‹ Causeries et méditations historiques et littérairesChapitre 44 sur 109 · THE MERCHANT OF VENICE · texte numérisé non relu

THE MERCHANT OF VENICE

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Le Marchand de Venise est un des ouvrages de Shakspeare les plus estimés en Angleterre ; c'est un (le ceux que l'on y joue le plus souvent et qui fournit à la conversation le plus de citations piquantes. Le cinquième acte, qui fait succéder des émotions si huaves aux tragiques émotions du quatrième acte, est surtout admiré des Anglais. En France , cette singulière composition est peu connue et rarement citée. Hamletj Macbeth, Othello, Richard III ont absorbé, d^uis quelques années, toute l'attention delà critique. Nous sommes si moutonniers, même quand nous nous croyons réformateurs^ qu'il É'est pas surprenant que nous ayons laissé un peu en oubli ceux des chefs^'œuvre étrangers qui ne pouvaient guère nous fournir d'arguments pour soutenir ou combattre deux ou tro^ arguties en litige. De tous les services que nous rend la présence à Paris d'un tbéàtre anglais, le plus grand peut-être est ce renouvdlement continud d'émotions et d'idées, qui empêchera, nous l'espérons, les partisans

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actuels de la liberté poétique de se pétrifier comme leurs adversaires, et, parmi tous les types du beau, du gracieux , du sublime, d'en choisir un exclusif pour règle unique et pour loi. En voyant chaque jour par combien de moyens di£Férents il est possible d'amuser, d'intéresser, d'attendrir, on donnera à l'art une base plus large, et mieux proportionnée à l'étendue infinie de l'esprit humain.

Le Marchand de Venise est une comédie composée dans le genre si rarement essayé en France , qui se propose surtout le plaisir de l'imagination. La donnée de cet ouvrage est d'un merveilleux presque oriental . Une jeune fille , belle et immensément riche , est condamnée par le testament de son père à n'épouser que celui de ses prétendants qui de trois cofiPres, un d'or, un d'argent, un d'étain , aura choisi celui qui renferme le portrait de la belle. A côté de cette fable se déroule une autre légende aussi peu vraisemblable, et qui se retrouve néanmoins dans les chroniques et la vieille littératére de presque tous les peuples. Un armateur , dont toute la fortune est exposée sur mer, emprunte trois mille ducats à un juif pour rendre service à un ami. Le juif, qui hait l'armateur, comme chrétien et de plus comme honnête homme , stipule, par forme de plaisanterie, qu'^i cas de nonpaiement du billet à l'échéance, il lui sera loisible de couper une livre de chair sur le corps de son débiteur. Déjà, avant Shakspeare, des nouvelles,

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