‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 27 sur 109 · ANGLAIS ET FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ANGLAIS ET FRANÇAIS

COMÉDIB A-PROPOS, EN UN ACTB.

( Cto^, tt octobre 1617. )

Les personnes qui ont assisté à l'ouverture du théâtre anglais, se rappellent que quand les spectateurs transportés redemandèrent Charles Kemble, Abbott vint annoncer en français que les règlements s'opposaient à ce désir du public. Sa phrase inachevée, sa prononciation étrangère, son sourire et son geste explicatif prétèren t à cette cour te harangue une valeur et une finesse tout-à-fait particulière. L'hilarité générale qyi s'ensuivit a donné à MM. Bayard et Gustave de Wailly l'heureuse idée de renouveler l'espèce de plaisir causé par l'étrangeté de cette scène fortuite. Il était , d'ailleurs , fort naturel que nos jeunes auteurs profitassent de la présence des comédiens anglais , et surtout de la manière dont Abbott balbutie notre langue, pour nous montrer , non plus des Anglais pour rire y mais un Anglais tout de bon. Il suffisait , pour rendre cette exhibition piquante , de nous montrer uir jeune gentleman, voyageant en France, jeté dans quelque quiproquo; de le supposer amoureux etfai-

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sant la cour à une Française; en un mot| de le pla> ccr dans une des situations où la lutte de la pensée contre la langue pût avoir le plus de comique et de singularité. Les auteurs ont aisément trouvé un cadre pour cette idée; et leur canevas , sans prétention y a paru suffisant pour une bluette. Tout ce qu'on voulait , c'était entendre Abbott parlant et faisant l'amour en français; et il faut convenir qu'il était impossible à un étranger d'exécuter cette double tâche avec plus de grâce et d'esprit.

Le jeune Eugène de Verneuil a , aux yeux d'un sien oncle , le double tort d'avoir fait des dettes et d'être amoureux d'une Anglaise, qu'il se propose d'épouser. Sa maîtresse habite Londres, et il veut l'aller rejoindre. Mais son oncle , qui frémit à la seule idée d'une alliance quelconque avec l'Angleterre, s'ingère d'acheter ses créances et de le faire arrêter. Le jeune homme, qui apprend qu'on le poursuit, n'est que plus empressé de franchir le détroit. U endosse un habit anglais , épaissit sa taille , s'affuble d'une perruque un peu plus que blonde, parle de la gorge , baragouine a tout propos goddem^jresy madarrijeXy dans cet équipage , arrive sans encombre à Lille. Survient la diligence de Paris. Parmi les voyageurs se trouve un gentleman, mais un gentleman véritable, plus une jeune veuve , madame Marilly, et un M. Deschamps, ami de l'oncle d'Eugène, lequel s'est chargé de la singulière commission de faire arrêter le fîigitif. Comme il

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