lever les yeux et reconnaît la maison de sa chère Alicia , cette maison où si souvent elle a été reçue au temps de sa fortune , une émotion douloureuse agite tous ses membres. Elle frappe à cette porte avec les convulsions de l'espérance et du besoin. Mais les valets la repoussent. Elle tombe alors de douleur et de faiblesse devant cette maison d'où sort bientôt la maîtresse. Jane lui demande, d'une voix affaiblie, une goutte d'eau et un peu de pain. Elle s'attache à la robe de cette perfide amie que le ciel a déjà frappée par la perte de son amant et de la raison. Dans cette longue scène , où se déploie le terrible contraste d'une faible femme punie par les hommes et d'une méchante
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femme châtiée par la Providence , la pantomime 4 miss Smithson a été admirable. Seulement oo avons été surpris de lui voir porter si fréquemmen et par une sorte de mouvement involontaire, main à son front , comme dans Hamlet. Ce geste si expressif, pour indiquer les souffrances d*Ophe lia y est ici insignifiant et faux. Â cela près , misi Smithson a rendu tous les tourments de Jane Sliore de la manière la plus tragique et la plus touchante. ! Elle s'est surpassée dans le moment où, près d'expirer, elle reconnaît son mari. Quand , le repentir gravé dans tous ses muscles , elle fait effort pour parler, et que la voix et les forces lui manquent , on ne peut , sans l'avoir vue , se faire une idée de l'impression qu'elle produit.