‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 36 sur 109 · IMITÉ D£ MISANTHROPIE ET REPEICTIR · texte numérisé non relu

IMITÉ D£ MISANTHROPIE ET REPEICTIR

les enfants n'ont-ils pas prononcé ces mots : Good fcuherj good mothery mots si simples et si nécessaireS) puisque seuls ils dénouent la pièce? Après UD long entretien, Meineau et Eulalie vont se séparer^ déterminés à faire aux convenances sociales le sacrifice de leurs sentiments; ils se donnent rendezvous dans un meilleur monde {in a better çuorld)^ quand tout-à*coup un cri de leurs enfants les arrête, triomphe de leurs résolutionftet les précipite dans les bras l'un de l'autre. Miss Smithson n'est pas entrée, ce me semble, dans l'idée de l'auteur, en hésitant à se jeter dans les bras de son mari et en y tombant plutôt avec les convulsions du repentir qu'avec l'effusion irréfléchie de la tendresse. En ce moment Eulalie doit oublier tout, jusqu'au souvenir de sa faute. Faire autrement, c'est réaliser en partie l'idée d'un critique allemand (i; qui a soutenu que la pièce gagnerait beaucoup du côté de Vintéréty si Eulalie et Meineau persistaient à regarder le pardon comme impossible. Sans doute , ce dénoûment serait plus convenable ; cette conduite serait plus digne et plus élevée. Serait-elle aussi théâtrale? j'en doute; ce qui est sûr, c'est que ce serait un autre ouvrage. L'intention de Kotzebue est évidente : il a voulu montrer la soudaine victoire d'un sentiment naturel sur un sentiment pu-

(4 ) Voy . /oumol ofuUytt^fue ei crt^iie, etc. , publié à Hambourg , par Schink, numéro d'octobre 4790.

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rement social ; il a accamulé les plus grands obstacles, pour les renversa par deux »mples mots prononcés par deux en£aints. Il j a.là«dedans un grand contraste et une idée vraiment beUe et dramatique. C'était ûiie (Curiosité piquante que de voir^ ^lîs& Smithson débuter dans le drame. Une tragédienne si pathétique , ntie cottiédienne si pleine de verve et de gaieté pouvait -^elle réussir dansce genre mixce^ où l'expressioiAles sentiments doit toujours être à demi^voilée par Pobservatioift des bienséances s^ C'eût été un miracle. Il fsiut , pour jouer , comme pour composer le drame, des qnalités toutes partie Oiilières , et ^ à beaucoup d'yards , différâtes de cdhs qu'exigent lesr deux genres extrêmes. Le drame n'est pas, comme la tragédie ou la corné» die, la peinture idéalisée des ridicules ou des passions : c'est une représentation exacte de scènes prises dans la vie réelle. Lé bieiï, le mal, la passion , le vice, tout doit, dans ce genre , conserver la mesure et l'uniformité convenues, dont nos mœurs nous font une loi. Le poète tragique exprime par la mystérieuse et musicale harmonie des vers, une foule de sentiments qui jamais peutêtre n'ont franchi le seuil du cœur où ils bouillonnent , mais qui , pour n'avoir jamais encore trouvé de paroles, n'en sont pas moins vrais , ni moins profonds , ni moins humains. L' auteur qui se voue an drame , au contraire , transcrit la parole humaine telle que son oreille a pu la recueillir. Ce

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sont deux arts différents. Nous ne prétendons pas les juger ici; nous ne voulons que signaler leur différence. L'aeteur, dans le drame , a donc une tout auti^ tache à retnplir que dans la comédie et la tragédie. Il ne doit s'élever que peu au-*dessus du réel, n doit nous montrer F amour, la jalousie , la colère , le désespoir, non tels que nous les rêvons , mais tels que nous les apercevons , ou tels plutôt que nous les devinons sous tous les voiles et toutes les dissimulations sociales. Aussi rien n'est- il plus rare que de voir un même acteur exceller dans ces deux arts. Mademoiselle Mars nous a quelquefois immtré ce prodige ; et , quoique nous préférions de beaucoup son sourire à ses larmes ^ elle joue néanmoins plusieurs rôles de drame , et , entre autres, le rôle d'Eulalie , avec une étonnante perfection. Cependant, ce n'est pas dans les personnages de ce genre que ses admirateurs se la rappelleront avec le plus de charme. Talma aussi jouait très-bien les rôles de Meineau , de Danville , de Falkland et autres; mais combien il se montrait plus à l'aise dans les douleurs poétiques d'Oreste, d'Œdipe ou de Charles VI! L'actrice qui jusqu'ici nous parait avoir eu la plus parfaite vocation pour ce genre , celle qui excitait l'intérêt leplus vif par les moyens les plus simples, qui touchait sans cris, sans éclats, presque sans gestes , c'était madame Talma.

Miss Smithson , que l'on n'accuse d'avoir trop d'art que parce qu'elle n'en a jmis encore assez ,

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et ne le déguise pas suffisamment dans les moments de calme , a mis beaucoup trop de force dans son rôle. On a trop vu la tragédienne. Son trouble, par exemple, quand le baron de Stainfortla questionne et lui demande si elle est mariée , a été beaucoup trop significatif. De tels gestes seraient trop aisément interprétés dans le monde et équivaudraient presque au récit qu'elle fait plus tarda la comtesse. En général , miss Smithson ne sait pas encore s'en* velopper de ce charme tranquille et de cet intérêt mélancolique qui est l'idéal du genre. Peut-être même est-elle trop franchement tragédienne et comédienne pour pouvoir jamais bien jouer le drame. Ce ne serait pas un grand malheur.

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