‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 28 sur 109 · ANGLAIS ET FRANÇAIS · texte numérisé non relu

ANGLAIS ET FRANÇAIS

demande des renseignements à tout le monde, il s^adresseau fauxAnglais, qui, fort effrayé, redouble son baragouin. Deschamps , qui n'y comprend rien , prie l'Anglais véritable, avec lequel il a fait route, de vouloir bien interroger son compatriote. Grand embarras d'Eugène, dont le vocabulaire n'est composé que de cinq ou six monosyllabes. Heureusement, il trouve moyen de faire comprendre à sir Richard qu'il s'agit d'une affaire d'amour, et aussitôt celui-ci lui prête charitablement assistance. Le jeune Anglais est indulgent pour ces sortes d'affaires : il est lui-même amoureux. On devine que c'est de madame Marilly avec laquelle il voyage. Mais , hélas ! il va la quitter et ne lui a pas encore exprimé toute la vivacité de ses sentiments. La scène où il hasarde cette terrible déclaration est fort amusante. Sa facilité à s'exprimer, tant que la jeune veuve l'écoute sans colère; sa joie de la rapidité avec laquelle les paroles lui viennent ; puis , quand il a prononcé le mot d'amour et que la jeune dame croit devoir lui montrer un front sévère , l'embarras de son maintien et de son langage; son impatience de ne plus trouver d'expressions ; les mots anglais qui se mêlent à ses excuses; enfin, sa joyeuse promptitude à reparler anglais dès qu'il est seul , tout cela a paru charmant de gaieté et de naturel.

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